Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 09:57

Nouvel An

http://www.humanite.fr/nouvel-629473

L’année 2016 tire à sa fin. Elle ne laissera guère de regrets. Entre le champ de ruines syrien, la descente vers l’abîme de la Libye, du Yémen, de l’Irak et le terrorisme daeshien, les motifs de réjouissance ne sont pas légion. Il y en a un, au moins, même si sa valeur est d’ordre symbolique. Il s’agit de la condamnation par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la politique israélienne de colonisation du Territoire Palestinien. C’est tout ? A peu près, oui…

L’année qui vient sera-t-elle de nature à adoucir les meurtrissures de 2016 ? Rien n’est moins sûr. Il est même à craindre qu’elle vienne au contraire les amplifier, que le pire soit à venir…

Le terrorisme va continuer de prospérer, se nourrissant du désordre du monde et du retour à la surface des haines séculaires, celles qui, simplement assoupies, établissent un continuum entre le temps des croisades et celui des colonies. Un probable futur président de la République, catholique fervent, retrouve les accents de jadis pour fustiger le terrorisme islamique. Il fait ainsi mine d’oublier que les Islamiques, c’est-à-dire les musulmans, constituent les cibles privilégiées du terrorisme islamiste. Deux-cent mille Algériens ont trouvé la mort sous ses coups durant la décennie noire. Dans la même veine, ce personnage réduit le colonialisme à un simple échange culturel. Une opération Erasmus avant la lettre en somme…

Un ancien Premier Ministre, candidat aux primaires PS, a émis naguère le vœu étrange qu’aucune tentative d’explication du terrorisme ne soit entreprise, au motif qu’elle vaudrait justification de celui-ci. Ainsi, toute recherche d’une relation causale est décrétée, non seulement inutile, mais dangereuse. Il faudrait donc, selon cet éminent homme politique se contenter de le subir comme une sorte de nouvelle plaie d’Egypte en priant pour sa disparition.

Ce n’est pas sérieux. Les terroristes qui assassinent des journalistes, des amateurs de concerts, des inconnus attablés à des terrasses dans la tiédeur inattendue d’un mois de novembre, sont mus par la haine. Est-ce, comme le répètent à l’envi des hommes politiques et des commentateurs de touts bords, la haine d’un mode de vie ? Sans doute. Il ne faut pas oublier que la plupart des assassins ont en commun d’avoir justement pratiqué le mode de vie en question. Le tueur d’Orlando était un client assidu de la boîte gay où il a perpétré son massacre. Le tueur de Nice avait une sexualité débridée et ne dédaignait ni l’alcool ni la charcuterie. Quant aux auteurs des tueries de la République, ils tenaient des débits de boissons fort peu islamiques. La thèse de la haine du mode de vie ne tient donc pas, du moins pas totalement.

Il y a autre chose, dont les terroristes n’ont pas forcément conscience eux-mêmes.

Nul n’ignore les discriminations que connaissent les jeunes musulmans d’Europe. Bien qu’y étant nés et éduqués, ils éprouvent depuis l’enfance un sentiment d’altérité. Très souvent, ce malaise se traduit par un rejet des parents, coupables de leur avoir collé sur le dos une tunique de Nessus dont ils n’arrivent pas à se défaire. Dans les années 70, il n’était pas rare de voir dans les métros parisiens une vieille Algérienne reconnaissable à son costume traditionnel, assise seule sur une banquette, ses enfants se tenant le plus loin possible d’elle et faisant mine de ne pas la connaître, allant jusqu’à quitter le métro par des portes différentes. Ces enfants ont grandi avec un sentiment de honte. Ils ont tenté de s’en défaire en ressemblant le plus possible à leurs compatriotes du même âge. Ils n’ont pas réussi à se fondre dans le moule et ont fini par constituer, nolens volens, une communauté à part. Cette « ostracisation »de fait, associée à l’injonction à l’assimilation a créé ce mouvement de retour vers des racines, réelles ou supposées, des identités de substitution. Pour l’écrasante majorité d’entre eux, ce transfert s’est fait sans violence. Ils se sont replongés dans l’univers vécu par leurs aïeux, univers que le silence obstiné du huis clos familial maintenait dans un inconnu total. Ils ont ainsi découvert la colonisation, l’esclavage, le déni de justice subi par leurs aïeux. Une petite minorité a basculé dans la haine et la violence.

Il faut évidemment préserver cette majorité en quête de paix et de reconnaissance du danger de radicalisation. Des mesures symboliques très simples à mettre en œuvre auraient un effet bénéfique. Il est aujourd’hui de notoriété publique que le Musée de l’Homme renferme dans ses sous-sols des crânes de résistants Algériens tués, puis décapités par l’armée de la France coloniale en 1849. L’historien Algérien Farid Belkadi avait alerté, dès 2011, les autorités algériennes sur leur existence et leur présence en France. Ce scandale n’avait guère eu d’écho. Une pétition, lancée en 2016 à destination du Musée de l’Homme, a recueilli près de trente-mille signatures. Elle a eu un retentissement suffisamment large pour faire l’objet d’une couverture médiatique très importante, en France et en Algérie bien sûr, mais aussi aux Etats-Unis, en Turquie, en Afrique et en Grande-Bretagne. Ces crânes ont ainsi accédé à une notoriété publique. L’opinion sait aujourd’hui que la France détient des « reliques » de son passé colonial. Ces reliques sont des restes humains. Ils méritent une sépulture en Algérie, la patrie pour laquelle ils ont fait le sacrifice de leurs vies. La France tergiverse…

Comme le souligne l’historien Pascal Blanchard, la haine séculaire qui a conduit la France et l’Allemagne à des guerres terriblement massacrantes n’a conduit à aucune décapitation de soldats allemands ou français. Aucune tête de Teuton n’a été exposée dans un musée français. Aucune tête française dans un musée berlinois. En revanche, il y a profusion de têtes d’Algériens ou d’Africains à Paris et un bon millier de têtes de Hereros à Berlin, victimes namibiennes du premier génocide du Vingtième siècle perpétré par l’Allemagne. La vision essentialiste, jamais vraiment remise en cause, ne met pas les Algériens et les Hereros sur le même plan que leurs bourreaux…

En finir avec le terrorisme, c’est d’abord en finir avec tout ce qui peut contribuer à accréditer l’inégalité de fait entre les hommes. Il faut revisiter les collections patrimoniales et revoir le statut des éléments de ces collections qui constituent autant de rappels obsédants de la permanence du regard colonial. C’est ce regard, ce mensonge qui prétend recouvrir la réalité de la barbarie coloniale, qu’on exige de cette population à la mémoire blessée d’endosser !

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 13:05

Le massacre des Herero, premier génocide du XXème siècle

Le Figaro, 7 décembre 2016

Entre 1904 et 1907, quelque 80 000 Hereros et 10 000 Namas, deux tribus de l'actuelle Namibie en

révolte contre le colonisateur allemand, ont été exterminés par les forces impériales. Près de 80 % de la

population herero a péri et la moitié de celle des Namas. Berlin cherche une voie pour reconnaître

sa responsabilité dans ces massacres sans avoir à verser de compensations.

