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6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 21:53

Présidentielles ou transition ?

Nous sommes toujours dans la « drôle de guerre » que j’évoquais dans un précédent article. Tout semble figé. L’actualité ne se nourrit plus guère que de l’état de santé des prisonniers d’El Harrach et des supputations sur les noms de celles et ceux qui pourraient les rejoindre. La bataille entre les tenants de la présidentielle, emmenés par Gaïd Salah et ceux de la transition ne laisse pas présager d’issue dans un délai raisonnable.

Oui, le temps court et cette course de lenteur risque de déboucher sur un redoutable inconnu. Il faut en sortir.

Essayons d’y voir clair. La logique dont se réclame Gaïd  Salah est très simple. L’urgence, à ses yeux, est de donner le plus vite possible un président au pays, : à charge pour celui-ci de proposer au peuple une nouvelle constitution, un nouveau gouvernement, une nouvelle législature… Cela revient à mettre entre les mains d’une seule personne un pouvoir exorbitant, le même que celui dont a joui Bouteflika pendant vingt longues années et qui lui a permis de rester au pouvoir alors même que son état de santé aurait dû entraîner ipso facto l’invalidation de ses candidatures successives. Il n’en rien été. Nous avons donc été gouvernés par un grand malade au nom duquel des décisions importantes ont été prises, à l’ombre duquel la corruption a totalement gangrené le pays, disqualifié les valeurs morales. Plus grave, cette corruption s’est étendue à l’ensemble de la société. L’exemple venant d’en haut, beaucoup d’Algériens ont utilisé les postes qu’ils occupaient pour en faire une rente. Quoi de plus simple que de demander un « menu » service contre un papier administratif, un logement, un passeport pour le pèlerinage ? Ce dernier exemple illustre à merveille la déliquescence de la morale.  Comment a-t-on pu payer en argent sale le droit de remplir une obligation religieuse et s’en vanter, toute honte bue ? Ce que proposent Gaïd Salah, ainsi que celles et ceux qui plaident pour la tenue immédiate d’une élection présidentielle est un scénario catastrophe. Il reproduirait à l’identique les prémisses de l’épisode bouteflikien de sinistre mémoire…

Alors, pourquoi la transition s’impose-telle comme une nécessité ?

L’objet de la transition est de REFONDER la Nation. L’Algérie a été marquée par d’innombrables scandales durant ces vingt dernières années. L’invraisemblable affaire des quintaux de cocaïne, la prédation effrénée, la corruption généralisée, l’ont marquée d’une empreinte profonde. Elle a failli  laisser son âme dans cette défaite morale. Le sursaut salvateur du 22 février l’en a prémunie.

Ces pratiques  ne sont pas isolées. Elles ont structuré la vie du pays. La corruption a atteint toutes les couches de la population, à telle enseigne que les Algériens ont intégré comme un mode  de fonctionnement normal le fait de glisser un billet à un fonctionnaire pour hâter la délivrance d’un document et de négocier avec un gendarme le prix de son « pardon » pour un excès de vitesse ou un défaut de permis de conduire. C’est dire que ce phénomène a pris de telles proportions qu’il a structuré la vie de tous les jours.

L’urgence commande… de prendre le temps de revisiter cette période terrible pour en tirer les enseignements qui conviennent, avant toute chose. Il faut absolument rendre impossible une réédition de la période que nous venons de traverser et qui a fait de nous la risée des nations. Grâces en soient rendues au peuple du hirak, nous avons recouvré une bonne partie de la considération que nous a value la lutte implacable qui a débouché sur notre éclatante victoire sur le colonialisme. Cette victoire a connu des lendemains amers. Le peuple a été immédiatement contraint au silence et à la soumission. Dès le lendemain de la fête, les rues avaient repris leur monotonie et la peur de l’uniforme (algérien !) devenait la norme. Le tropisme prédateur a été initié par la subtilisation de l’or et des bijoux dont nos mères et grand-mères se sont défaites au profit des nouveaux dirigeants qui avaient appelé le peuple à contribuer généreusement à la remise à flot d’une économie en état de déshérence !

Ce qui se passe en Algérie aujourd’hui est de l’ordre d’une révolution. Il s’agit  de changer, non les individus, mais les paradigmes. Nous allons être confrontés à des questions que nous avons ravalées dans le fond de nos consciences : notre rapport au monde, notre rapport à la modernité, la place des femmes  dans une société gangrenée par les violences conjugales, l’avalanche des divorces et la propension des hommes à « oublier » de s’acquitter de leurs obligations légales envers leurs anciennes épouses et leurs enfants. Il faudrait aussi revisiter notre rapport à la religion qui s’est réduit en peau de chagrin  jusqu’à devenir la manifestation convenue d’une religiosité que proclament le vêtement et l’anathème et que dément l’absence abyssale de l’élément essentiel de la foi, la spiritualité.

Oui, la transition doit aussi servir à changer le rapport aux autres. Nous connaissons la dose de méfiance et  de violence qui caractérise les rapports entre  Algériens. Nous pouvons capitaliser sur ces longues semaines de marches pacifiques, qui ont eu l’immense mérite d’inciter les Algériens à se regarder, à se reconnaître, à s’accorder sur un même horizon. Nous pouvons aussi poser un regard neuf sur notre environnement et découvrir ensemble que vivre dans la saleté n’est pas une fatalité. Nous pouvons agir pour que les façades de nos villes soient moins hideuses, agir pour y ménager des espaces de vie, des espaces de rencontre, des espaces de création. Pourquoi n’aurions-nous pas droit à des villes fleuries, des trottoirs libérés de la tyrannie de vendeurs sans scrupules ? Pourquoi n’aurions-nous pas droit à des plages propres, libérées enfin des immondices dont elles sont parsemées ? Sous les pavés, la plage, criaient les manifestants parisiens de mai 1968. Chez nous, ce serait plutôt, sous les immondices, la plage. Notre pays est l’un des plus beaux au monde. La beauté de ses paysages continue d’habiter les esprits des rares touristes qui les ont visités. Il est permis de rêver d’un tourisme local qui verrait  des Touaregs baguenauder à Alger pendant que des Algérois se baladeraient à Constantine, que l’accent 3annabi fleurirait à Oran, que la sublime corniche de Jijel sortirait de son silence pour y accueillir les rires des enfants de Tlemcen et de Mascara…

Il y a aussi le tourisme mémoriel. Pour ressouder la Nation, il faut que les Algériens sachent par quelles épreuves elle est passée, de quel prix sa libération a été payée. Il faut que nos enfants puissent se rendre sur les hauts lieux de notre martyrologe, des gorges de Lakhdaria aux ravins de Guelma, des grottes du Dahra à celles des Sbéa, des ignobles camps de concentration dans lesquels des millions de personnes ont été parquées et y ont trouvé les poux, la misère, la mort… Il faudra aussi emmener les officiels français en visite en Algérie sur ces lieux. Pourquoi accepterait-on que ces mêmes officiels s’inclinent devant les victimes des nazis et pas devant leurs  propres victimes ? Pourquoi, plus de trente ans depuis la fin de la décennie noire, ne pouvons-nous toujours pas donner un nom et un visage à chacun, chacune des deux-cent-mille suppliciés ?

Le peuple souverain refuse, à juste titre, de donner à qui que ce soit un blanc-seing pour construire  son avenir. Il veut être l’acteur principal du changement.  Cependant, il faudra qu’il accepte de placer ses espoirs dans des personnes qui auront émergé de ces mois de manifestations. Pour autant, il ne faudra pas qu’il baisse la garde. Il faut qu’il reste attentif. Nous sommes les héritiers d’une histoire parsemée d’immenses tragédies. Nous en avons gardé la tentation de la violence.  Il va falloir mettre des garde-fous qui vont nous protéger, éventuellement contre nos propres démons. Me revient en mémoire cette belle anecdote. Un grand match opposant deux clubs rivaux d’Alger devait se jouer, le jour du de la première grande marche du 22 février. Ces matchs débouchaient souvent sur la violence. Les supporteurs des deux équipes, d’un commun accord, ont décidé de ne pas aller au stade. Ils craignaient que, même avec les meilleures intentions du monde, les choses dégénèrent, ce qui aurait bien mal auguré de la Silmiya revendiquée par les marcheurs, et qui a tant impressionné le monde…

