Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 11:08

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire

Paru dans El Watan du 11 juin 2017

Monsieur le Président,

 

Permettez-moi de me faire le porte-parole de près de trente-mille personnes auprès de vous. Ce sont les signataires d’une pétition, que j’ai initiée le 18 mai 2016. Cette pétition réclame à la France la restitution à l’Algérie des restes de martyrs algériens, actuellement détenus par le Musée de l’Homme, à Paris. Elle a provoqué beaucoup d’émotion. La presse algérienne lui a donné un très large écho. Des médias français l’ont également couverte, entre autres France Inter, France 24, Beur FM, l’Humanité. La BBC, CNN, l’Agence de Presse Turque… lui ont consacré des reportages.

Le gouvernement, par la voix de Monsieur Tayeb Zitouni, alors Ministre des Anciens Moudjahidine, avait pris le dossier à bras-le-corps et promis une issue rapide.

Force est de constater qu’il n’en est rien. Plus d’une année s’est écoulée. Le silence est retombé…

Mais qui sont ces martyrs ? Dans quelles circonstances ont-ils perdu la vie ?

La bataille des Zaatcha, une oasis de l’Est Algérien, a mis aux prises en 1849 une colonne militaire et des résistants algériens opposés à la colonisation. Elle s’est soldée par un massacre abominable. Ne survécurent à la curée, selon les mots même du général Herbillon qui commandait les troupes françaises, « qu’un vieil aveugle et deux ou trois femmes ». Les leaders algériens, notamment Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit chérif «Boubaghla», Cheikh Bouziane et son fils, Moussa El-Derkaoui, Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui…, furent fusillés puis décapités. Les dizaines de têtes issues du supplice sont venues garnir les vitrines du Musée de l’Homme, à Paris. Ils ont été exposés au regard des foules pendant des décennies avant de finir dans des boîtes en carton, dans les caves du musée. Près de deux siècles après le supplice, ils y sont encore…

Pour combien de temps, Monsieur le Président ?

Notre peuple souffre d’un déficit de mémoire. Faute d’un récit crédible relatant ce que fut la colonisation et la résistance permanente de notre peuple, il y a un risque de banalisation de cette période de notre histoire, banalisation qui serait rien moins qu’une deuxième mort pour nos millions de martyrs et une absolution de fait pour les auteurs du crime. Le fait que la voix de l’Algérie ne résonne pas avec force pour réclamer les restes de ces valeureux résistants est extrêmement dommageable.

Monsieur le Président, vous avez souvent mis en avant le beau mot de Karama, dignité. Vous manifestiez ainsi votre volonté de restaurer la dignité de votre peuple, mise à mal par 132 ans de soumission à un ordre injuste et mortifère. Rapatrier les restes de nos aïeux, leur rendre les honneurs, leur offrir une sépulture dans le carré des martyrs d’El Alia, ou dans une des grottes où se sont déroulées les sinistres enfumades, voilà qui serait une illustration concrète de l’exercice de cette volonté. Ce serait aussi le signe d’un changement profond. Cela marquerait symboliquement la fin du primat de la mythologie coloniale et contribuerait sans nul doute à la restauration d’un roman national rassembleur, qui renverrait l’épisode colonial à l’état de parenthèse dans la longue histoire de l’Algérie libre.

Merci, Monsieur le Président…

Je vous assure de ma très haute considération et vous souhaite plein succès dans cette noble entreprise.

Brahim Senouci, fils et petit-fils de chahid

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 10:16

Un seul monde !

Paru dans l'Humanité, le 29 mai 2017

La compassion est le premier des sentiments qui nous assaille, à l’idée de ces vies détruites par une bombe imbécile, à l’idée de ces enfants dont nous ne connaissons ni les visages, ni le nombre, mais dont nous savons déjà qu’ils sont nombreux à avoir les lèvres scellées à jamais…

Aimantés par cet écran de télévision dont nous ne parvenons pas à nous détacher, nous suivons le ressassement morbide des images tournant en boucle, de ces sirènes d’ambulances itératives, des regards hagards de parents en quête de leur progéniture.