La « Pierre africaine » se trouve au fond du cimetière. Pour arriver jusqu'à elle, il faut passer près de

plusieurs monuments aux morts honorant les soldats allemands tombés durant les guerres des XIX e et

XX e siècles. Entre la mosquée Sehitlik, construite au début des années 2000, et le parc de l'ancien

aéroport de Tempelhof, le Garnisonfriedhof abrite un cimetière militaire discret où certains nostalgiques

de la Wehrmacht viennent parfois se promener. Sur l'une de ses allées extérieures, une stèle en forme

de roc, datant du début du XX e siècle, rend hommage à 41 combattants de l'armée coloniale impériale,

« morts en héros en Afrique du Sud-Ouest » entre 1904 et 1907. Comme pour honorer un autre

souvenir, un symbole faisant référence à l'Afrikakorps de 1941 a été gravé sur un côté dans les années

1970. Mais, depuis sept ans, une plaque déposée à son pied par les autorités du quartier de Neukölln

invite aussi à ne pas oublier les « victimes du régime colonial allemand », tout particulièrement en

Namibie. Une citation de Wilhelm von Humboldt a été ajoutée : « Seuls ceux qui connaissent le passé

peuvent avoir un avenir. »

Entre 1904 et 1907, environ 80 000 Hereros et 10 000 Namas, deux tribus de l'actuelle Namibie qui

tentaient de se révolter contre leur colonisateur, ont été exterminés par les forces impériales*. Près de

80 % de la population herero a péri et la moitié de celle des namas. Certains sont morts de faim et de

soif dans le désert, où l'armée, qui empoisonnait les points d'eau, les avait acculés, d'autres

d'épuisement dans des camps de travail. L'ordre d'extermination était explicite. « Sur le territoire

allemand, tout Herero avec ou sans arme, avec ou sans bétail, doit être abattu. Je n'accepterai plus non

plus les femmes et les enfants », avait décidé le général Lothar von Trotha en octobre 1904. Les

historiens décrivent aujourd'hui le massacre comme le premier génocide du XX e siècle. Mais la plaque

de la « Pierre africaine » de Berlin ne mentionne pas le mot : la mémoire officielle hésite encore à

l'utiliser.

Lentement, le massacre des Hereros et des Namas sort pourtant du silence. En 2004, la ministre du

Développement Heidemarie Wieczorek-Zeul a, la première, brisé le tabou, en demandant pardon pour

les crimes commis. Elle avait été vivement critiquée : un an plus tôt, le ministre des Affaires étrangères

Vert Joschka Fischer avait indiqué qu'il ne prononcerait aucun mot qui conduirait à des

« dédommagements » envers la Namibie. Onze ans plus tard, en 2015, des discussions officielles entre

les gouvernements allemand et namibien ont commencé pour mettre des mots communs sur ce passé.

Page 2 of 3 © 2016 Factiva, Inc. Tous droits réservés.

Ancien président de la commission des affaires étrangères au Bundestag, Ruprecht Polenz a été chargé

par Berlin de mener à bien ces négociations. « Nous voulons aboutir à une résolution commune,

assure-t-il. Le terme de génocide apparaîtra . » Après avoir reconnu le génocide arménien au

printemps dernier, Berlin ne peut de toute façon pas donner le sentiment de traiter l'histoire à la carte.

Tranché par les historiens, le débat est maintenant entre les mains des diplomates et des juristes.

« Nous voulons savoir sous quelle forme la Namibie attend des excuses de la part de l'Allemagne et

comment elle y réagira, poursuit Ruprecht Polenz. Cette résolution commune ne doit pas nuire aux

relations entre les deux pays ... » L'Allemagne ne veut pas devoir payer pour des crimes commis il y a

plus d'un siècle. Elle ne veut pas créer de précédent, et les autres ex-puissances coloniales lui en

sauront gré. « Nous ne parlons donc pas de «réparations», puisqu'il s'agit d'un terme juridique. Après

plus d'un siècle, la question n'est pas juridique entre nos deux pays, mais morale et politique. Ce n'est

pas moins important. C'est différent » , insiste Ruprecht Polenz. « Nous voulons parler de projets

d'avenir », poursuit-il. Berlin est prêt à financer une fondation qui travaillerait au développement de la

Namibie, favoriserait la formation, les échanges... Idéalement, le gouvernement allemand voudrait

aboutir avant le printemps 2017 pour que l'actuel Bundestag puisse voter la résolution. Sinon, il faudra

attendre au mieux 2018, dit-on. C'est une discrète pression pour ne pas tergiverser.

À Windhoek, la capitale namibienne, les messages ont été entendus, et le gouvernement a confié les

négociations à un diplomate expérimenté. Âgé de 82 ans, Zed Ngavirue est d'origine herero. Mais il a été

chargé de veiller aux intérêts du pays. Alors, la communauté herero en tant que telle se sent tenue à

l'écart des discussions et dépossédée de son histoire. « Notre peuple vit aujourd'hui dans des conditions

difficiles. C'est le résultat direct du génocide. Nous voulons retrouver notre dignité » , explique

Mbakumua Hengari, l'un des représentants hereros qui réclame de pouvoir s'asseoir à la table des

discussions. Il réclame des réparations pour sa communauté, dominante démographiquement il y a un

siècle. Mais, en Namibie, les Hereros ne forment plus, comme les Namas, qu'une minorité par rapport

aux Ovambos. Eux aussi espèrent profiter d'une indispensable aide au développement.

Influence coloniale et costume tribal

Au début du mois d'octobre, avec quelques autres, Mbakumua Hengari a fait le déplacement à Berlin

pour faire entendre sa colère. « Rien ne pourra être fait sans nous », ont-ils clamé dans les rues de la

capitale, où, pour défiler, les femmes avaient revêtu leurs habits de cérémonie : un boléro noir brodé,

une jupe rouge et longue jusqu'aux chevilles à l'air victorien, un chapeau rouge qui forme deux pointes à

ses extrémités. « Elles évoquent les cornes d'une vache », explique Vepuka Kauari, une belle femme

noire. La tenue mélange l'influence coloniale et le costume traditionnel tribal. « Les Allemands doivent

prendre conscience de notre histoire, dit-elle gravement. Ma grand-mère avait les cheveux blonds et fins,

comme une Allemande. Quand je regarde des photos, je me dis toujours que c'est impossible que ce soit

elle. » Sa grand-mère est née d'un viol.

La petite foule se met en marche. Les femmes entonnent Senzeni Na ? , un chant des révolutions

sud-africaines. « Qu'avons-nous fait ? » demande l'air. Dans le cortège, Mbakumua Hengari raconte son

histoire lui aussi. « Mon grand-père, du côté de ma mère, a été envoyé à Shark Island après avoir été

capturé. Mais il a survécu » , dit-il. Entre 1904 et 1908, les troupes impériales allemandes ont construit

sur cette île sèche en face de Lüderitz un camp de prisonnier pour les rebelles hereros et namas. Le

premier camp de concentration de l'histoire moderne, disent les historiens. Environ 3 000 personnes y

ont été enfermées. Environ 10 % seulement ont survécu.

« Excuses et réparations »

En tête du cortège, Vekuii Rukoro, le leader de la communauté herero, réclame « excuses et

réparations » et dénonce les « insultes » faites par l'Allemagne à son peuple. À côté de lui, Petrus Simon

Moses Kooper, chef du clan Kai-Khaun - la « nation rouge », en français -, défile droit et digne. À

quelque 80 ans, il a fait le voyage pour représenter l'un de ses illustres prédécesseurs. « Il s'appelait

Manase !Noreseb. Les soldats l'ont capturé. Ils lui ont coupé la tête et ils ont demandé aux femmes

prisonnières de faire bouillir le crâne et d'en nettoyer la peau » , raconte-t-il. Au début du XX e siècle,

des anthropologues adeptes de thèses raciales étudiaient les boîtes crâniennes des populations noires

pour prouver leur infériorité.

Quelques-uns de ces restes humains, conservés dans les musées, ont été rendus à la Namibie : la

Charité, le grand hôpital berlinois, en a déjà retrouvé une quarantaine, l'université de Fribourg, quatorze.

« Ce sont les seuls que nous avons pu identifier avec certitude » , explique Dieter Speck, qui a

supervisé les recherches à Fribourg. « Le fonds de l'hôpital compte encore environ 1 500 crânes, dont

un millier datent de la période préhistorique. Par chance, nous savons qu'il n'y a pas de restes humains

du temps du nazisme », ajoute-t-il.

Page 3 of 3 © 2016 Factiva, Inc. Tous droits réservés.