Les lignes qui précèdent ne sont pas celles d’un programme, hors de portée d’une éventuelle future autorité de la transition. Il s’agit plutôt d’une vision joyeuse, sous-tendue par le rêve de rendre à notre peuple, recru d’épreuves, la dignité, la liberté, la confiance en l’avenir, dont la manifestation la plus probante serait la fin de la Harga. Le Général Gaïd Salah partage-t-il ce rêve ? Considère-t-il que le peuple mérite le destin brillant que devrait lui valoir la souffrance séculaire qui lui a si longtemps courbé la tête ? Ou alors, comme dans l’accroche du livre du journaliste André Fontaine consacré à la détente Est-Ouest, y aurait-il un seul lit pour deux rêves ? La réponse appartient au vieux général. A lui de nous dire s’il partage le lit et donc le rêve du peuple ou s’il caresse en solitaire un autre rêve, absurde pour le coup, celui d’un retour de ce peuple au statu quo ante, à ses déprimes, à ses explosions de violence, à sa tentation suicidaire…

Un dernier mot… Le hirak n’est pas sorti de sa réserve. Ce silence finit par devenir pesant. Il faudrait qu’il en sorte. Serait-ce si compliqué de se donner des porte-parole dûment agréés pour faire entendre la voix du peuple ? Serait-ce si compliqué d’élaborer un discours programme qui donnerait de la chair à cette Algérie de demain ? Il suffirait de rappeler ce sur quoi le peuple se ressemble, le caractère civil de l’Etat, la refondation de la justice, du système éducatif, de la couverture sanitaire de la population. Ce rappel doit aussi concerner les citoyens, dont on sait que certains d’entre eux font partie, même à une échelle modeste, du système de rente quand ils étaient à un poste de nature à leur valoir des rétributions indues.

Un mot sur l’école…

Des bataillons d’enfants de tous âges sont astreints à un régime scandaleux. Passons sur ceux dont les parents sont suffisamment fortunés pour confier leur progéniture à une des écoles privées qui prospèrent en Algérie sur la misère des écoles publiques. Ceux qui n’y ont pas accès doivent se contenter d’un enseignement au rabais. Dès le primaire, ils sont contraints de suivre des cours « particuliers », appellation osée quand on sait que ces cours du soir rassemblent plusieurs dizaines d’écoliers agglutinés dans un garage ! Ces cours sont dispensés par les mêmes maîtres qui enseignent dans le public. Certains de ces maîtres sont honnêtes et refusent ce que font d’autres, bien moins scrupuleux, qui sabotent leur enseignement au sein de l’école publique dans laquelle ils exercent et incitent les parents à inscrire les écoliers à leurs cours privés afin qu’ils soient assurés d’une scolarité correcte !

Ces enfants vont subir ce traitement tout au long de leur scolarité, jusqu’. Ce régime abrutissant ne leur laisse aucune place pour le jeu, l’éveil, le sport, la vie. Si parmi eux, il y a des Mozart, ils seront assassinés !

L’Algérie de demain a du pain sur la planche. Elle a aussi des atouts. Notre peuple est formidablement résilient. Ne lui ôtons pas la liberté. Respectons sa dignité. Considérons-le avec empathie. Assurons à nos jeunes la justice, la garantie de pouvoir s’élever dans l’échelle sociale à hauteur de leur mérite. Donnons-leur la possibilité de faire de nos promesses leurs réalités…

L’Algérie est au bord de l’éclosion, selon le beau mot de Mohamed Harbi. Elle sort d’une séquence de 57 années pénibles, marquées par l’impéritie des pouvoirs, la montée des violences, la décennie noire. Avec un tel passé, comment se passer d’une transition qui nous permettrait de quitter l’ombre, avec l’espoir d’accéder à la lumière ?

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 09:09

Voici les minutes de l'interview que j'ai donnée à TSA. Elle n'a pas été publiée. A la place, il y a un tissu de mensonges (voir lien ci-dessous). J'ai hésité avant de décider de rendre publique cette grave dérive d'un média qui ignore apparemment le code de déontologie et qui compromet largement sa crédibilité en se livrant à cette opération honteuse. Le plus grave, c'est que des considérations personnelles semblent prendre le pas sur ce qui devrait nous rassembler tous, le retour de nos martyrs, une victoire de notre peuple qui lui donnera un légitime motif de fierté. Il m'est apparu qu'il était de mon devoir de porter cette dérive à l'attention de nos compatriotes.

Voici donc l'interview

 

- Premièrement, nous aimerions savoir qui sont ces résistants ?  Leurs noms? leurs biographies ? Leurs actions en tant que résistants ? les circonstances de leurs décès ? C'est la question la plus importante pour nous car y répondre permettrait de les sortir de leur anonymat et de les faire connaître par les algériens.

 

Ces résistants sont des combattants algériens, réunis sous le leadership du Cherif Bouziane, qu’on appelait Moulessa3a, le maître de l’heure.

En 1847, l’Emir Abdelkader est vaincu. Le gouvernement français pense que la situation est stabilisée et prépare la colonisation sur le terrain. C’est là que surgit le Cherif Bouziane, qui avait soutenu l’Emir Abdelkader, et qui reprend la résistance. En  juillet 1849, l’armée française attaque la ville-oasis des Zattacha, où Bouziane s’est retranché et subissent un échec cuisant. Le général Herbillon revient en renfort à la tête d’une colonne de 5.000 hommes. L’assaut s’engage, sanglant, barbare. Après une résistance héroïque, les Français investissent l’oasis et procèdent à un massacre quasi absolu.

 Il ne restait, selon Herbillon lui-même qu’un aveugle et quelques femmes.

 

Bouziane, son fils Hassan et Si Moussa furent fusillés et décapités. Leurs têtes furent exposées à Biskra pour terroriser la population. Sans doute se retrouvèrent-elles aux mains des médecins qui accompagnaient les expéditions militaires. Quelques décennies plus tard, elles finirent au Musée de l’Homme.

 

Ils y furent rejoints par d’autres crânes, notamment celui du cherif Boubaghla, dont le champ d’action était  la Kabylie, où il guerroya jusqu’à sa mort, en 1854. Il y connut de nombreux succès, infligeant de nombreux revers aux troupes françaises. Dans sa guerre contre les troupes coloniales, il trouva une alliée de poids en la personne de Lella Fatma N’Soumer, une résistante légendaire à l’occupation.

 

- La question des crânes des résistants algériens conservés en France a surgi soudainement et elle n'a gagné sa notoriété que récemment. Comment est-ce que cette affaire a fait surface (qui a effectivement lancé cette revendication) ?

 

Historiquement, c’est l’anthropoloque Ali Farid Belkadi qui a découvert les crânes des résistants au Musée de l’Homme en 2011. Il a tenté d’alerter les autorités et il a initié une pétition qui n’a pas eu l’impact espéré. J’avais signé cette pétition en son temps. Elle m’avait surtout permis de prendre connaissance de cet épisode. Cette affaire m’avait obsédé, des années durant. Je ne pouvais m’en détacher. En même temps, j’étais totalement désarmé. J’avais écrit à l’époque deux livres, « Algérie, une mémoire à vif » et « Lyali , les nuits mortes », tous deux chez l’Harmattan. Cela m’avait valu une certaine audience, surtout auprès des Algériens de France. J’ai décidé de mettre cette faveur au service de nos martyrs. J’ai donc lancé une pétition le 18 mai 2016. J’ai eu la chance de bénéficier du soutien déterminant du journal « L’Humanité ». J’ai également bénéficié de la prise de position de François Gèze, directeur des éditions La Découverte, qui a appelé ses nombreux amis à signer la pétition. Il y eu une accélération qui a fait monter le nombre de signataires à 30.000. Ce succès a attiré l’attention de journalistes. Toute la presse algérienne, aussi bien écrite que télévisuelle et sur sites internet l’a largement couverte. France 24, France Inter, Beur FM, mais aussi la BBC, CNN, l’Agence de Presse Turque y ont consacré des reportages. Le Monde a publié en juillet 2016 une tribune d’historiens et universitaires de France appelant à restituer les crânes qui, dit le titre, “n’ont rien à faire au Musée de l’Homme”. J’ai donné pour ma part de nombreuses interviews. Le gouvernement français de l’époque, sous la présidence de François Hollande, a réagi par la voix du porte-parole du ministre des affaires étrangères, en expliquant que ce contentieux devait être réglé dans un cadre mémoriel défini d’un commun accord avec le gouvernement algérien. Après, le silence s’est installé. Plus de déclarations publiques. J’ai craint à ce moment que l’affaire risque de tomber dans l’oubli. J’ai écrit à tout ce que la France compte d’écrivains, d’hommes et de femmes politiques, de ministres, au président de la République, sans avoir autre chose que quelques réponses dilatoires. L’avènement d’Emmanuel Macron à la présidence a inauguré un cycle nouveau. J’ai réussi à établir un contact avec son proche collaborateur, Sylvain Fort, qui jouait le rôle de Monsieur Mémoire. Celui-ci s’est simplement contenté de me dire que l’affaire était engagée et qu’elle faisait l’objet d’un suivi attentif de la part du Président. J’ai compris alors que le dénouement était proche. Le dernier message de Sylvain Fort me disait simplement : « Vos vœux ont été entendus… »

 

 

- Est-ce que l'Etat algérien à travers ses institutions (ministère des moudjahidines, affaires étrangères, etc), a fait le nécessaire pour récupérer les crânes ou est-ce que cette revendication est plutôt populaire et émane de la société civile ?