En finir avec le terrorisme, retrouver un monde paisible, délivré de la crainte du mauvais sort qui mettrait celles et ceux que nous aimons au cœur d’un caprice du destin, un rêve pour tous.

La compassion pourrait nous y aider. Il en faut une dose massive parce que cette compassion ne doit pas s’exercer dans les limites étroites de l’Occident. Elle doit embrasser le monde…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs d’autres petits enfants qui ne savent pas pourquoi ils meurent. Ils sont si nombreux, ces petits Congolais dont le fil de la vie tient à la tenue d’une improbable galerie dans laquelle ils extraient le précieux coltan qui sert à faire marcher l’industrie militaire et nos téléphones portables. Deux enfants meurent pour chaque kilo de coltan récolté…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits Afghans que fauche un drone à la vue approximative...

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits enfants de Gaza qui meurent par centaines quand, tels les gigantesques sauterelles d’une nouvelle plaie d’Egypte,  des cohortes d’avions font pleuvoir sur leurs têtes leurs messages de feu.

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des 500.000 enfants d’Irak tués par un embargo meurtrier, décrété au nom de la liberté et de la morale…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits enfants du royaume invisible, celui que les télévisions et les radios cachent soigneusement, de peur sans doute de susciter des solidarités de nature à remettre en cause l’ordre du monde…

Le regard des petits enfants de Manchester s’est éteint. Leurs yeux se sont fermés, comme ceux de tant de leurs petits camarades de l’ailleurs, enfants de couleur, enfants de douleur, poussant leur cri invisible, inaudible, à la face d’un monde indifférent.

Compatir veut dire littéralement souffrir avec. Avec ceux qui souffrent, bien sûr. Tournons nos regards vers eux. Disons-leur que nous ne considérons pas leur sort comme banal, que leur peine est notre fardeau et que nous nous ingénierons à les aider à le secouer. Faisons place à l’expression d’une émotion-monde, d’une enfance-monde, d’une justice-monde. C’est à ce prix que nous, l’humanité entière, ferons front contre nos monstres.

Un seul monde !

 

 

Le mot « compassion » signifie littéralement le partage de la souffrance, celle des familles et celle des survivants.

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 15:32

La preuve du pudding

L'Humanité du 3 février 2017

Le monde entier (en fait, le monde "entier" selon la presse mainstream), s’émeut du départ d’Obama. Mais pourquoi regrette-t-on cet homme ? Qu’est-ce qui lui vaut cette faveur publique ? Un monde plus paisible, plus juste ? La fin de la violence comme moyen de règlement des conflits ? La mise au pas du pouvoir de l’argent ?

Rien de tout cela. On se souvient des drones tueurs et de leurs massacres collatéraux. On se souvient des huit années de compromission avec la politique israélienne. Et ce n’est certes pas le refus d’opposer un veto à la dernière résolution de l’ONU contre la colonisation qui effacera le passif d’Obama vis-à-vis des Palestiniens. Rien, pas même ces 221 millions de dollars qu’il leur "offre" en catimini, juste avant de s’éclipser. 221 millions, sans doute la menue monnaie des trente milliards de dollars offerts au gouvernement israélien, c’est-à-dire à Netanyahu, Liberman, Bennet, dont nous connaissons l’"attachement" à la paix et à la justice…

Mais, nous objectera-t-on, vous oubliez le Obama cool, sa science du déhanchement qui ravissait le monde entier,- bis repetita : "entier" selon la presse mainstream-. C’est vrai qu’il aurait pu être acteur, crooner… Il aurait sans doute eu du succès, notamment dans le registre mélodramatique, son préféré. Il en faut du talent pour pleurer des innocents massacrés dans une des innombrables fusillades que connaissent les Etats-Unis, tout en autorisant le massacre de populations civiles dans le lointain Afghanistan et ailleurs ! On l’a souvent accusé de mensonges, notamment sur son lieu de naissance et sa religion. On a affirmé qu’il avait vu le jour hors des Etats-Unis, ce qui aurait dû conduire à son élimination de la course aux présidentielles. On l’a également accusé d’être un crypto-musulman, ce dont il s’est défendu d’une manière qui indique qu’il partageait avec ses accusateurs leur vision de l’Islam. En fait, c’est Obama qui a péché par dissimulation. En réalité, il est noir mais pas Noir, pas au sens politique ni au sens social. Vous en connaissez beaucoup, des Noirs qui font les mêmes plaisanteries, les mêmes saloperies que les Blancs, et qui ne convoquent leur part noire que pour asseoir le consensus mensonger sur les prétendues valeurs de démocratie et de justice censées être portées par les Etats-Unis ?