Dans son livre De Windhoek à Auschwitz, paru en 2011, l'historien Jürgen Zimmerer, spécialiste de

l'histoire coloniale allemande, pose la question taboue de la préfiguration de l'Holocauste dans le

génocide des hereros. Si une génération sépare les nazis de la guerre coloniale et si l'Allemagne a

perdu son empire après la Première Guerre mondiale, « entre les deux époques, il y a une continuité

dans certaines idées », explique prudemment le chercheur : « La hiérarchisation des hommes, le refus

du mélange des sangs, dit-il. En Afrique allemande du Sud-Ouest, les mariages mixtes étaient interdits

et avoir une goutte de sang africain suffisait à faire de vous un Africain. Cette obsession rappelle celle

contre les Juifs. » Adolf Hitler entretenait aussi une certaine rhétorique coloniale. « Il appelait les Russes

«nos Indiens» », note Jürgen Zimmerer. La thèse d'un lien entre les deux génocides est critiquée par

d'autres historiens, qui refusent les parallèles.

L'histoire de la « victoire » contre les hereros imprègne néanmoins l'inconscient allemand au début du

XX e siècle. « Le livre pour enfant Peter Moors voyage au Sud-Ouest est l'un des plus populaires jusque

dans les années 1940 », souligne Zimmerer. L'ouvrage raconte la répression des Hereros en prenant le

parti de l'Empire. Mais l'histoire coloniale allemande est rapidement oubliée après la Deuxième Guerre

mondiale. «Cette période, courte et sans succès, est peu connue des Allemands. Bien que sanglante,

elle a été enfouie sous la mémoire de l'Holocauste », confirme Hermann Parzinger. Directeur de la

Fondation prussienne, il a lui aussi à gérer l'héritage de collections issues des colonies. Il participe aussi

à un projet de musée qui doit bientôt ouvrir à Berlin. L'endroit comprendra notamment une section

ethnologique. « À travers ce lieu, nous voulons que les Allemands prennent conscience de leur passé »,

dit-il. Le nom du projet ? Le Forum Humboldt.

*Un superbe roman ayant pour toile de fond cet épisode méconnu de l'histoire vient d'être publié aux

Éditions JCLattès : Cartographie de l'oubli, de Niels Labuzan.

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 08:33

Le Musée de l’Homme et le silence 

in La Tribune d'Alger, 1er décembre 2016

En France, on pétitionne à propos de tout. La lutte contre le gâchis alimentaire a recueilli 55.000 signatures. Le slogan « Jamais sans Marwa », destiné à sensibiliser l’opinion sur le risque de disparition d’une jeune fille, Marwa, hospitalisée à Marseille, a rassemblé 115.321 personnes. L’appel à la naturalisation des tirailleurs sénégalais a été approuvé par 62.305 citoyens. 49.573 Français ont soutenu l’appel intitulé « Sauvons les hérissons ». 352.332 personnes se déclarent favorables à l’interdiction des rejets en mer Méditerranée. 79.957 voix se sont élevées contre les pesticides. Près de 90.000 personnes se déclarent en faveur de l’interdiction des dissections d’animaux, au collège et au lycée. 

Une pétition a été lancée le 18 mai dernier pour exiger le retour des crânes de combattants algériens de la bataille des Zaatcha, en Algérie pour y être inhumés. Elle a certes connu un relatif succès qui a contraint les administrations algérienne et française à réagir. On peut tout de même relever que les hérissons suscitent plus d’engouement que nos crânes, onze fois plus pour être précis, si on se réfère au rapport entre le nombre des amoureux de ces gentilles bestioles et celui des pétitionnaires qui condamnent le séquestre de restes humains de nobles guerriers morts pour la liberté, valeur qu’était censée porter la soldatesque qui a procédé à leur massacre et à leur décapitation. Pour enfoncer le clou, je dois ajouter que la majorité de ces pétitionnaires vient de France… 

Qu’est-ce à dire ? Ce peuple volontiers hâbleur, aussi prompt à s’enflammer pour sa patrie quand elle est attaquée que la vouer aux gémonies quand le danger est passé, est-il indifférent au sort qu’ont subi ses aïeux ? Cette fierté dont il se prévaut si volontiers cesserait-elle d’être de mise quand ses ancêtres subissent l’outrage séculaire d’être entreposés dans les caves d’un musée parisien après avoir été exposés durant des décennies à la curiosité malsaine de badauds heureux de sentir ainsi le souffle de l’ « épopée », en réalité du massacre méthodique de tous ceux qui gênaient le déploiement de l’empire ? Le fait est que, en dépit de la large couverture médiatique, aussi bien en Algérie qu’en France, de cet intolérable état des choses, une infime partie de la population a fait le geste, pourtant si simple, de s’associer à la pétition. On pourrait penser que ce n’est pas le plus grave. Ce serait une erreur. La réaction des autorités politiques sous tous les cieux est proportionnelle à la pression qu’elles subissent, donc au nombre de signataires de ce genre d’appels. D’autres soutiendront qu’il y a des voies plus efficaces,  marches, manifestations… Sans doute. Mais comment croire que celui qui n’a pas trouvé la force d’appuyer sur un bouton de son ordinateur serait disposé à affronter le froid du pavé, voire la matraque du CRS ? 

Ne pas se cacher derrière son petit doigt… Cette faiblesse de réaction donne la mesure de la vanité des démonstrations solennelles et bruyantes. Nous ne sommes en réalité, comme bien d’autres peuples, que des gens occupés par les problèmes obscurs du quotidien, refusant de nous ériger en architectes de notre destin, préférant une tranquille servitude volontaire aux aléas d’un engagement citoyen. Comme l’écrivent certains sur la page dédiée à la pétition, et comme le propose un ancien premier ministre de la République algérienne, il faut laisser ces crânes en France. Quelqu’un a même ajouté que, « tous les Algériens rêvant d’aller à Paris, il faut laisser sur place ces crânes puisqu’ils ont la chance d’y être »… 

Humour noir, politesse du désespoir, comme l’écrivait le surréaliste Achille Chavée, ou report de l’accent psychique sur le surmoi comme le dit André Breton… L’humour noir induit une heureuse mise à distance du drame. De victime, on s’élève au rang de spectateur goguenard de sa propre décrépitude.  

L’Algérie va mal, c’est un truisme. La victoire sur le colonialisme français ne peut plus lui servir de viatique unique. Pour se remettre, il faut qu’elle (re)devienne une patrie véritable, un lieu de partage et de mémoire, que l’on évoque avec nostalgie, que l’on retrouve dans la joie et la sérénité. Il faut que ses jeunes ne la perçoivent plus comme une marâtre qu’il faut fuir à tout prix, mais comme une terre aimante, enveloppante. Facile à dire. Mais peut-être que, si ces crânes finissaient par rentrer chez eux, et si, à la faveur de ce retour, on pouvait enfin dérouler le long ruban d’une histoire algérienne, faite et écrite par des Algériens pour des Algériens, histoire dans laquelle nous n’avons pas toujours eu le mauvais rôle, un déclic intime pourrait se produire… Peut-être !  Signalons tout de même la sortie du premier tome d’un livre de Benjamin Stora, La guerre d’Algérie vue par les Algériens, aux éditions Denoël, ouvrage qu’il présente comme étant destiné au public français. A nos historiens de produire enfin une somme de ce calibre, à destination de leur peuple ! 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 08:25

Merci pour la réconciliation

In La Tribune d'Alger du 26 novembre 2016

Le bal des prétendants (de la droite et du centre) va bientôt trouver son aboutissement : dimanche prochain, les Français connaitront le nom de l’heureux élu du concours des réactionnaires. Ce sera celui qui aura donné les meilleurs gages qu’il est plus à droite que les autres. Juppé, attaqué pour avoir soutenu la construction d’une mosquée à Bordeaux, s’en est défendu bec et ongles. Cela n’a pas empêché la prolifération de caricatures représentant « Ali » Juppé dans différents accoutrements renvoyant au djihadisme. Par les temps qui courent, le voisinage, réel ou supposé, avec l’Islam est une promesse de dégringolade dans les sondages et il n’est pas interdit de penser que cette campagne est pour quelque chose dans le mauvais score du candidat Juppé et sa probable élimination dimanche 27 novembre.