 

C’est la pétition qui a servi de détonateur. C’est donc à la société civile que l’on doit ce succès. A vrai dire, le gouvernement algérien a peu communiqué. On ne connait donc pas vraiment le contenu des discussions qu’il a eues avec son homologue français.

 

- Comment expliquez-vous les réticences du côté français à restituer ces crânes à l'Algérie ?

 

La réponse est évidente. Vous savez qu’en 2005 a été votée une loi très controversée, notamment pour son article 4 qui portait sur les « aspects positifs de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. La vision de la colonisation qui prévaut en France est celle d’une période bénéfique, et toute une mythologie faite de médecins, d’instituteurs, convoquant à grands renforts d’effets de manches les Lumières. La majorité des Français est convaincue que la présence française en Algérie a bénéficié à la population locale et que c’est par pure bonté d’âme que l’expédition qui a conduit à la soumission de l’Algérie a été menée. Le jour, proche sans doute de la restitution effective, s’imposera la réalité de la colonisation, de sa face hideuse faite de massacres de masse, de viols, d’enfumades, d’acculturation, d’abaissement moral. Cela fera l’effet d’une bombe et va conduire à des remises en cause très douloureuses. Il faut ajouter à cela que la France compte dans ses musées bien des éléments qu’elle détient indûment. Les responsables de ces musées commencent à craindre que la multiplication des demandes de restitution vide leurs établissements.

 

- Des corps de soldats français morts et enterrés en Algérie ont été rapatriés par leurs familles et enterrés en France. Que pensez-vous de cette différence de traitement? n'y a-t-il pas un déséquilibre dans le traitement des dépouilles algériennes et françaises ? 

En fait, il s’agit d’un seul soldat, enterré à Oran. Il a été effectivement rapatrié en France, sans qu’aucune condition ne soit mise à son rapatriement. Il a reçu les honneurs militaires en France et y a été inhumé. Est-ce que cela faisait partie d’un deal incluant  la restitution des crânes de nos martyrs ? On parle aussi d’ouvrir la porte de l’Algérie aux anciens Harkis. J’espère que la restitution de nos martyrs n’a été assujettie d’aucune contrepartie. Elle répond à une exigence qui ne doit s’accommoder d’aucun compromis.

 

- Quelles conséquences aurait la restitution de ces crânes à l'Algérie ?

 

Je ne sais pas très bien. Ce que j’espère, c’est que nous construisions sur ce succès. Il faut que notre société, qui traverse depuis des décennies des épreuves qui la plongent dans le marasme actuel, se redresse, au sens premier du terme. Il faut qu’elle s’extirpe de cette spirale mortifère qui est la         marque de la haine de soi et du désespoir. La bataille menée l’Emir Abdelkader, prolongée par le Cherif Bouziane qui l’avait soutenu, celle conduite par le cherif Boubaghla, conjuguée à celle de Lella Fadhma N’soumer ont été menées pour garder l’Algérieindemne. Il s’agit de l’Algérie du 18ème siècle de l’ère chrétienne. Les colons la dépeignaient sous les traits d’une contrée sauvage, peuplée de tribus barbares. Si c’était le cas, les braves dont il est question plus haut auraient-ils décidé de mener un combat à mort pour elle ?S’ils l’ont fait, c’est que le pays qu’ils essayaient de soustraire des griffes de l’envahisseur en valait la peine. Une anecdote : Mascara, ma ville natale a été mise à sac puis brûlée par Clauzel. Un ami a exhumé des entrailles de la mairie de la ville un document signé d’une sociologue française, intitulé « la douceur de vivre à Mascara ». Elle raconte dans ce document, entre autres, l’existence d’une bâtisse de plain-pied, dans laquelle était dressée une très grande table chargée de tous les fruits de la terre. Cette bâtisse s’appelait « Dar el Metwa7mat », la maison des femmes enceintes qui ont des envies. Ces fruits leur étaient destinés. Elles pouvaient s’y servir autant qu’elles  voulaient et partir sans forme de procès. Vous avez dit « sauvagerie » ?

 

- Une fois les crânes restitués, que deviendront-ils ? seront-ils inhumés? Si oui, où? 

 

Ils seront inhumés, bien sûr, dans le respect absolu de leur dignité. Où? Peut-être dans le carré des martyrs d’El Alia, ou encore dans une des grottes qui ont été les théâtres des sinistres enfumades...

 

Et voici le lien vers l'article publié par TSA. Je vous laisse juges. Il ne s'agit pas d'erreurs mais de mensonges...

https://www.tsa-algerie.com/quelles-histoires-derriere-les-cranes-de-resistants-algeriens-detenus-en-france/

Voici également le message que j'ai adressé à la rédaction de ce "journal":

Je viens de lire l'article de TSA sur les crânes. Je suis époustouflé par cette entreprise mensongère. Le journalisme est-il tombé bas à ce point qu'il prend des libertés inadmissibles avec la vérité. Vous pouvez chanter la gloire de qui vous voulez mais pourquoi diable m'avez-vous demandé cette interview? D'où diable sortez-vous ces "plusieurs pétitions issues de la société civile"? Mais pourquoi au juste faites-vous cela? Avez-vous conscience de tromper vos lecteurs? Avez-vous conscience de votre responsabilité devant l'opinion? Avez-vous conscience que vous jouez avec une cause sacrée? Je ne vous salue pas...

 

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 10:14

François Nadiras, l’engagement d’une vie

Paru dans El Watan du 11 septembre 2017

François Nadiras vient de mourir. Cette phrase tombe de ma plume et je n’y crois pas. Je le savais malade, d’une de ces maladies qu’on appelle dégénératives qui condamnent celles et ceux qu’elle affecte. Chez François, elle était visible. Il utilisait difficilement ses mains. Il était tellement frêle, tellement fragile que le fait qu’il se soit tenu si longtemps debout tenait du miracle. Comment aurait-on pu imaginer que cet homme ait été si productif, voire prolifique, durant des décennies ?

Il habitait Toulon, ville qui constitue un haut lieu du rassemblement de ceux qu’on appelle les « algérianistes », une espèce tenace qui continue en France la guerre d’Algérie, en perturbant les réunions d’historiens ou en essayant de peser, avec un certain succès, sur le personnel politique. C’est naturellement l’un des viviers du Front National depuis sa création. François était l’antithèse de cette engeance. Il a mis la même ardeur à défendre l’indépendance de l’Algérie qu’à combattre le fascisme des inconsolables de l’Algérie française. Il l’a fait par des écrits. Mais il l’a fait aussi de façon beaucoup plus physique, plus directe, en étant présent sur le parcours des nervis qui infestent les rues de Toulon, en brandissant des pancartes proclamant le rejet de l’extrême droite. Il l’a fait aussi en fondant une section de la Ligue des droits de l’Homme dans cette ville dans laquelle, en 1995, le Front National avait remporté les élections municipales.

Oui, lui, si frêle, si malade, avait la force de manifester par sa présence la permanence du refus de la haine et du racisme.

Il a été aussi de celles et ceux qui ont pétitionné avec succès pour exiger l’abandon de la funeste idée de transférer les cendres de Bigeard aux Invalides. C’est vrai que l’homme aux « crevettes Bigeard » a eu quand même l’insigne honneur d’un enterrement à Fréjus, sous les auspices de l’ex président Giscard d’Estaing et de l’actuel ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian qui a commis en la circonstance un déplorable panégyrique…

Il m’a apporté un soutien constant, extrêmement utile dans la popularisation de la pétition pour la restitution des crânes de nos martyrs, hélas toujours sous séquestre au Musée de l’Homme. Il avait fait sien ce combat. Nous échangions quotidiennement au téléphone. Il faisait montre d’une joie débordante quand le nombre de signataires passait les mille, les deux-milles…, jusqu’à ce qu’il tutoie les trente-mille !

Il était professeur de mathématiques en classes préparatoires. Il en avait gardé la rigueur et le sens du détail. C’est grâce à lui que j’ai appris que les signataires de France étaient bien plus nombreux que ceux d’Algérie. Il s’interrogeait sur les raisons de ce paradoxe. Tout en le déplorant, je lui en ai proposé les explications qui me venaient à l’esprit. L’Algérie allait si mal. Les Algériens versaient pour beaucoup dans le désespoir. Il était difficile de les convaincre de s’inscrire dans une action collective. Dommage qu’ils n’aient pas connu François. Voilà quelqu’un qui se savait marchant vers sa fin dernière, conscient de la dégradation de son corps, mais qui s’inscrivait dans le combat éternel pour la dignité de l’humain. Il s’y inscrivait pour le « temps qui reste » et qui lui était conté.