Un mot sur Trump... Je rejoins l’opinion d’Elias Sanbar, ambassadeur de Palestine auprès de l’UNESCO : Trump est la conséquence logique de la présidence d’Obama. Une confidence du même Sanbar : après le fameux discours du Caire, Obama se tourne vers Abou Mazen et lui demande s’il l’a apprécié. Celui-ci acquiesce. Alors, Obama ajoute : « malheureusement, je ne peux rien faire d’autre… »

Autre chose…

Le 21 mars se tient la "Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale". Dans ce cadre, le gouvernement français a décidé d’organiser une "Semaine d'éducation contre le racisme et l'antisémitisme", en mars 2017. Le but est de réaffirmer la nécessité de l’intégration, en particulier par les élèves, du respect de l’égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité. Cette action a également pour objet de donner une impulsion nationale forte aux actions éducatives menées dans le champ de la prévention du racisme et de l’antisémitisme, de la défense et de la promotion des Droits de l’Homme et des principes fondamentaux de la République.

Le Musée de l’Homme a décidé de s’y associer. Sous l’intitulé "NOUS ET LES AUTRES – Des préjugés au racisme", il se propose d’apporter un éclairage scientifique sur les comportements racistes et les préjugés. Il s’assigne pour objectif de donner des clés de compréhension aux visiteurs de l’exposition, contribuant ainsi à déconstruire les préjugés qui persistent dans les consciences.

L’intention est louable, la réalité un peu moins.

Les entrailles du Musée renferment des dizaines de milliers de crânes, d’origine souvent inconnue. 36 (ou 37) sont identifiés. Ce sont les ultimes restes de résistants algériens à l’occupation coloniale, tombés en 1849, à l’issue de la célèbre bataille de l’oasis des Zaatcha. Cette bataille a opposé, sous leur direction, les habitants de l’oasis, menacés de spoliation à un corps expéditionnaire commandé par le général Herbillon. Elle s’est soldée par un massacre quasi absolu. Quant aux leaders, condamnés à mort, puis décapités, leurs têtes ont été exposées dans les villages des alentours pour éteindre toute velléité de soulèvement. Ces têtes, récupérées par des "collectionneurs», ont orné des intérieurs bourgeois durant des décennies avant d’échouer dans les caves du Musée de l’Homme.  Un historien algérien, Farid Belkadi, a découvert leur existence. Il a tenté en vain d’alerter le gouvernement algérien qui a fait la sourde oreille. Une pétition, initiée par moi-même en mai 2016, demandant le rapatriement de ces restes, a recueilli près de trente-mille signatures, mais n’a pour l’instant pas abouti.

Que les autorités du musée me permettent de leur adresser quelques questions :

« C’est en connaissance de cause que vous gardez ces crânes sous séquestre. Vous savez de quelle manière barbare ils ont été obtenus. Or, vous préparez une exposition sous le titre "NOUS ET LES AUTRES – Des préjugés au racisme", à partir du 17 mars prochain.

Comment comptez-vous articuler la noble ambition que véhicule votre slogan avec le maintien de restes d’hommes tués par le NOUS de votre proclamation au motif qu’ils étaient LES AUTRES ?

Ferez-vous état de leur existence durant l’exposition ?

De manière générale, vous garderez-vous de véhiculer ces préjugés qui conduisent au racisme en refusant à ces AUTRES une sépulture dans la patrie pour laquelle ils ont donné leurs vies ?

Vous devez des réponses claires au public… »

Mais que vient faire le pudding là-dedans ? Il y a une citation de Engels, qui dit que "La preuve du pudding, c’est qu’on le mange." Il voulait ainsi clouer le bec aux philosophes, pour qui le monde extérieur n’est qu’une création mentale.