Une curiosité dans cette primaire : l’obligation pour les votants de signer une déclaration de partage des « valeurs » de la droite et du centre. De quelles valeurs s’agit-il ? L’électeur doit-il faire sienne l’inoubliable aphorisme Sarkozyste servi à propos de l’Algérie,  qui dispose que « la repentance, ça commence à bien faire » ? A moins qu’il préfère, dans le sillage de Fillon, se rappeler que le but du colonialisme était de partager la culture française avec des populations qui, ô misère, en manquaient cruellement ? Electeur, mon semblable, mon frère, t’engageras-tu à suivre, ta vie durant, le cours du pain au chocolat ? Garantiras-tu pour toujours une double ration de frites aux enfants privés du goût ineffable de la couenne de porc ? Mais, dis-moi, hypocrite électeur, mon semblable, mon frère, es-tu seulement raciste, pas sur le modèle Le Pen, mais sur celui, raisonnable, de la droite et du centre ? Es-tu seulement islamophobe, mais en toute sérénité, sans te priver du traditionnel couscous royal chez Bébert, dûment savouré avec la Cuvée du Président, pour autant ? Sache que nos valeurs n’excluent pas les religions. Fillon a déclaré que « le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme » ne menacent pas la république ». Il manque quelque chose ? Non, il ne manque rien ! Va voter ailleurs, espèce d’islamophile primaire !

Ah, rien ne vaut les valeurs de gauche, la solidarité internationale ! Quittons le marais nauséabond de la droite et du centre. Mettons le cap sur le socialisme. Ecoutons son dernier avatar, le Macron. Ce n’est pas lui qui chanterait les vertus du colonialisme. Jugez-en plutôt ! Oui, nous dit-il sans qu’il soit nécessaire de lui faire subir la torture, celle-ci a existé en Algérie. Pouvait-il en rester là et passer à autre chose ? Non, puisqu’il est candidat lui aussi à la présidence de la république (les minuscules sont bien de moi !). Or, les candidats à la présidence doivent faire des discours, aligner des mots, et pas n’importe lesquels. Il faut choisir ceux qui distillent une douce musique aux oreilles de l’électeur. Alors, il ajoute que la colonisation, à part la torture,a permis de « faire émerger un Etat, des richesses, des classes moyennes », bref que « la réalité de la colonisation est constituée d’éléments de barbarie et de civilisation ». Un beau documentaire, dû à Nazim Souissi et Zineb Merzouk , porte le titre : « Merci pour la civilisation ». Il semble bien donner raison à Macron ! Il se trouve que les auteurs figurent sans doute parmi les millions d’Algériens qui n’ont rien retenu des bienfaits dont la France se déclarait si prodigue et qu’ils pointent leurs caméras sur des lieux de misère, des scènes de massacres. S’ils n’ont pas trouvé trace d’éléments de la civilisation en question, hormis des camps de concentration et des salles de torture, c’est qu’ils auront sans doute mal cherché ! Ou alors, question terrible, Macron serait-il de droite ? Dans ce cas, il nous reste Hollande et Valls, des vrais de vrai, pour sûr. Ce n’est pas eux qui inventeraient la déchéance de nationalité. Bien au contraire ! Ils seraient plus volontiers sur le registre « Quand on s’attaque aux musulmans, c’est la république qui est attaquée ». Ah, me susurre-t-on, la citation n’est pas tout à fait exacte ; le mot « musulman ne figure pas dans la version originale… Encore les mauvaises langues !

Rassurons-nous, les familles politiques françaises traditionnelles vont bientôt se réconcilier, grâce à nous, objet de détestation commune, commode, de la part de la droite et de la gauche. Elles pourraient nous dire :

« Merci pour la réconciliation »

 

 

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 07:17

Algerian lives matter

http://latribunedz.com/article/22345-Algerian-lives-matter

Black lives matter, c’est le slogan repris au cœur de l’Amérique noire, après les multiples bavures d’une police blanche, porteuse d’un inconscient collectif étasunien fondé sur une grille raciste. C’est celle-ci qui permet à cette nation, édifiée sur le massacre méthodique des Indiens et l’esclavage des Noirs, de se parer du manteau d’une innocence ontologique. Le slogan, Black lives matter,   signifie que le temps où la mort d’un Noir était un événement banal est révolu. Elle annonce que, désormais, les vies noires sont importantes.

On aurait pu s’attendre à une victoire de Hillary Clinton, a priori plus proche de cette préoccupation qu’un Donald Trump soutenu, entre autres, par des sympathisants du… KuKluxKlan. Paradoxe ? Pas vraiment. Bien sûr, le discours clintonien bruisse du soutien aux défavorisés. Mais il émane de personnalités richissimes, dont les centres d’intérêt sont bien plus proches de la vieille Europe, dans sa version essentialiste. Les Noirs, descendants des planteurs de coton, n’évoquent guère que des airs de jazz ou de blues sur lesquels se déhanchaient, adolescents promis à un bel avenir, Mister Clinton et Miss Rodham. La désaffection des électeurs noirs est le fruit de cette réalité. Il est vrai que le passage du premier Noir à la Maison-Blanche n’a guère amélioré leur sort. Celui-ci s’était d’ailleurs empressé de déclarer, après son élection, qu’il serait le président de tous les étasuniens, faisant mine d’oublier qu’il fallait l’être un peu plus pour ceux de ses compatriotes pour lesquels le « rêve » américain a été un long cauchemar… Seule image forte de ce double mandat : Obama chantant « Amazing Grace » a capella dans l’église de Ferguson…

En France, les Beurs votent depuis des décennies pour la gauche. Celle-ci ne ressent même plus le besoin de faire campagne dans les « quartiers », pensant que cette population lui est acquise pour toujours. Ainsi, c’est de cette gauche bien-pensante que sont venus les thèmes de la déchéance de nationalité. C’est elle qui a alimenté le prurit raciste en intervenant sur le birkini, les menus des cantines scolaires. C’est elle qui a imposé  l’injonction à l’assimilation, venue se substituer à l’appel à l’intégration. S’il fallait remonter un peu plus loin, ce serait à la gauche que reviendrait la palme du soutien à une colonisation barbare. Gageons que, si les Beurs découvraient leur Trump, ils se détourneraient de ces tuteurs méprisants, Valls, Hollande et consorts… Ils préféreraient sans doute un avatar du milliardaire new-yorkais qui les débarrasserait de cette classe politique dont le vernis se craquelle pour laisser place aujourd’hui à un congrès d’ectoplasmes.

Oui, en Algérie, des millions de personnes ont été sacrifiées sur l’autel d’une colonisation barbare. La France, dans sa version « socialiste », refuse d’endosser la responsabilité de ce Crime unique. Plus grave, il se trouve des Algériens, aujourd’hui, qui relaient ce déni et chantent les louanges du colonialisme. Ainsi, ces millions de visages figés dans une mort brutale ne comptent pas. Leur sacrifice se solde par un insupportable oubli.