Sa plus belle œuvre est la construction de ce fameux site, http://ldh-toulon.net/, site à la double vocation : le combat contre l’extrême droite, contre le racisme et pour toutes les autres causes défendues par la LDH d’une part, et la constitution d’une bibliothèque de référence sur la colonisation d’autre part. Ce site contient environ cinq-mille articles, qui font le bonheur de nombreux lecteurs, en particulier des historiens. A quelques rares exceptions près, tous les articles sur la colonisation ont été mis en ligne par lui-même. C’était un travailleur hors pair. Il bénéficiait tout de même de l’aide efficace de son épouse Elizabeth qui partageait ses idées. En juillet dernier, il a fallu qu’il se rende à l’évidence et qu’il annonce à ses amis qu’il ne se sentait plus capable de faire vivre le site. Cela a été un crève-cœur inimaginable. Dans un premier temps, il a été convenu de scinder le site en deux parties : l’une qu’on pourrait qualifier de « locale », qui concernerait l’extrême droite toulonnaise et les autres questions de violation des droits et que la section locale de la LDH continuerait d’administrer, l’autre, consacrée à la colonisation et au racisme et qui serait gérée par un comité de rédaction et une association d’historiens et de militants engagés sur cette question.
La mort l’a saisi avant que ce partage définitif se fasse, mais il est en bonne voie et va être poursuivi…

Je voudrais ajouter une dernière chose, pour les lecteurs d’El Watan et pour tous mes compatriotes. Ma fréquentation de François Nadiras m’a fait prendre conscience de la « perversité » du désespoir. François aurait pu s’y abandonner et finir sa vie en se lamentant sur la terrible maladie dont il savait qu’il finirait par en mourir. Il a fait exactement le contraire. Il a agi comme un homme valide qui aurait la vie devant lui. C’est qu’il ne considérait pas sa fin comme celle du monde. Il se sentait comptable de la souffrance humaine, où qu’elle s’exprime et il mettait ses dernières forces dans le combat pour la réduire. J’ai compris que l’engagement n’est pas une option mais un devoir. Ne pas s’engager, c’est se rendre complice…

 

 

 

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 10:16

Un seul monde !

Paru dans l'Humanité, le 29 mai 2017

La compassion est le premier des sentiments qui nous assaille, à l’idée de ces vies détruites par une bombe imbécile, à l’idée de ces enfants dont nous ne connaissons ni les visages, ni le nombre, mais dont nous savons déjà qu’ils sont nombreux à avoir les lèvres scellées à jamais…

Aimantés par cet écran de télévision dont nous ne parvenons pas à nous détacher, nous suivons le ressassement morbide des images tournant en boucle, de ces sirènes d’ambulances itératives, des regards hagards de parents en quête de leur progéniture.

En finir avec le terrorisme, retrouver un monde paisible, délivré de la crainte du mauvais sort qui mettrait celles et ceux que nous aimons au cœur d’un caprice du destin, un rêve pour tous.

La compassion pourrait nous y aider. Il en faut une dose massive parce que cette compassion ne doit pas s’exercer dans les limites étroites de l’Occident. Elle doit embrasser le monde…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs d’autres petits enfants qui ne savent pas pourquoi ils meurent. Ils sont si nombreux, ces petits Congolais dont le fil de la vie tient à la tenue d’une improbable galerie dans laquelle ils extraient le précieux coltan qui sert à faire marcher l’industrie militaire et nos téléphones portables. Deux enfants meurent pour chaque kilo de coltan récolté…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits Afghans que fauche un drone à la vue approximative...

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits enfants de Gaza qui meurent par centaines quand, tels les gigantesques sauterelles d’une nouvelle plaie d’Egypte,  des cohortes d’avions font pleuvoir sur leurs têtes leurs messages de feu.

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des 500.000 enfants d’Irak tués par un embargo meurtrier, décrété au nom de la liberté et de la morale…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits enfants du royaume invisible, celui que les télévisions et les radios cachent soigneusement, de peur sans doute de susciter des solidarités de nature à remettre en cause l’ordre du monde…

Le regard des petits enfants de Manchester s’est éteint. Leurs yeux se sont fermés, comme ceux de tant de leurs petits camarades de l’ailleurs, enfants de couleur, enfants de douleur, poussant leur cri invisible, inaudible, à la face d’un monde indifférent.

Compatir veut dire littéralement souffrir avec. Avec ceux qui souffrent, bien sûr. Tournons nos regards vers eux. Disons-leur que nous ne considérons pas leur sort comme banal, que leur peine est notre fardeau et que nous nous ingénierons à les aider à le secouer. Faisons place à l’expression d’une émotion-monde, d’une enfance-monde, d’une justice-monde. C’est à ce prix que nous, l’humanité entière, ferons front contre nos monstres.

Un seul monde !

 

 

Le mot « compassion » signifie littéralement le partage de la souffrance, celle des familles et celle des survivants.

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 15:32

La preuve du pudding

L'Humanité du 3 février 2017

Le monde entier (en fait, le monde "entier" selon la presse mainstream), s’émeut du départ d’Obama. Mais pourquoi regrette-t-on cet homme ? Qu’est-ce qui lui vaut cette faveur publique ? Un monde plus paisible, plus juste ? La fin de la violence comme moyen de règlement des conflits ? La mise au pas du pouvoir de l’argent ?

Rien de tout cela. On se souvient des drones tueurs et de leurs massacres collatéraux. On se souvient des huit années de compromission avec la politique israélienne. Et ce n’est certes pas le refus d’opposer un veto à la dernière résolution de l’ONU contre la colonisation qui effacera le passif d’Obama vis-à-vis des Palestiniens. Rien, pas même ces 221 millions de dollars qu’il leur "offre" en catimini, juste avant de s’éclipser. 221 millions, sans doute la menue monnaie des trente milliards de dollars offerts au gouvernement israélien, c’est-à-dire à Netanyahu, Liberman, Bennet, dont nous connaissons l’"attachement" à la paix et à la justice…

Mais, nous objectera-t-on, vous oubliez le Obama cool, sa science du déhanchement qui ravissait le monde entier,- bis repetita : "entier" selon la presse mainstream-. C’est vrai qu’il aurait pu être acteur, crooner… Il aurait sans doute eu du succès, notamment dans le registre mélodramatique, son préféré. Il en faut du talent pour pleurer des innocents massacrés dans une des innombrables fusillades que connaissent les Etats-Unis, tout en autorisant le massacre de populations civiles dans le lointain Afghanistan et ailleurs ! On l’a souvent accusé de mensonges, notamment sur son lieu de naissance et sa religion. On a affirmé qu’il avait vu le jour hors des Etats-Unis, ce qui aurait dû conduire à son élimination de la course aux présidentielles. On l’a également accusé d’être un crypto-musulman, ce dont il s’est défendu d’une manière qui indique qu’il partageait avec ses accusateurs leur vision de l’Islam. En fait, c’est Obama qui a péché par dissimulation. En réalité, il est noir mais pas Noir, pas au sens politique ni au sens social. Vous en connaissez beaucoup, des Noirs qui font les mêmes plaisanteries, les mêmes saloperies que les Blancs, et qui ne convoquent leur part noire que pour asseoir le consensus mensonger sur les prétendues valeurs de démocratie et de justice censées être portées par les Etats-Unis ?

Un mot sur Trump... Je rejoins l’opinion d’Elias Sanbar, ambassadeur de Palestine auprès de l’UNESCO : Trump est la conséquence logique de la présidence d’Obama. Une confidence du même Sanbar : après le fameux discours du Caire, Obama se tourne vers Abou Mazen et lui demande s’il l’a apprécié. Celui-ci acquiesce. Alors, Obama ajoute : « malheureusement, je ne peux rien faire d’autre… »

Autre chose…

Le 21 mars se tient la "Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale". Dans ce cadre, le gouvernement français a décidé d’organiser une "Semaine d'éducation contre le racisme et l'antisémitisme", en mars 2017. Le but est de réaffirmer la nécessité de l’intégration, en particulier par les élèves, du respect de l’égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité. Cette action a également pour objet de donner une impulsion nationale forte aux actions éducatives menées dans le champ de la prévention du racisme et de l’antisémitisme, de la défense et de la promotion des Droits de l’Homme et des principes fondamentaux de la République.