Il y a une parenté entre le discours du Caire d’Obama, promettant une ère nouvelle, démenti par une confidence à Abou Mazen d’une part,  et la contribution du Musée de l’Homme à cette campagne contre le racisme d’autre part.

Le pudding promis ? La fin de l’injustice que vivent les Palestiniens, proclamée au Caire, la fin des préjugés menant au racisme, brandie à Paris. Dans les deux cas, il n’existe pas. La preuve ? Nous ne sommes pas près de le manger !

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 09:57

Nouvel An

http://www.humanite.fr/nouvel-629473

L’année 2016 tire à sa fin. Elle ne laissera guère de regrets. Entre le champ de ruines syrien, la descente vers l’abîme de la Libye, du Yémen, de l’Irak et le terrorisme daeshien, les motifs de réjouissance ne sont pas légion. Il y en a un, au moins, même si sa valeur est d’ordre symbolique. Il s’agit de la condamnation par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la politique israélienne de colonisation du Territoire Palestinien. C’est tout ? A peu près, oui…

L’année qui vient sera-t-elle de nature à adoucir les meurtrissures de 2016 ? Rien n’est moins sûr. Il est même à craindre qu’elle vienne au contraire les amplifier, que le pire soit à venir…

Le terrorisme va continuer de prospérer, se nourrissant du désordre du monde et du retour à la surface des haines séculaires, celles qui, simplement assoupies, établissent un continuum entre le temps des croisades et celui des colonies. Un probable futur président de la République, catholique fervent, retrouve les accents de jadis pour fustiger le terrorisme islamique. Il fait ainsi mine d’oublier que les Islamiques, c’est-à-dire les musulmans, constituent les cibles privilégiées du terrorisme islamiste. Deux-cent mille Algériens ont trouvé la mort sous ses coups durant la décennie noire. Dans la même veine, ce personnage réduit le colonialisme à un simple échange culturel. Une opération Erasmus avant la lettre en somme…

Un ancien Premier Ministre, candidat aux primaires PS, a émis naguère le vœu étrange qu’aucune tentative d’explication du terrorisme ne soit entreprise, au motif qu’elle vaudrait justification de celui-ci. Ainsi, toute recherche d’une relation causale est décrétée, non seulement inutile, mais dangereuse. Il faudrait donc, selon cet éminent homme politique se contenter de le subir comme une sorte de nouvelle plaie d’Egypte en priant pour sa disparition.

Ce n’est pas sérieux. Les terroristes qui assassinent des journalistes, des amateurs de concerts, des inconnus attablés à des terrasses dans la tiédeur inattendue d’un mois de novembre, sont mus par la haine. Est-ce, comme le répètent à l’envi des hommes politiques et des commentateurs de touts bords, la haine d’un mode de vie ? Sans doute. Il ne faut pas oublier que la plupart des assassins ont en commun d’avoir justement pratiqué le mode de vie en question. Le tueur d’Orlando était un client assidu de la boîte gay où il a perpétré son massacre. Le tueur de Nice avait une sexualité débridée et ne dédaignait ni l’alcool ni la charcuterie. Quant aux auteurs des tueries de la République, ils tenaient des débits de boissons fort peu islamiques. La thèse de la haine du mode de vie ne tient donc pas, du moins pas totalement.

Il y a autre chose, dont les terroristes n’ont pas forcément conscience eux-mêmes.

Nul n’ignore les discriminations que connaissent les jeunes musulmans d’Europe. Bien qu’y étant nés et éduqués, ils éprouvent depuis l’enfance un sentiment d’altérité. Très souvent, ce malaise se traduit par un rejet des parents, coupables de leur avoir collé sur le dos une tunique de Nessus dont ils n’arrivent pas à se défaire. Dans les années 70, il n’était pas rare de voir dans les métros parisiens une vieille Algérienne reconnaissable à son costume traditionnel, assise seule sur une banquette, ses enfants se tenant le plus loin possible d’elle et faisant mine de ne pas la connaître, allant jusqu’à quitter le métro par des portes différentes. Ces enfants ont grandi avec un sentiment de honte. Ils ont tenté de s’en défaire en ressemblant le plus possible à leurs compatriotes du même âge. Ils n’ont pas réussi à se fondre dans le moule et ont fini par constituer, nolens volens, une communauté à part. Cette « ostracisation »de fait, associée à l’injonction à l’assimilation a créé ce mouvement de retour vers des racines, réelles ou supposées, des identités de substitution. Pour l’écrasante majorité d’entre eux, ce transfert s’est fait sans violence. Ils se sont replongés dans l’univers vécu par leurs aïeux, univers que le silence obstiné du huis clos familial maintenait dans un inconnu total. Ils ont ainsi découvert la colonisation, l’esclavage, le déni de justice subi par leurs aïeux. Une petite minorité a basculé dans la haine et la violence.