Aucun Algérien ne devrait trouver le repos tant que le massacre de leurs millions d’aïeux n’est pas reconnu, que leurs assassins ne sont pas désignés. Sans doute devrions-nous commencer par exiger le retour des restes de nos chouhadas de la bataille des Zaatcha…

Oui, il y a la Realpolitik qui nous impose de traiter avec la nation qui a commandité le Crime. Continuons… Mais, de grâce, que l’on inclue dans le programme de ses missi dominici des visites obligatoires sur nos lieux de mémoire, les grottes dont les parois sont encore noires du souvenir des enfumades, des ravins dans lesquels des camions ont jeté de  pleines bennes d’hommes, de femmes et d’enfants, des sinistres villages de regroupement, véritables camps de concentration…

N’oublions pas nos dizaines de milliers de morts de la décennie noire, ceux qu’une dédaigneuse mise entre parenthèses a condamnés à l’inexistence.

Alors, nous pourrons dire : Algerian lives matter, sans que ce soit un des innombrables slogans de la langue de bois gouvernementale…

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 20:48

Revenir à la croisée des chemins

http://www.latribunedz.com/article/21600-Revenir-a-la-croisee-des-chemins

Dans le cheminement d’une nation depuis son avènement, elle se retrouve parfois face à un choix déterminant pour son devenir. Elle est à la croisée des chemins et elle doit choisir sa voie parmi celles qui lui sont proposées. L’Algérie indépendante a été confrontée, à deux reprises au moins, à ce choix difficile. Avouons-le, elle a mis une remarquable constance  à se tromper.

En 1962, plusieurs options se présentaient. On pouvait reconduire le GPRA en lui confiant la mission de faire élire une assemblée constituante chargée, comme son nom l’indique, de rédiger une constitution et de soumettre son approbation au vote populaire. C’était le vœu de feu Hocine Aït Ahmed. La ferveur de la libération aidant, nul doute que le peuple aurait accueilli avec bonheur une telle initiative et qu’il aurait répondu en force à l’appel aux urnes. Cela aurait eu un double mérite : en premier lieu, la libération du pays débouchant sur la consécration, par le peuple,  de la démocratie, aurait enraciné  celle-ci dans notre pays. En deuxième lieu, on aurait établi ainsi un continuum entre la guerre d’indépendance et la guerre du développement, l’acteur principal de celle-ci comme de celle-là étant le peuple.  Au lieu de cela, c’est un pouvoir autoritaire qui a pris les commandes, en signifiant aux Algériens qu’ils n’avaient pas le droit de se mêler de ce qui les regardait…

L’Histoire repasse rarement les plats. Elle nous a cependant offert une nouvelle opportunité, au prix de la mort de centaines de milliers de nos compatriotes. C’était, on l’aura compris, au lendemain de la décennie noire. Celle-ci résultait elle-même de la politique erratique qui avait été menée jusque-là. En toute logique, l’horreur de cette tuerie aurait dû signifier la fin de l’autoritarisme et nous inciter à revenir à la croisée des chemins. Oui, il aurait fallu revenir à 1962 et redonner vie aux options dont nous disposions alors, notamment celle de la constituante et de la démocratie. Au lieu de cela, nous avons retrouvé les mêmes acteurs, le même théâtre d’ombres, les mêmes gesticulations, sur fond d’un silence insoutenable sur les tenants et les aboutissants de la déferlante terroriste. La corruption s’est développée et devient une donnée structurelle. Plus grave, elle a atteint désormais les citoyens. Donner un peu d’argent en échange d’un passe-droit est devenu banal… Les signes d’enrichissement sont ostentatoires. Villas et berlines de luxe font partie du paysage. Toutes les marques d’un affaissement moral sont là : la violence est devenue endémique. L’absence absolue de scrupules est devenue la règle. Comme il faut bien s’arranger avec l’au-delà, cette perte de sens s’accompagne d’un regain de religiosité qui ne retient de l’Islam que le dogme, à des années-lumière de son esprit. Le signe le plus patent de cette pathologie est précisément cette cohabitation entre l’absence de morale et l’ostentation dans la pratique du culte. Cette schizophrénie n’engendre pas le bonheur. Les relations sociales sont marquées du sceau de la méfiance, voire de la violence. Il subsiste tout de même des traces d’un passé si proche. L’hospitalité, l’attention aux autres, la déférence envers les vieillards, sont encore présentes, mais tendent à s’estomper…

Nous avons encore une possibilité, la dernière peut-être, de changer le cours d’une histoire qui nous mène à la catastrophe. Il faudrait revenir à octobre 1988, saluer la mémoire de nos jeunes garçons fauchés par les fusils d’autres jeunes garçons qui leur ressemblent en tout point, à par leur uniforme. Cette bouffée de violence a offert son lot de mirages, l’apparente ouverture des champs politique, syndical, médiatique, qui a fait naître un le fol espoir d’une Algérie enfin renouvelée. L’espoir s’est fracassé. Comment en aurait-il pu être autrement, alors que le personnel politique n’avait pas changé et que, prévenir l’avènement d’une alternance démocratique véritable, le système avait permis au diable de sortir de sa boîte et d’assassiner des centaines de milliers de nos concitoyens ? Ce même pouvoir avait réussi le tour de force de survivre à cet abominable massacre sans rendre aucun compte à sa population meurtrie. C’est encore lui qui est aux manettes, défaisant chaque jour un peu plus le fragile tissu social.

L’un de ses archétypes, M. Ouyahia, vient de se signaler dans l’affaire de la demande de restitution des crânes de nos résistants assassinés, puis décapités. Ces crânes se trouvent au Musée de l’Homme. J’ai pris l’initiative de lancer une pétition qui a recueilli près de 30.000 signatures. La presse s’en est largement fait l’écho en Algérie et en France. Je pensais naïvement que cette cause était de nature à nous unir et, peut-être, de nous redonner un souffle. J’ai été extrêmement surpris d’apprendre que des députés avaient refusé de signer une pétition lancée en Algérie même. J’ai été sidéré d’entendre M. Ouyahia s’interroger à voix haute sur l’utilité de rapatrier ces crânes et d’exprimer sa préférence pour leur maintien au Musée de l’Homme, à Paris. Il avance comme argument central qu’"en enterrant ces restes en Algérie, on finirait par les oublier" alors, qu’à Paris, ils peuvent continuer de servir de mémoire pérenne sur les horreurs du colonialisme. Ne s’est-il trouvé personne pour lui signifier que, pour l’heure, la "mémoire" pérenne tient dans des boîtes à chaussures, enfermées dans une armoire métallique, dans les caves du Musée de l’Homme ?

Il faut le redire avec force. Ces crânes doivent recevoir une sépulture digne en Algérie. A la faveur de ce retour, le temps sera venu d’éclairer ce pan de notre histoire. Nous devons faire connaître la réalité de ce qu’a été la colonisation et de ce que celle-ci a détruit dans la société d’alors. Pour l’anecdote, voici un trait qui la décrit parfaitement. Un ancien maire de ma bonne ville de Mascara m’a raconté qu’en fouillant dans les recoins de sa mairie, il était tombé sur un manuscritsigné d’une sociologue française, datant de l’époque de l’Emir Abdelkader, intitulé "La douceur de vivre à Mascara". Elle parle, entre autres, d’une maison baptisée "Dar El Metoua7mat" (la maison des femmes enceintes qui ont des envies). Une très grande table y était dressée en permanence, chargée de tous les fruits de la terre. Les Metoua7mat venaient se servir et repartaient sans autre forme de procès. N’est-ce pas là un signe de cette civilisation que les colons d’hier et d’aujourd’hui, assistés de leurs harkis d’hier et d’aujourd’hui, voudraient nous dénier ?

 

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 14:17

Revenir à la croisée des chemins

http://latribunedz.com/article/21600-Revenir-a-la-croisee-des-chemins

Dans le cheminement d’une nation depuis son avènement, elle se retrouve parfois face à un choix déterminant pour son devenir. Elle est à la croisée des chemins et elle doit choisir sa voie parmi celles qui lui sont proposées. L’Algérie indépendante a été confrontée, à deux reprises au moins, à ce choix difficile. Avouons-le, elle a mis une remarquable constance  à se tromper.