Le Musée de l’Homme a décidé de s’y associer. Sous l’intitulé "NOUS ET LES AUTRES – Des préjugés au racisme", il se propose d’apporter un éclairage scientifique sur les comportements racistes et les préjugés. Il s’assigne pour objectif de donner des clés de compréhension aux visiteurs de l’exposition, contribuant ainsi à déconstruire les préjugés qui persistent dans les consciences.

L’intention est louable, la réalité un peu moins.

Les entrailles du Musée renferment des dizaines de milliers de crânes, d’origine souvent inconnue. 36 (ou 37) sont identifiés. Ce sont les ultimes restes de résistants algériens à l’occupation coloniale, tombés en 1849, à l’issue de la célèbre bataille de l’oasis des Zaatcha. Cette bataille a opposé, sous leur direction, les habitants de l’oasis, menacés de spoliation à un corps expéditionnaire commandé par le général Herbillon. Elle s’est soldée par un massacre quasi absolu. Quant aux leaders, condamnés à mort, puis décapités, leurs têtes ont été exposées dans les villages des alentours pour éteindre toute velléité de soulèvement. Ces têtes, récupérées par des "collectionneurs», ont orné des intérieurs bourgeois durant des décennies avant d’échouer dans les caves du Musée de l’Homme.  Un historien algérien, Farid Belkadi, a découvert leur existence. Il a tenté en vain d’alerter le gouvernement algérien qui a fait la sourde oreille. Une pétition, initiée par moi-même en mai 2016, demandant le rapatriement de ces restes, a recueilli près de trente-mille signatures, mais n’a pour l’instant pas abouti.

Que les autorités du musée me permettent de leur adresser quelques questions :

« C’est en connaissance de cause que vous gardez ces crânes sous séquestre. Vous savez de quelle manière barbare ils ont été obtenus. Or, vous préparez une exposition sous le titre "NOUS ET LES AUTRES – Des préjugés au racisme", à partir du 17 mars prochain.

Comment comptez-vous articuler la noble ambition que véhicule votre slogan avec le maintien de restes d’hommes tués par le NOUS de votre proclamation au motif qu’ils étaient LES AUTRES ?

Ferez-vous état de leur existence durant l’exposition ?

De manière générale, vous garderez-vous de véhiculer ces préjugés qui conduisent au racisme en refusant à ces AUTRES une sépulture dans la patrie pour laquelle ils ont donné leurs vies ?

Vous devez des réponses claires au public… »

Mais que vient faire le pudding là-dedans ? Il y a une citation de Engels, qui dit que "La preuve du pudding, c’est qu’on le mange." Il voulait ainsi clouer le bec aux philosophes, pour qui le monde extérieur n’est qu’une création mentale.

Il y a une parenté entre le discours du Caire d’Obama, promettant une ère nouvelle, démenti par une confidence à Abou Mazen d’une part,  et la contribution du Musée de l’Homme à cette campagne contre le racisme d’autre part.

Le pudding promis ? La fin de l’injustice que vivent les Palestiniens, proclamée au Caire, la fin des préjugés menant au racisme, brandie à Paris. Dans les deux cas, il n’existe pas. La preuve ? Nous ne sommes pas près de le manger !

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 09:57

Nouvel An

http://www.humanite.fr/nouvel-629473

L’année 2016 tire à sa fin. Elle ne laissera guère de regrets. Entre le champ de ruines syrien, la descente vers l’abîme de la Libye, du Yémen, de l’Irak et le terrorisme daeshien, les motifs de réjouissance ne sont pas légion. Il y en a un, au moins, même si sa valeur est d’ordre symbolique. Il s’agit de la condamnation par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la politique israélienne de colonisation du Territoire Palestinien. C’est tout ? A peu près, oui…

L’année qui vient sera-t-elle de nature à adoucir les meurtrissures de 2016 ? Rien n’est moins sûr. Il est même à craindre qu’elle vienne au contraire les amplifier, que le pire soit à venir…

Le terrorisme va continuer de prospérer, se nourrissant du désordre du monde et du retour à la surface des haines séculaires, celles qui, simplement assoupies, établissent un continuum entre le temps des croisades et celui des colonies. Un probable futur président de la République, catholique fervent, retrouve les accents de jadis pour fustiger le terrorisme islamique. Il fait ainsi mine d’oublier que les Islamiques, c’est-à-dire les musulmans, constituent les cibles privilégiées du terrorisme islamiste. Deux-cent mille Algériens ont trouvé la mort sous ses coups durant la décennie noire. Dans la même veine, ce personnage réduit le colonialisme à un simple échange culturel. Une opération Erasmus avant la lettre en somme…

Un ancien Premier Ministre, candidat aux primaires PS, a émis naguère le vœu étrange qu’aucune tentative d’explication du terrorisme ne soit entreprise, au motif qu’elle vaudrait justification de celui-ci. Ainsi, toute recherche d’une relation causale est décrétée, non seulement inutile, mais dangereuse. Il faudrait donc, selon cet éminent homme politique se contenter de le subir comme une sorte de nouvelle plaie d’Egypte en priant pour sa disparition.

Ce n’est pas sérieux. Les terroristes qui assassinent des journalistes, des amateurs de concerts, des inconnus attablés à des terrasses dans la tiédeur inattendue d’un mois de novembre, sont mus par la haine. Est-ce, comme le répètent à l’envi des hommes politiques et des commentateurs de touts bords, la haine d’un mode de vie ? Sans doute. Il ne faut pas oublier que la plupart des assassins ont en commun d’avoir justement pratiqué le mode de vie en question. Le tueur d’Orlando était un client assidu de la boîte gay où il a perpétré son massacre. Le tueur de Nice avait une sexualité débridée et ne dédaignait ni l’alcool ni la charcuterie. Quant aux auteurs des tueries de la République, ils tenaient des débits de boissons fort peu islamiques. La thèse de la haine du mode de vie ne tient donc pas, du moins pas totalement.

Il y a autre chose, dont les terroristes n’ont pas forcément conscience eux-mêmes.

Nul n’ignore les discriminations que connaissent les jeunes musulmans d’Europe. Bien qu’y étant nés et éduqués, ils éprouvent depuis l’enfance un sentiment d’altérité. Très souvent, ce malaise se traduit par un rejet des parents, coupables de leur avoir collé sur le dos une tunique de Nessus dont ils n’arrivent pas à se défaire. Dans les années 70, il n’était pas rare de voir dans les métros parisiens une vieille Algérienne reconnaissable à son costume traditionnel, assise seule sur une banquette, ses enfants se tenant le plus loin possible d’elle et faisant mine de ne pas la connaître, allant jusqu’à quitter le métro par des portes différentes. Ces enfants ont grandi avec un sentiment de honte. Ils ont tenté de s’en défaire en ressemblant le plus possible à leurs compatriotes du même âge. Ils n’ont pas réussi à se fondre dans le moule et ont fini par constituer, nolens volens, une communauté à part. Cette « ostracisation »de fait, associée à l’injonction à l’assimilation a créé ce mouvement de retour vers des racines, réelles ou supposées, des identités de substitution. Pour l’écrasante majorité d’entre eux, ce transfert s’est fait sans violence. Ils se sont replongés dans l’univers vécu par leurs aïeux, univers que le silence obstiné du huis clos familial maintenait dans un inconnu total. Ils ont ainsi découvert la colonisation, l’esclavage, le déni de justice subi par leurs aïeux. Une petite minorité a basculé dans la haine et la violence.

Il faut évidemment préserver cette majorité en quête de paix et de reconnaissance du danger de radicalisation. Des mesures symboliques très simples à mettre en œuvre auraient un effet bénéfique. Il est aujourd’hui de notoriété publique que le Musée de l’Homme renferme dans ses sous-sols des crânes de résistants Algériens tués, puis décapités par l’armée de la France coloniale en 1849. L’historien Algérien Farid Belkadi avait alerté, dès 2011, les autorités algériennes sur leur existence et leur présence en France. Ce scandale n’avait guère eu d’écho. Une pétition, lancée en 2016 à destination du Musée de l’Homme, a recueilli près de trente-mille signatures. Elle a eu un retentissement suffisamment large pour faire l’objet d’une couverture médiatique très importante, en France et en Algérie bien sûr, mais aussi aux Etats-Unis, en Turquie, en Afrique et en Grande-Bretagne. Ces crânes ont ainsi accédé à une notoriété publique. L’opinion sait aujourd’hui que la France détient des « reliques » de son passé colonial. Ces reliques sont des restes humains. Ils méritent une sépulture en Algérie, la patrie pour laquelle ils ont fait le sacrifice de leurs vies. La France tergiverse…

Comme le souligne l’historien Pascal Blanchard, la haine séculaire qui a conduit la France et l’Allemagne à des guerres terriblement massacrantes n’a conduit à aucune décapitation de soldats allemands ou français. Aucune tête de Teuton n’a été exposée dans un musée français. Aucune tête française dans un musée berlinois. En revanche, il y a profusion de têtes d’Algériens ou d’Africains à Paris et un bon millier de têtes de Hereros à Berlin, victimes namibiennes du premier génocide du Vingtième siècle perpétré par l’Allemagne. La vision essentialiste, jamais vraiment remise en cause, ne met pas les Algériens et les Hereros sur le même plan que leurs bourreaux…

En finir avec le terrorisme, c’est d’abord en finir avec tout ce qui peut contribuer à accréditer l’inégalité de fait entre les hommes. Il faut revisiter les collections patrimoniales et revoir le statut des éléments de ces collections qui constituent autant de rappels obsédants de la permanence du regard colonial. C’est ce regard, ce mensonge qui prétend recouvrir la réalité de la barbarie coloniale, qu’on exige de cette population à la mémoire blessée d’endosser !