Il faut évidemment préserver cette majorité en quête de paix et de reconnaissance du danger de radicalisation. Des mesures symboliques très simples à mettre en œuvre auraient un effet bénéfique. Il est aujourd’hui de notoriété publique que le Musée de l’Homme renferme dans ses sous-sols des crânes de résistants Algériens tués, puis décapités par l’armée de la France coloniale en 1849. L’historien Algérien Farid Belkadi avait alerté, dès 2011, les autorités algériennes sur leur existence et leur présence en France. Ce scandale n’avait guère eu d’écho. Une pétition, lancée en 2016 à destination du Musée de l’Homme, a recueilli près de trente-mille signatures. Elle a eu un retentissement suffisamment large pour faire l’objet d’une couverture médiatique très importante, en France et en Algérie bien sûr, mais aussi aux Etats-Unis, en Turquie, en Afrique et en Grande-Bretagne. Ces crânes ont ainsi accédé à une notoriété publique. L’opinion sait aujourd’hui que la France détient des « reliques » de son passé colonial. Ces reliques sont des restes humains. Ils méritent une sépulture en Algérie, la patrie pour laquelle ils ont fait le sacrifice de leurs vies. La France tergiverse…

Comme le souligne l’historien Pascal Blanchard, la haine séculaire qui a conduit la France et l’Allemagne à des guerres terriblement massacrantes n’a conduit à aucune décapitation de soldats allemands ou français. Aucune tête de Teuton n’a été exposée dans un musée français. Aucune tête française dans un musée berlinois. En revanche, il y a profusion de têtes d’Algériens ou d’Africains à Paris et un bon millier de têtes de Hereros à Berlin, victimes namibiennes du premier génocide du Vingtième siècle perpétré par l’Allemagne. La vision essentialiste, jamais vraiment remise en cause, ne met pas les Algériens et les Hereros sur le même plan que leurs bourreaux…

En finir avec le terrorisme, c’est d’abord en finir avec tout ce qui peut contribuer à accréditer l’inégalité de fait entre les hommes. Il faut revisiter les collections patrimoniales et revoir le statut des éléments de ces collections qui constituent autant de rappels obsédants de la permanence du regard colonial. C’est ce regard, ce mensonge qui prétend recouvrir la réalité de la barbarie coloniale, qu’on exige de cette population à la mémoire blessée d’endosser !

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 13:05

Le massacre des Herero, premier génocide du XXème siècle

Le Figaro, 7 décembre 2016

Entre 1904 et 1907, quelque 80 000 Hereros et 10 000 Namas, deux tribus de l'actuelle Namibie en

révolte contre le colonisateur allemand, ont été exterminés par les forces impériales. Près de 80 % de la

population herero a péri et la moitié de celle des Namas. Berlin cherche une voie pour reconnaître

sa responsabilité dans ces massacres sans avoir à verser de compensations.

La « Pierre africaine » se trouve au fond du cimetière. Pour arriver jusqu'à elle, il faut passer près de

plusieurs monuments aux morts honorant les soldats allemands tombés durant les guerres des XIX e et

XX e siècles. Entre la mosquée Sehitlik, construite au début des années 2000, et le parc de l'ancien

aéroport de Tempelhof, le Garnisonfriedhof abrite un cimetière militaire discret où certains nostalgiques

de la Wehrmacht viennent parfois se promener. Sur l'une de ses allées extérieures, une stèle en forme

de roc, datant du début du XX e siècle, rend hommage à 41 combattants de l'armée coloniale impériale,