En 1962, plusieurs options se présentaient. On pouvait reconduire le GPRA en lui confiant la mission de faire élire une assemblée constituante chargée, comme son nom l’indique, de rédiger une constitution et de soumettre son approbation au vote populaire. C’était le vœu de feu Hocine Aït Ahmed. La ferveur de la libération aidant, nul doute que le peuple aurait accueilli avec bonheur une telle initiative et qu’il aurait répondu en force à l’appel aux urnes. Cela aurait eu un double mérite : en premier lieu, la libération du pays débouchant sur la consécration, par le peuple,  de la démocratie, aurait enraciné  celle-ci dans notre pays. En deuxième lieu, on aurait établi ainsi un continuum entre la guerre d’indépendance et la guerre du développement, l’acteur principal de celle-ci comme de celle-là étant le peuple.  Au lieu de cela, c’est un pouvoir autoritaire qui a pris les commandes, en signifiant aux Algériens qu’ils n’avaient pas le droit de se mêler de ce qui les regardait…

L’Histoire repasse rarement les plats. Elle nous a cependant offert une nouvelle opportunité, au prix de la mort de centaines de milliers de nos compatriotes. C’était, on l’aura compris, au lendemain de la décennie noire. Celle-ci résultait elle-même de la politique erratique qui avait été menée jusque-là. En toute logique, l’horreur de cette tuerie aurait dû signifier la fin de l’autoritarisme et nous inciter à revenir à la croisée des chemins. Oui, il aurait fallu revenir à 1962 et redonner vie aux options dont nous disposions alors, notamment celle de la constituante et de la démocratie. Au lieu de cela, nous avons retrouvé les mêmes acteurs, le même théâtre d’ombres, les mêmes gesticulations, sur fond d’un silence insoutenable sur les tenants et les aboutissants de la déferlante terroriste. La corruption s’est développée et devient une donnée structurelle. Plus grave, elle a atteint désormais les citoyens. Donner un peu d’argent en échange d’un passe-droit est devenu banal… Les signes d’enrichissement sont ostentatoires. Villas et berlines de luxe font partie du paysage. Toutes les marques d’un affaissement moral sont là : la violence est devenue endémique. L’absence absolue de scrupules est devenue la règle. Comme il faut bien s’arranger avec l’au-delà, cette perte de sens s’accompagne d’un regain de religiosité qui ne retient de l’Islam que le dogme, à des années-lumière de son esprit. Le signe le plus patent de cette pathologie est précisément cette cohabitation entre l’absence de morale et l’ostentation dans la pratique du culte. Cette schizophrénie n’engendre pas le bonheur. Les relations sociales sont marquées du sceau de la méfiance, voire de la violence. Il subsiste tout de même des traces d’un passé si proche. L’hospitalité, l’attention aux autres, la déférence envers les vieillards, sont encore présentes, mais tendent à s’estomper…

Nous avons encore une possibilité, la dernière peut-être, de changer le cours d’une histoire qui nous mène à la catastrophe. Il faudrait revenir à octobre 1988, saluer la mémoire de nos jeunes garçons fauchés par les fusils d’autres jeunes garçons qui leur ressemblent en tout point, à par leur uniforme. Cette bouffée de violence a offert son lot de mirages, l’apparente ouverture des champs politique, syndical, médiatique, qui a fait naître un le fol espoir d’une Algérie enfin renouvelée. L’espoir s’est fracassé. Comment en aurait-il pu être autrement, alors que le personnel politique n’avait pas changé et que, prévenir l’avènement d’une alternance démocratique véritable, le système avait permis au diable de sortir de sa boîte et d’assassiner des centaines de milliers de nos concitoyens ? Ce même pouvoir avait réussi le tour de force de survivre à cet abominable massacre sans rendre aucun compte à sa population meurtrie. C’est encore lui qui est aux manettes, défaisant chaque jour un peu plus le fragile tissu social.

L’un de ses archétypes, M. Ouyahia, vient de se signaler dans l’affaire de la demande de restitution des crânes de nos résistants assassinés, puis décapités. Ces crânes se trouvent au Musée de l’Homme. J’ai pris l’initiative de lancer une pétition qui a recueilli près de 30.000 signatures. La presse s’en est largement fait l’écho en Algérie et en France. Je pensais naïvement que cette cause était de nature à nous unir et, peut-être, de nous redonner un souffle. J’ai été extrêmement surpris d’apprendre que des députés avaient refusé de signer une pétition lancée en Algérie même. J’ai été sidéré d’entendre M. Ouyahia s’interroger à voix haute sur l’utilité de rapatrier ces crânes et d’exprimer sa préférence pour leur maintien au Musée de l’Homme, à Paris. Il avance comme argument central qu’"en enterrant ces restes en Algérie, on finirait par les oublier" alors, qu’à Paris, ils peuvent continuer de servir de mémoire pérenne sur les horreurs du colonialisme. Ne s’est-il trouvé personne pour lui signifier que, pour l’heure, la "mémoire" pérenne tient dans des boîtes à chaussures, enfermées dans une armoire métallique, dans les caves du Musée de l’Homme ?

Il faut le redire avec force. Ces crânes doivent recevoir une sépulture digne en Algérie. A la faveur de ce retour, le temps sera venu d’éclairer ce pan de notre histoire. Nous devons faire connaître la réalité de ce qu’a été la colonisation et de ce que celle-ci a détruit dans la société d’alors. Pour l’anecdote, voici un trait qui la décrit parfaitement. Un ancien maire de ma bonne ville de Mascara m’a raconté qu’en fouillant dans les recoins de sa mairie, il était tombé sur un manuscritsigné d’une sociologue française, datant de l’époque de l’Emir Abdelkader, intitulé "La douceur de vivre à Mascara". Elle parle, entre autres, d’une maison baptisée "Dar El Metoua7mat" (la maison des femmes enceintes qui ont des envies). Une très grande table y était dressée en permanence, chargée de tous les fruits de la terre. Les Metoua7mat venaient se servir et repartaient sans autre forme de procès. N’est-ce pas là un signe de cette civilisation que les colons d’hier et d’aujourd’hui, assistés de leurs harkis d’hier et d’aujourd’hui, voudraient nous dénier ?

 

 

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 06:58

Hamlet au Musée de l’Homme

http://latribunedz.com/article/21467-Hamlet-au-Musee-de-l-Homme

La photographie de gauche est tirée d’une représentation de Hamlet, de Shakespeare. Celle de droite est une affiche visible dans toute la France. Il s’agit d’une publicité pour…le Musée de l’Homme, destinée à donner envie au public de venir s’extasier sur la gigantesque collection (18.000) de crânes exposés dans ses murs ! Cette campagne publicitaire était sans doute prévue de longue date. Les gestionnaires du musée ne pouvaient pas imaginer qu’elle entrerait en collision avec la polémique autour des crânes de résistants algériens dont une pétition demande la restitution à l’Algérie. Il est vrai que ces crânes ont été soustraits à la vue du public et qu’ils sont « à l’abri », comme l’a signalé le directeur du Musée dans un reportage sur France 24, quelque part dans les entrailles du musée. Le but des créateurs de cette affiche était sans doute de mettre en avant le sens de l’existence d’un tel musée, qui est de répondre aux interrogations fondamentales de l’homme sur son identité, son origine, son évolution, son devenir. Ces questions émanent apparemment ici de l’humanoïde qui tient le crâne dans sa main gauche, comme Hamlet tient celui de son père.

On peut aussi voir dans cet humanoïde blanchâtre un avatar des bourreaux d’hier, tenant le crâne d’un des chefs algériens de la bataille des Zaatcha, décapité sur ordre du général Herbillon. Ce crâne a voyagé. Il a orné le salon confortable d’un médecin militaire français. Il a vu grandir les enfants et les petits-enfants de ce dernier. Il a bien senti qu’il leur inspirait de la gêne et il a compris que la famille voulait se séparer de lui : elle lui a trouvé comme foyer d’accueil un musée. Longtemps exposé au public comme un trophée de guerre, il a fini sa "vie" dans une boîte en carton, enfermée dans une armoire métallique, dans les sous-sols du musée.