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 13:05

Le massacre des Herero, premier génocide du XXème siècle

Le Figaro, 7 décembre 2016

Entre 1904 et 1907, quelque 80 000 Hereros et 10 000 Namas, deux tribus de l'actuelle Namibie en

révolte contre le colonisateur allemand, ont été exterminés par les forces impériales. Près de 80 % de la

population herero a péri et la moitié de celle des Namas. Berlin cherche une voie pour reconnaître

sa responsabilité dans ces massacres sans avoir à verser de compensations.

La « Pierre africaine » se trouve au fond du cimetière. Pour arriver jusqu'à elle, il faut passer près de

plusieurs monuments aux morts honorant les soldats allemands tombés durant les guerres des XIX e et

XX e siècles. Entre la mosquée Sehitlik, construite au début des années 2000, et le parc de l'ancien

aéroport de Tempelhof, le Garnisonfriedhof abrite un cimetière militaire discret où certains nostalgiques

de la Wehrmacht viennent parfois se promener. Sur l'une de ses allées extérieures, une stèle en forme

de roc, datant du début du XX e siècle, rend hommage à 41 combattants de l'armée coloniale impériale,

« morts en héros en Afrique du Sud-Ouest » entre 1904 et 1907. Comme pour honorer un autre

souvenir, un symbole faisant référence à l'Afrikakorps de 1941 a été gravé sur un côté dans les années

1970. Mais, depuis sept ans, une plaque déposée à son pied par les autorités du quartier de Neukölln

invite aussi à ne pas oublier les « victimes du régime colonial allemand », tout particulièrement en

Namibie. Une citation de Wilhelm von Humboldt a été ajoutée : « Seuls ceux qui connaissent le passé

peuvent avoir un avenir. »

Entre 1904 et 1907, environ 80 000 Hereros et 10 000 Namas, deux tribus de l'actuelle Namibie qui

tentaient de se révolter contre leur colonisateur, ont été exterminés par les forces impériales*. Près de

80 % de la population herero a péri et la moitié de celle des namas. Certains sont morts de faim et de

soif dans le désert, où l'armée, qui empoisonnait les points d'eau, les avait acculés, d'autres

d'épuisement dans des camps de travail. L'ordre d'extermination était explicite. « Sur le territoire

allemand, tout Herero avec ou sans arme, avec ou sans bétail, doit être abattu. Je n'accepterai plus non

plus les femmes et les enfants », avait décidé le général Lothar von Trotha en octobre 1904. Les

historiens décrivent aujourd'hui le massacre comme le premier génocide du XX e siècle. Mais la plaque

de la « Pierre africaine » de Berlin ne mentionne pas le mot : la mémoire officielle hésite encore à

l'utiliser.

Lentement, le massacre des Hereros et des Namas sort pourtant du silence. En 2004, la ministre du

Développement Heidemarie Wieczorek-Zeul a, la première, brisé le tabou, en demandant pardon pour

les crimes commis. Elle avait été vivement critiquée : un an plus tôt, le ministre des Affaires étrangères

Vert Joschka Fischer avait indiqué qu'il ne prononcerait aucun mot qui conduirait à des

« dédommagements » envers la Namibie. Onze ans plus tard, en 2015, des discussions officielles entre

les gouvernements allemand et namibien ont commencé pour mettre des mots communs sur ce passé.

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Ancien président de la commission des affaires étrangères au Bundestag, Ruprecht Polenz a été chargé

par Berlin de mener à bien ces négociations. « Nous voulons aboutir à une résolution commune,

assure-t-il. Le terme de génocide apparaîtra . » Après avoir reconnu le génocide arménien au

printemps dernier, Berlin ne peut de toute façon pas donner le sentiment de traiter l'histoire à la carte.

Tranché par les historiens, le débat est maintenant entre les mains des diplomates et des juristes.

« Nous voulons savoir sous quelle forme la Namibie attend des excuses de la part de l'Allemagne et

comment elle y réagira, poursuit Ruprecht Polenz. Cette résolution commune ne doit pas nuire aux

relations entre les deux pays ... » L'Allemagne ne veut pas devoir payer pour des crimes commis il y a

plus d'un siècle. Elle ne veut pas créer de précédent, et les autres ex-puissances coloniales lui en

sauront gré. « Nous ne parlons donc pas de «réparations», puisqu'il s'agit d'un terme juridique. Après

plus d'un siècle, la question n'est pas juridique entre nos deux pays, mais morale et politique. Ce n'est

pas moins important. C'est différent » , insiste Ruprecht Polenz. « Nous voulons parler de projets

d'avenir », poursuit-il. Berlin est prêt à financer une fondation qui travaillerait au développement de la

Namibie, favoriserait la formation, les échanges... Idéalement, le gouvernement allemand voudrait

aboutir avant le printemps 2017 pour que l'actuel Bundestag puisse voter la résolution. Sinon, il faudra

attendre au mieux 2018, dit-on. C'est une discrète pression pour ne pas tergiverser.

À Windhoek, la capitale namibienne, les messages ont été entendus, et le gouvernement a confié les

négociations à un diplomate expérimenté. Âgé de 82 ans, Zed Ngavirue est d'origine herero. Mais il a été

chargé de veiller aux intérêts du pays. Alors, la communauté herero en tant que telle se sent tenue à

l'écart des discussions et dépossédée de son histoire. « Notre peuple vit aujourd'hui dans des conditions

difficiles. C'est le résultat direct du génocide. Nous voulons retrouver notre dignité » , explique

Mbakumua Hengari, l'un des représentants hereros qui réclame de pouvoir s'asseoir à la table des

discussions. Il réclame des réparations pour sa communauté, dominante démographiquement il y a un

siècle. Mais, en Namibie, les Hereros ne forment plus, comme les Namas, qu'une minorité par rapport

aux Ovambos. Eux aussi espèrent profiter d'une indispensable aide au développement.

Influence coloniale et costume tribal

Au début du mois d'octobre, avec quelques autres, Mbakumua Hengari a fait le déplacement à Berlin

pour faire entendre sa colère. « Rien ne pourra être fait sans nous », ont-ils clamé dans les rues de la

capitale, où, pour défiler, les femmes avaient revêtu leurs habits de cérémonie : un boléro noir brodé,

une jupe rouge et longue jusqu'aux chevilles à l'air victorien, un chapeau rouge qui forme deux pointes à

ses extrémités. « Elles évoquent les cornes d'une vache », explique Vepuka Kauari, une belle femme

noire. La tenue mélange l'influence coloniale et le costume traditionnel tribal. « Les Allemands doivent

prendre conscience de notre histoire, dit-elle gravement. Ma grand-mère avait les cheveux blonds et fins,

comme une Allemande. Quand je regarde des photos, je me dis toujours que c'est impossible que ce soit

elle. » Sa grand-mère est née d'un viol.

La petite foule se met en marche. Les femmes entonnent Senzeni Na ? , un chant des révolutions

sud-africaines. « Qu'avons-nous fait ? » demande l'air. Dans le cortège, Mbakumua Hengari raconte son

histoire lui aussi. « Mon grand-père, du côté de ma mère, a été envoyé à Shark Island après avoir été

capturé. Mais il a survécu » , dit-il. Entre 1904 et 1908, les troupes impériales allemandes ont construit

sur cette île sèche en face de Lüderitz un camp de prisonnier pour les rebelles hereros et namas. Le

premier camp de concentration de l'histoire moderne, disent les historiens. Environ 3 000 personnes y

ont été enfermées. Environ 10 % seulement ont survécu.