« morts en héros en Afrique du Sud-Ouest » entre 1904 et 1907. Comme pour honorer un autre

souvenir, un symbole faisant référence à l'Afrikakorps de 1941 a été gravé sur un côté dans les années

1970. Mais, depuis sept ans, une plaque déposée à son pied par les autorités du quartier de Neukölln

invite aussi à ne pas oublier les « victimes du régime colonial allemand », tout particulièrement en

Namibie. Une citation de Wilhelm von Humboldt a été ajoutée : « Seuls ceux qui connaissent le passé

peuvent avoir un avenir. »

Entre 1904 et 1907, environ 80 000 Hereros et 10 000 Namas, deux tribus de l'actuelle Namibie qui

tentaient de se révolter contre leur colonisateur, ont été exterminés par les forces impériales*. Près de

80 % de la population herero a péri et la moitié de celle des namas. Certains sont morts de faim et de

soif dans le désert, où l'armée, qui empoisonnait les points d'eau, les avait acculés, d'autres

d'épuisement dans des camps de travail. L'ordre d'extermination était explicite. « Sur le territoire

allemand, tout Herero avec ou sans arme, avec ou sans bétail, doit être abattu. Je n'accepterai plus non

plus les femmes et les enfants », avait décidé le général Lothar von Trotha en octobre 1904. Les

historiens décrivent aujourd'hui le massacre comme le premier génocide du XX e siècle. Mais la plaque

de la « Pierre africaine » de Berlin ne mentionne pas le mot : la mémoire officielle hésite encore à

l'utiliser.

Lentement, le massacre des Hereros et des Namas sort pourtant du silence. En 2004, la ministre du

Développement Heidemarie Wieczorek-Zeul a, la première, brisé le tabou, en demandant pardon pour

les crimes commis. Elle avait été vivement critiquée : un an plus tôt, le ministre des Affaires étrangères

Vert Joschka Fischer avait indiqué qu'il ne prononcerait aucun mot qui conduirait à des

« dédommagements » envers la Namibie. Onze ans plus tard, en 2015, des discussions officielles entre

les gouvernements allemand et namibien ont commencé pour mettre des mots communs sur ce passé.

Page 2 of 3 © 2016 Factiva, Inc. Tous droits réservés.

Ancien président de la commission des affaires étrangères au Bundestag, Ruprecht Polenz a été chargé

par Berlin de mener à bien ces négociations. « Nous voulons aboutir à une résolution commune,

assure-t-il. Le terme de génocide apparaîtra . » Après avoir reconnu le génocide arménien au

printemps dernier, Berlin ne peut de toute façon pas donner le sentiment de traiter l'histoire à la carte.

Tranché par les historiens, le débat est maintenant entre les mains des diplomates et des juristes.

« Nous voulons savoir sous quelle forme la Namibie attend des excuses de la part de l'Allemagne et

comment elle y réagira, poursuit Ruprecht Polenz. Cette résolution commune ne doit pas nuire aux

relations entre les deux pays ... » L'Allemagne ne veut pas devoir payer pour des crimes commis il y a

plus d'un siècle. Elle ne veut pas créer de précédent, et les autres ex-puissances coloniales lui en

sauront gré. « Nous ne parlons donc pas de «réparations», puisqu'il s'agit d'un terme juridique. Après

plus d'un siècle, la question n'est pas juridique entre nos deux pays, mais morale et politique. Ce n'est

pas moins important. C'est différent » , insiste Ruprecht Polenz. « Nous voulons parler de projets

d'avenir », poursuit-il. Berlin est prêt à financer une fondation qui travaillerait au développement de la

Namibie, favoriserait la formation, les échanges... Idéalement, le gouvernement allemand voudrait

aboutir avant le printemps 2017 pour que l'actuel Bundestag puisse voter la résolution. Sinon, il faudra

attendre au mieux 2018, dit-on. C'est une discrète pression pour ne pas tergiverser.