Pourquoi ne serait-ce pas alors le crâne qui interroge l’humanoïde qu’il voit armé d’une hache et décapitant ses ennemis désarmés ? En effet, c’est le résistant assassiné, interdit de sépulture, qui fait face à son bourreau et qui l’interroge sur son acharnement post mortem, C’est lui qui réclame une sépulture sur la terre pour laquelle il a donné sa vie.

A côté de lui, Hamlet tient le crâne de son père, assassiné par son propre frère, qui a de plus épousé sa veuve. C’est le spectre de son père qui l’a lui-même narré les circonstances de sa mort. La tentation de l’oubli et du suicide traverse alors l’esprit de son fils. Etre, ou ne pas être : telle est la question. Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s'armer contre elle pour mettre un frein à une marée de douleurs ? Mourir... dormir, c’est tout ;... C’est là le hic. Car, échappés des liens charnels, si, dans ce sommeil du trépas, il nous vient des songes, halte là ![…] Cette considération prolonge la calamité de la vie.

Oui, la tentation du renoncement, d’éloigner l’image de ces crânes qui se vengeront en venant hanter notre inconscient, en alimentant sans cesse notre mésestime de nous-mêmes, en nourrissant nos ressentiments silencieux qui vont jusqu’à englober ceux qui nous ont libérés et qui, pour beaucoup, en sont morts…

Oui, nous sommes dans la situation étrange de regretter d’être libres, parce que nous sommes convaincus d’être condamnés, par une sorte de fatalité incompréhensible, à une incapacité ontologique à nous gouverner, à assumer nos responsabilités. Ne passons-nous pas le plus clair de notre temps à nous flageller, à nous insulter, à appeler sur nous le feu du ciel afin que nous débarrassions la terre de notre "inutile" présence ? Legs peut-être d’une trop longue colonisation qui nous a appris la cautèle, l’abaissement… Nous les avons certes secoués dans un moment de saine fureur, avant de retomber dans l’apathie.

C’est de cela que nous devons guérir. Et si cette guérison commençait par l’arrachement de ce crâne des mains de l’humanoïde dépourvu d’affect qui le considère d’un œil froid ? Le retour de cet aïeul dans sa terre natale nous permettra de répondre à nos interrogations. Peut-être entreverrons-nous enfin l’horizon vers lequel nous allons. Peut-être saurons-nous enfin qui nous sommes et d’où nous venons. De quelles heureuses surprises la visite de notre passé lointain nous gratifiera-t-il ? De quelle société heureuse ont surgi ces combattants des Zaatcha qui ont guerroyé comme des lions face à une armée si supérieure en armement et en nombre ? A quelle source, que nous avons oubliée, ont-ils puisé le courage de ferrailler en silence, sans que jamais aucun d’entre eux n’ait demandé grâce ? De quelle communauté soudée, eux qui venaient de toutes les régions d’Algérie, sont-ils issus, pour qu’ils ne forment qu’un seul corps, durant les longs mois de la bataille ?

Oui, ils doivent revenir sur la terre sacrée d’Algérie. Ils ont encore tant à nous dire, sur l’inanité de notre propension morbide au découragement et à la mortification. Ils ont encore tant à nous apprendre sur ce pays que nous n’habitons pas vraiment, eux qui ont estimé que sa conservation valait le prix de leurs vies…

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 09:06

La France, les harkis et l’Algérie indépendante…

La Tribune d'Alger, 1 octobre 2016

En 2011, en voyage officiel en Arménie, Nicolas Sarkozy provoque l’enthousiasme de ses hôtes par un discours enflammé marqué par une ferme injonction à la Turquie de "revisiter son histoire comme d’autres grands pays dans le monde l’ont fait, l’Allemagne, la France."

La France, tiens donc…

Aurait-elle reconnu sa culpabilité, dans la colonisation de l’Algérie notamment ? Aurait-elle admis la mise à mort de millions d’Algériens par la faim, les camps de regroupement, les enfumades, les emmurements, les dizaines de milliers d’exécutions sommaires ? Aurait-elle dépêché ses missi dominici chargés de se recueillir sur les lieux de ses "exploits", à Guelma, Skikda, Kherrata, Sétif, aux grottes dans lesquelles elle a enfumé sans états d’âme des milliers de personnes, dont des femmes, des enfants, de vieillards ? Aurait-elle reconnu sa responsabilité dans le massacre des Zaatcha, dans lequel n’ont survécu, selon le général Herbillon qui commandait la colonne des barbares qui l’ont perpétré, qu’"un aveugle et quelques femmes" ? A-t-elle pris ses distances avec ses généraux, Bugeaud, Saint-Arnaud et les autres qui, entre deux incendies de villages et de récoltes, faisaient collection d’oreilles dont certains arrivaient à en remplir de pleins barils ?

Non, bien sûr, bien au contraire…

La France continue d’honorer les artisans de la colonisation. Il y a partout en France des rues Pélissier, des places Bugeaud, des squares Voirol… Il y a surtout l’Hôtel des Invalides, sorte de Panthéon des militaires, qui accueille les dépouilles de l’incendiaire Bugeaud, de l’enfumeur Pélissier, du collectionneur de têtes coupées et d’oreilles Saint-Arnaud, de l’emmureur Canrobert, tous promus maréchaux en récompense pour leurs "états de service"… Il a même été question, il y a quelques années, d’y ajouter Bigeard, l’homme aux crevettes, terme qui désignait ces cadavres d’Algériens que la mer rejetait régulièrement sur nos côtes. Il s’est trouvé des citoyens Français courageux pour s’y opposer et qui ont eu gain de cause. Bigeard est allé se faire enterrer ailleurs mais pas n’importe où. Il s’agissait tout de même d’un lieu qui devait évoquer ses "exploits". Le choix s’est porté sur le Mémorial des guerres d’Indochine de Fréjus, où il a été inhumé en présence de l’actuel ministre de la Défense et de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing.

Actuellement, ce sont les harkis qui sont à l’honneur. La France déclare officiellement reconnaître sa culpabilité dans leur abandon. Mais, à ma connaissance, rien n’a été dit sur les raisons de cet abandon. Elles apparaissent très clairement pour ceux qui ont vu les camps de harkis du Sud de la France. On y rencontre des vieillards oisifs, assis sur le pas de leur porte, des jeunes tout aussi désœuvrés longtemps soumis à l’interdiction de quitter le camp, et surtout des femmes aux visages parcheminés, recouverts de tatouages, s’affairant l’air absent dans leurs amples blouzas. Aucun de ces vieillards ne parle le français. Ces Algériens dont on nous dit qu’ils ont choisi la civilisation et la culture de la France n’en connaissent pas la langue. Le colonisateur ne voyait sans doute pas la nécessité de la leur apprendre. C’est un révélateur du regard posé sur ces pauvres hères par les prédécesseurs de ceux qui font mine de les fêter aujourd’hui, un regard doublement méprisant envers l’indigène et le renégat. S’ils ont choisi la France, c’est le plus souvent sous la contrainte ou la peur, peut-être aussi pour la perspective d’une solde, même misérable, qui leur assurerait la jouissance d’une paire de chaussures et d’un manteau pour l’hiver. Ce sont les descendants des Africains qui sont venus mourir sur les plages de Provence pour une cause qu’ils ne connaissaient même pas, de ces Africains à qui, une fois la victoire sur le nazisme acquise, on a intimé l’ordre de rentrer chez eux et qui ont été remplacés par des soldats blancs. Les autorités de l’époque ne voulaient à aucun prix que le défilé de la victoire sur les Champs-Elysées soit par trop basané… Ce sont aussi les descendants plus lointains de ces dizaines de milliers d’Africains qui ont trouvé la mort dans les tranchées boueuses de la première guerre mondiale. Ils n’ont pas été dignes d’avoir leurs noms dans l’ossuaire de Douaumont. Maigre consolation : On en retrouve une partie dans l’annexe de l’ossuaire ouverte en…2006 !