« Excuses et réparations »

En tête du cortège, Vekuii Rukoro, le leader de la communauté herero, réclame « excuses et

réparations » et dénonce les « insultes » faites par l'Allemagne à son peuple. À côté de lui, Petrus Simon

Moses Kooper, chef du clan Kai-Khaun - la « nation rouge », en français -, défile droit et digne. À

quelque 80 ans, il a fait le voyage pour représenter l'un de ses illustres prédécesseurs. « Il s'appelait

Manase !Noreseb. Les soldats l'ont capturé. Ils lui ont coupé la tête et ils ont demandé aux femmes

prisonnières de faire bouillir le crâne et d'en nettoyer la peau » , raconte-t-il. Au début du XX e siècle,

des anthropologues adeptes de thèses raciales étudiaient les boîtes crâniennes des populations noires

pour prouver leur infériorité.

Quelques-uns de ces restes humains, conservés dans les musées, ont été rendus à la Namibie : la

Charité, le grand hôpital berlinois, en a déjà retrouvé une quarantaine, l'université de Fribourg, quatorze.

« Ce sont les seuls que nous avons pu identifier avec certitude » , explique Dieter Speck, qui a

supervisé les recherches à Fribourg. « Le fonds de l'hôpital compte encore environ 1 500 crânes, dont

un millier datent de la période préhistorique. Par chance, nous savons qu'il n'y a pas de restes humains

du temps du nazisme », ajoute-t-il.

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Dans son livre De Windhoek à Auschwitz, paru en 2011, l'historien Jürgen Zimmerer, spécialiste de

l'histoire coloniale allemande, pose la question taboue de la préfiguration de l'Holocauste dans le

génocide des hereros. Si une génération sépare les nazis de la guerre coloniale et si l'Allemagne a

perdu son empire après la Première Guerre mondiale, « entre les deux époques, il y a une continuité

dans certaines idées », explique prudemment le chercheur : « La hiérarchisation des hommes, le refus

du mélange des sangs, dit-il. En Afrique allemande du Sud-Ouest, les mariages mixtes étaient interdits

et avoir une goutte de sang africain suffisait à faire de vous un Africain. Cette obsession rappelle celle

contre les Juifs. » Adolf Hitler entretenait aussi une certaine rhétorique coloniale. « Il appelait les Russes

«nos Indiens» », note Jürgen Zimmerer. La thèse d'un lien entre les deux génocides est critiquée par

d'autres historiens, qui refusent les parallèles.

L'histoire de la « victoire » contre les hereros imprègne néanmoins l'inconscient allemand au début du

XX e siècle. « Le livre pour enfant Peter Moors voyage au Sud-Ouest est l'un des plus populaires jusque

dans les années 1940 », souligne Zimmerer. L'ouvrage raconte la répression des Hereros en prenant le

parti de l'Empire. Mais l'histoire coloniale allemande est rapidement oubliée après la Deuxième Guerre

mondiale. «Cette période, courte et sans succès, est peu connue des Allemands. Bien que sanglante,

elle a été enfouie sous la mémoire de l'Holocauste », confirme Hermann Parzinger. Directeur de la

Fondation prussienne, il a lui aussi à gérer l'héritage de collections issues des colonies. Il participe aussi

à un projet de musée qui doit bientôt ouvrir à Berlin. L'endroit comprendra notamment une section

ethnologique. « À travers ce lieu, nous voulons que les Allemands prennent conscience de leur passé »,

dit-il. Le nom du projet ? Le Forum Humboldt.

*Un superbe roman ayant pour toile de fond cet épisode méconnu de l'histoire vient d'être publié aux

Éditions JCLattès : Cartographie de l'oubli, de Niels Labuzan.

 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 08:33

Le Musée de l’Homme et le silence 

in La Tribune d'Alger, 1er décembre 2016

En France, on pétitionne à propos de tout. La lutte contre le gâchis alimentaire a recueilli 55.000 signatures. Le slogan « Jamais sans Marwa », destiné à sensibiliser l’opinion sur le risque de disparition d’une jeune fille, Marwa, hospitalisée à Marseille, a rassemblé 115.321 personnes. L’appel à la naturalisation des tirailleurs sénégalais a été approuvé par 62.305 citoyens. 49.573 Français ont soutenu l’appel intitulé « Sauvons les hérissons ». 352.332 personnes se déclarent favorables à l’interdiction des rejets en mer Méditerranée. 79.957 voix se sont élevées contre les pesticides. Près de 90.000 personnes se déclarent en faveur de l’interdiction des dissections d’animaux, au collège et au lycée. 

Une pétition a été lancée le 18 mai dernier pour exiger le retour des crânes de combattants algériens de la bataille des Zaatcha, en Algérie pour y être inhumés. Elle a certes connu un relatif succès qui a contraint les administrations algérienne et française à réagir. On peut tout de même relever que les hérissons suscitent plus d’engouement que nos crânes, onze fois plus pour être précis, si on se réfère au rapport entre le nombre des amoureux de ces gentilles bestioles et celui des pétitionnaires qui condamnent le séquestre de restes humains de nobles guerriers morts pour la liberté, valeur qu’était censée porter la soldatesque qui a procédé à leur massacre et à leur décapitation. Pour enfoncer le clou, je dois ajouter que la majorité de ces pétitionnaires vient de France… 

Qu’est-ce à dire ? Ce peuple volontiers hâbleur, aussi prompt à s’enflammer pour sa patrie quand elle est attaquée que la vouer aux gémonies quand le danger est passé, est-il indifférent au sort qu’ont subi ses aïeux ? Cette fierté dont il se prévaut si volontiers cesserait-elle d’être de mise quand ses ancêtres subissent l’outrage séculaire d’être entreposés dans les caves d’un musée parisien après avoir été exposés durant des décennies à la curiosité malsaine de badauds heureux de sentir ainsi le souffle de l’ « épopée », en réalité du massacre méthodique de tous ceux qui gênaient le déploiement de l’empire ? Le fait est que, en dépit de la large couverture médiatique, aussi bien en Algérie qu’en France, de cet intolérable état des choses, une infime partie de la population a fait le geste, pourtant si simple, de s’associer à la pétition. On pourrait penser que ce n’est pas le plus grave. Ce serait une erreur. La réaction des autorités politiques sous tous les cieux est proportionnelle à la pression qu’elles subissent, donc au nombre de signataires de ce genre d’appels. D’autres soutiendront qu’il y a des voies plus efficaces,  marches, manifestations… Sans doute. Mais comment croire que celui qui n’a pas trouvé la force d’appuyer sur un bouton de son ordinateur serait disposé à affronter le froid du pavé, voire la matraque du CRS ? 

Ne pas se cacher derrière son petit doigt… Cette faiblesse de réaction donne la mesure de la vanité des démonstrations solennelles et bruyantes. Nous ne sommes en réalité, comme bien d’autres peuples, que des gens occupés par les problèmes obscurs du quotidien, refusant de nous ériger en architectes de notre destin, préférant une tranquille servitude volontaire aux aléas d’un engagement citoyen. Comme l’écrivent certains sur la page dédiée à la pétition, et comme le propose un ancien premier ministre de la République algérienne, il faut laisser ces crânes en France. Quelqu’un a même ajouté que, « tous les Algériens rêvant d’aller à Paris, il faut laisser sur place ces crânes puisqu’ils ont la chance d’y être »… 

Humour noir, politesse du désespoir, comme l’écrivait le surréaliste Achille Chavée, ou report de l’accent psychique sur le surmoi comme le dit André Breton… L’humour noir induit une heureuse mise à distance du drame. De victime, on s’élève au rang de spectateur goguenard de sa propre décrépitude.  

L’Algérie va mal, c’est un truisme. La victoire sur le colonialisme français ne peut plus lui servir de viatique unique. Pour se remettre, il faut qu’elle (re)devienne une patrie véritable, un lieu de partage et de mémoire, que l’on évoque avec nostalgie, que l’on retrouve dans la joie et la sérénité. Il faut que ses jeunes ne la perçoivent plus comme une marâtre qu’il faut fuir à tout prix, mais comme une terre aimante, enveloppante. Facile à dire. Mais peut-être que, si ces crânes finissaient par rentrer chez eux, et si, à la faveur de ce retour, on pouvait enfin dérouler le long ruban d’une histoire algérienne, faite et écrite par des Algériens pour des Algériens, histoire dans laquelle nous n’avons pas toujours eu le mauvais rôle, un déclic intime pourrait se produire… Peut-être !  Signalons tout de même la sortie du premier tome d’un livre de Benjamin Stora, La guerre d’Algérie vue par les Algériens, aux éditions Denoël, ouvrage qu’il présente comme étant destiné au public français. A nos historiens de produire enfin une somme de ce calibre, à destination de leur peuple ! 