Et l’Algérie dans tout cela ? Silence…

Elle aurait peut-être dû réagir à cette campagne qui a vu la classe politique française dans son ensemble verser une larme sur le sort des harkis. Elle aurait pu inviter son partenaire français à plus de discrétion. Les harkis n’ont pas laissé un bon souvenir en Algérie. Notre gouvernement avait fêté le cinquantenaire de l’indépendance de façon modeste, sans le faste qui aurait dû accompagner un événement de cette importance. Il se disait à l’époque que cette retenue visait à ne pas perturber les relations bilatérales et donc à ne pas indisposer le puissant partenaire du Nord. Possible…

Il y a une autre façon de faire. Entre la Chine et le Japon, il existe un fort contentieux mémoriel. Les Japonais ont commis des massacres abominables. A Tokyo, il existe un sanctuaire shinto, le Yasukuni, le pendant de l’Hôtel des Invalides. Ce sanctuaire est considéré comme un symbole du Japon colonialiste puisqu’il accueille les âmes des généraux Japonais que le pays choisit d’honorer. Beaucoup de ces généraux sont impliqués dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité perpétrés en Chine. Les leaders japonais avaient coutume d’y venir saluer la mémoire de ces généraux. La montée en puissance de la Chine les a conduits à plus de discrétion. Quelquefois tentés par passer outre la menace de leur puissant voisin, des leaders de premier plan s’aventurent dans des initiatives qui déplaisent à Pékin. Ils en subissent le courroux dans l’heure qui suit.

L’Algérie n’est pas la Chine, hélas. Pour autant, cela ferait tellement plaisir à notre peuple, un bon coup de gueule contre ces ectoplasmes qui se voient présidents et qui assurent que la colonisation n’avait pas d’autre but que de partager avec des sauvages la culture française !

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 08:50

Le juste et le fort

http://latribunedz.com/article/21002-Le-juste-et-le-fort

Dans Rhinocéros, la célèbre pièce d’Eugène Ionesco, une ville est le siège d’un phénomène étrange. Des habitants se réveillent avec une tête de rhinocéros. Il y en a d’abord un, puis deux, puis trois, puis des dizaines, des centaines. A la fin, il n’y a plus dans cette cité naguère tranquille que des hommes et des femmes à tête de rhinocéros…

Il y a dans cette fable des résonances évidentes avec l’actualité.

En France, le masque du rhinocéros pourrait être le signe d’un ralliement aux idées d’extrême droite. A l’approche des élections présidentielles, mais aussi des législatives, une classe politique saisie par la panique se lance dans une course éperdue vers le nouveau paradigme qui conjugue le nationalisme dans sa version guerrière et un retour à la grille de lecture à l’ombre de laquelle se sont épanouis le colonialisme et l’esclavage. C’est une grille essentialiste, raciste, comme en témoignent le retour à un discours racialiste et son corollaire, l’injonction faite aux non-européens de s’assimiler, de se dissoudre jusqu’à disparaître du paysage. Peut-être une solution aux problèmes des éleveurs de porcs et des viticulteurs du Midi, qui trouveraient dans cette situation quelques millions de nouveaux clients…

Cette injonction rencontre des résistances, qui se manifestent de diverses façons. La plus visible est la prolifération des voiles et l’apparition d’avatars tels que le niqab ou le burkini. Radicalisation islamiste, tonne la classe politique. Ne serait-ce pas plutôt la réaction à l’évidente radicalisation de la classe politique, quasiment dans son ensemble ? Sarkozy intime l’ordre à tous ceux qu’il ne trouve pas assez Français d’accepter de jeter la part d’héritage de leurs aïeux au profit d’une ascendance gauloise. Le "gentil" Fillon nous apprend que la colonisation n’avait pas d’autre but que de partager avec des peuplades sauvages la culture française. Il est vrai qu’en Algérie, nos grands-mères fréquentaient Racine et Corneille et qu’elles déclamaient des vers de Victor Hugo le soir, à la veillée…

Manuel Valls a longtemps asséné l’idée que la tentative d’explication du terrorisme valait justification de celui-ci. Il fallait, à l’en croire, se contenter de condamner et, surtout, d’assigner les terroristes à une identité hors-sol, hors-humanité, une sorte de génération spontanée jaillie de nulle part et qu’il convient de détruire dès son apparition sans se préoccuper de ses racines éventuelles. La violence qui frappe délibérément des innocents doit être condamnée sans réserve. L’esprit humain a cependant besoin d’inscrire l’événement dans une chaîne causale. Inconsciemment, il se refuse à rejeter les assassins à une altérité irréductible. L’homme se sent quelque part responsable des atrocités commises par certains de ses semblables, oui, semblables. Ces jeunes gens aux visages blêmes ont grandi dans ses cités, ont été éduqués dans ses écoles. Il lui faut comprendre les mécanismes qui ont permis à cette frange de la population de faire sécession, de quitter la société dans laquelle elle a grandi. La vérité, c’est que, si le crime est horrible, sa genèse est souvent banale. Hannah Arendt a encouru les foudres des institutions juives quand elle a osé parler de la banalité du mal à propos de la destruction des juifs d’Europe, banalité qu’elle voyait s’incarner dans les trais d’un fonctionnaire falot nommé Eichmann. Elle avait sans doute raison, hélas. L’humanité peut certes être belle. Malheureusement, elle recèle aussi une part de violence, voire de bestialité et de sauvagerie qu’elle peut exercer sans entraves et sans trop de tourments moraux. La célèbre expérience de Milgram a révélé notre propension à nous défaire de notre libre arbitre et à exécuter les ordres les plus atroces quand ils nous viennent d’autorités supérieures. Rappelons que cette expérience consistait à débusquer chez des individus ordinaires l’aptitude à commettre des actes atroces s’ils lui sont ordonnés par une autorité supérieure. Les résultats sont effrayants. De jeunes gens équilibrés ont obéi à l’injonction d’une prétendue autorité scientifique et morale qui leur demandait d’actionner une machine censée délivrer des décharges électriques de plus en plus fortes. Cette machine était factice, évidemment. Mais ces jeunes gens la croyaient bien réelle. En l’actionnant et en augmentant l’intensité des décharges électriques, ils pensaient vraiment soumettre ces gens qu’ils voyaient se tordre de douleur à des tortures pouvant entraîner la mort. Cette expérience a découvert un abîme. Elle devrait nous inciter à éviter le confort de la pensée unique qui consiste à présenter les terroristes comme une sorte de fléau incompréhensible, qui viendrait troubler la marche sereine du monde. Cette même pensée unique a donné lieu aux déploiements militaires dont on constate l’inanité face au terrorisme.

Apprendre à vivre avec cette part de violence inhérente à la condition humaine, c’est d’abord la reconnaître et surtout éviter de lui fournir des occasions de s’exprimer. La dernière initiative de Donald Trump, possible futur président de l’hyper puissance mondiale, a été d’installer des relais de campagne dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Il a inauguré ses nouveaux locaux par un discours où il appelle Israël à continuer de coloniser la Palestine. Quel est donc ce monde dans lequel le plus puissant, celui qui a la capacité de détruire l’ensemble de l’humanité, signifie avec un tel éclat son mépris du droit ? Comment faire semblant de s’étonner qu’un tel monde ne peut engendrer que la violence ?

Si tu ne peux faire que le juste soit fort, fais en sorte que le fort soit juste.

Vaste programme…

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Brahim Senouci
  • Le blog de Brahim Senouci
  • : Billets d'humeur
  • Contact

Recherche

Liens