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 08:25

Merci pour la réconciliation

In La Tribune d'Alger du 26 novembre 2016

Le bal des prétendants (de la droite et du centre) va bientôt trouver son aboutissement : dimanche prochain, les Français connaitront le nom de l’heureux élu du concours des réactionnaires. Ce sera celui qui aura donné les meilleurs gages qu’il est plus à droite que les autres. Juppé, attaqué pour avoir soutenu la construction d’une mosquée à Bordeaux, s’en est défendu bec et ongles. Cela n’a pas empêché la prolifération de caricatures représentant « Ali » Juppé dans différents accoutrements renvoyant au djihadisme. Par les temps qui courent, le voisinage, réel ou supposé, avec l’Islam est une promesse de dégringolade dans les sondages et il n’est pas interdit de penser que cette campagne est pour quelque chose dans le mauvais score du candidat Juppé et sa probable élimination dimanche 27 novembre.

Une curiosité dans cette primaire : l’obligation pour les votants de signer une déclaration de partage des « valeurs » de la droite et du centre. De quelles valeurs s’agit-il ? L’électeur doit-il faire sienne l’inoubliable aphorisme Sarkozyste servi à propos de l’Algérie,  qui dispose que « la repentance, ça commence à bien faire » ? A moins qu’il préfère, dans le sillage de Fillon, se rappeler que le but du colonialisme était de partager la culture française avec des populations qui, ô misère, en manquaient cruellement ? Electeur, mon semblable, mon frère, t’engageras-tu à suivre, ta vie durant, le cours du pain au chocolat ? Garantiras-tu pour toujours une double ration de frites aux enfants privés du goût ineffable de la couenne de porc ? Mais, dis-moi, hypocrite électeur, mon semblable, mon frère, es-tu seulement raciste, pas sur le modèle Le Pen, mais sur celui, raisonnable, de la droite et du centre ? Es-tu seulement islamophobe, mais en toute sérénité, sans te priver du traditionnel couscous royal chez Bébert, dûment savouré avec la Cuvée du Président, pour autant ? Sache que nos valeurs n’excluent pas les religions. Fillon a déclaré que « le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme » ne menacent pas la république ». Il manque quelque chose ? Non, il ne manque rien ! Va voter ailleurs, espèce d’islamophile primaire !

Ah, rien ne vaut les valeurs de gauche, la solidarité internationale ! Quittons le marais nauséabond de la droite et du centre. Mettons le cap sur le socialisme. Ecoutons son dernier avatar, le Macron. Ce n’est pas lui qui chanterait les vertus du colonialisme. Jugez-en plutôt ! Oui, nous dit-il sans qu’il soit nécessaire de lui faire subir la torture, celle-ci a existé en Algérie. Pouvait-il en rester là et passer à autre chose ? Non, puisqu’il est candidat lui aussi à la présidence de la république (les minuscules sont bien de moi !). Or, les candidats à la présidence doivent faire des discours, aligner des mots, et pas n’importe lesquels. Il faut choisir ceux qui distillent une douce musique aux oreilles de l’électeur. Alors, il ajoute que la colonisation, à part la torture,a permis de « faire émerger un Etat, des richesses, des classes moyennes », bref que « la réalité de la colonisation est constituée d’éléments de barbarie et de civilisation ». Un beau documentaire, dû à Nazim Souissi et Zineb Merzouk , porte le titre : « Merci pour la civilisation ». Il semble bien donner raison à Macron ! Il se trouve que les auteurs figurent sans doute parmi les millions d’Algériens qui n’ont rien retenu des bienfaits dont la France se déclarait si prodigue et qu’ils pointent leurs caméras sur des lieux de misère, des scènes de massacres. S’ils n’ont pas trouvé trace d’éléments de la civilisation en question, hormis des camps de concentration et des salles de torture, c’est qu’ils auront sans doute mal cherché ! Ou alors, question terrible, Macron serait-il de droite ? Dans ce cas, il nous reste Hollande et Valls, des vrais de vrai, pour sûr. Ce n’est pas eux qui inventeraient la déchéance de nationalité. Bien au contraire ! Ils seraient plus volontiers sur le registre « Quand on s’attaque aux musulmans, c’est la république qui est attaquée ». Ah, me susurre-t-on, la citation n’est pas tout à fait exacte ; le mot « musulman ne figure pas dans la version originale… Encore les mauvaises langues !

Rassurons-nous, les familles politiques françaises traditionnelles vont bientôt se réconcilier, grâce à nous, objet de détestation commune, commode, de la part de la droite et de la gauche. Elles pourraient nous dire :

« Merci pour la réconciliation »

 

 

 

 

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 07:17

Algerian lives matter

http://latribunedz.com/article/22345-Algerian-lives-matter

Black lives matter, c’est le slogan repris au cœur de l’Amérique noire, après les multiples bavures d’une police blanche, porteuse d’un inconscient collectif étasunien fondé sur une grille raciste. C’est celle-ci qui permet à cette nation, édifiée sur le massacre méthodique des Indiens et l’esclavage des Noirs, de se parer du manteau d’une innocence ontologique. Le slogan, Black lives matter,   signifie que le temps où la mort d’un Noir était un événement banal est révolu. Elle annonce que, désormais, les vies noires sont importantes.

On aurait pu s’attendre à une victoire de Hillary Clinton, a priori plus proche de cette préoccupation qu’un Donald Trump soutenu, entre autres, par des sympathisants du… KuKluxKlan. Paradoxe ? Pas vraiment. Bien sûr, le discours clintonien bruisse du soutien aux défavorisés. Mais il émane de personnalités richissimes, dont les centres d’intérêt sont bien plus proches de la vieille Europe, dans sa version essentialiste. Les Noirs, descendants des planteurs de coton, n’évoquent guère que des airs de jazz ou de blues sur lesquels se déhanchaient, adolescents promis à un bel avenir, Mister Clinton et Miss Rodham. La désaffection des électeurs noirs est le fruit de cette réalité. Il est vrai que le passage du premier Noir à la Maison-Blanche n’a guère amélioré leur sort. Celui-ci s’était d’ailleurs empressé de déclarer, après son élection, qu’il serait le président de tous les étasuniens, faisant mine d’oublier qu’il fallait l’être un peu plus pour ceux de ses compatriotes pour lesquels le « rêve » américain a été un long cauchemar… Seule image forte de ce double mandat : Obama chantant « Amazing Grace » a capella dans l’église de Ferguson…

En France, les Beurs votent depuis des décennies pour la gauche. Celle-ci ne ressent même plus le besoin de faire campagne dans les « quartiers », pensant que cette population lui est acquise pour toujours. Ainsi, c’est de cette gauche bien-pensante que sont venus les thèmes de la déchéance de nationalité. C’est elle qui a alimenté le prurit raciste en intervenant sur le birkini, les menus des cantines scolaires. C’est elle qui a imposé  l’injonction à l’assimilation, venue se substituer à l’appel à l’intégration. S’il fallait remonter un peu plus loin, ce serait à la gauche que reviendrait la palme du soutien à une colonisation barbare. Gageons que, si les Beurs découvraient leur Trump, ils se détourneraient de ces tuteurs méprisants, Valls, Hollande et consorts… Ils préféreraient sans doute un avatar du milliardaire new-yorkais qui les débarrasserait de cette classe politique dont le vernis se craquelle pour laisser place aujourd’hui à un congrès d’ectoplasmes.

Oui, en Algérie, des millions de personnes ont été sacrifiées sur l’autel d’une colonisation barbare. La France, dans sa version « socialiste », refuse d’endosser la responsabilité de ce Crime unique. Plus grave, il se trouve des Algériens, aujourd’hui, qui relaient ce déni et chantent les louanges du colonialisme. Ainsi, ces millions de visages figés dans une mort brutale ne comptent pas. Leur sacrifice se solde par un insupportable oubli.

Aucun Algérien ne devrait trouver le repos tant que le massacre de leurs millions d’aïeux n’est pas reconnu, que leurs assassins ne sont pas désignés. Sans doute devrions-nous commencer par exiger le retour des restes de nos chouhadas de la bataille des Zaatcha…

Oui, il y a la Realpolitik qui nous impose de traiter avec la nation qui a commandité le Crime. Continuons… Mais, de grâce, que l’on inclue dans le programme de ses missi dominici des visites obligatoires sur nos lieux de mémoire, les grottes dont les parois sont encore noires du souvenir des enfumades, des ravins dans lesquels des camions ont jeté de  pleines bennes d’hommes, de femmes et d’enfants, des sinistres villages de regroupement, véritables camps de concentration…

N’oublions pas nos dizaines de milliers de morts de la décennie noire, ceux qu’une dédaigneuse mise entre parenthèses a condamnés à l’inexistence.

Alors, nous pourrons dire : Algerian lives matter, sans que ce soit un des innombrables slogans de la langue de bois gouvernementale…

 

 

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