À Windhoek, la capitale namibienne, les messages ont été entendus, et le gouvernement a confié les

négociations à un diplomate expérimenté. Âgé de 82 ans, Zed Ngavirue est d'origine herero. Mais il a été

chargé de veiller aux intérêts du pays. Alors, la communauté herero en tant que telle se sent tenue à

l'écart des discussions et dépossédée de son histoire. « Notre peuple vit aujourd'hui dans des conditions

difficiles. C'est le résultat direct du génocide. Nous voulons retrouver notre dignité » , explique

Mbakumua Hengari, l'un des représentants hereros qui réclame de pouvoir s'asseoir à la table des

discussions. Il réclame des réparations pour sa communauté, dominante démographiquement il y a un

siècle. Mais, en Namibie, les Hereros ne forment plus, comme les Namas, qu'une minorité par rapport

aux Ovambos. Eux aussi espèrent profiter d'une indispensable aide au développement.

Influence coloniale et costume tribal

Au début du mois d'octobre, avec quelques autres, Mbakumua Hengari a fait le déplacement à Berlin

pour faire entendre sa colère. « Rien ne pourra être fait sans nous », ont-ils clamé dans les rues de la

capitale, où, pour défiler, les femmes avaient revêtu leurs habits de cérémonie : un boléro noir brodé,

une jupe rouge et longue jusqu'aux chevilles à l'air victorien, un chapeau rouge qui forme deux pointes à

ses extrémités. « Elles évoquent les cornes d'une vache », explique Vepuka Kauari, une belle femme

noire. La tenue mélange l'influence coloniale et le costume traditionnel tribal. « Les Allemands doivent

prendre conscience de notre histoire, dit-elle gravement. Ma grand-mère avait les cheveux blonds et fins,

comme une Allemande. Quand je regarde des photos, je me dis toujours que c'est impossible que ce soit

elle. » Sa grand-mère est née d'un viol.

La petite foule se met en marche. Les femmes entonnent Senzeni Na ? , un chant des révolutions

sud-africaines. « Qu'avons-nous fait ? » demande l'air. Dans le cortège, Mbakumua Hengari raconte son

histoire lui aussi. « Mon grand-père, du côté de ma mère, a été envoyé à Shark Island après avoir été

capturé. Mais il a survécu » , dit-il. Entre 1904 et 1908, les troupes impériales allemandes ont construit

sur cette île sèche en face de Lüderitz un camp de prisonnier pour les rebelles hereros et namas. Le

premier camp de concentration de l'histoire moderne, disent les historiens. Environ 3 000 personnes y

ont été enfermées. Environ 10 % seulement ont survécu.

« Excuses et réparations »

En tête du cortège, Vekuii Rukoro, le leader de la communauté herero, réclame « excuses et

réparations » et dénonce les « insultes » faites par l'Allemagne à son peuple. À côté de lui, Petrus Simon

Moses Kooper, chef du clan Kai-Khaun - la « nation rouge », en français -, défile droit et digne. À

quelque 80 ans, il a fait le voyage pour représenter l'un de ses illustres prédécesseurs. « Il s'appelait

Manase !Noreseb. Les soldats l'ont capturé. Ils lui ont coupé la tête et ils ont demandé aux femmes

prisonnières de faire bouillir le crâne et d'en nettoyer la peau » , raconte-t-il. Au début du XX e siècle,

des anthropologues adeptes de thèses raciales étudiaient les boîtes crâniennes des populations noires

pour prouver leur infériorité.

Quelques-uns de ces restes humains, conservés dans les musées, ont été rendus à la Namibie : la

Charité, le grand hôpital berlinois, en a déjà retrouvé une quarantaine, l'université de Fribourg, quatorze.

« Ce sont les seuls que nous avons pu identifier avec certitude » , explique Dieter Speck, qui a

supervisé les recherches à Fribourg. « Le fonds de l'hôpital compte encore environ 1 500 crânes, dont

un millier datent de la période préhistorique. Par chance, nous savons qu'il n'y a pas de restes humains

du temps du nazisme », ajoute-t-il.

Page 3 of 3 © 2016 Factiva, Inc. Tous droits réservés.

Dans son livre De Windhoek à Auschwitz, paru en 2011, l'historien Jürgen Zimmerer, spécialiste de

l'histoire coloniale allemande, pose la question taboue de la préfiguration de l'Holocauste dans le

génocide des hereros. Si une génération sépare les nazis de la guerre coloniale et si l'Allemagne a

perdu son empire après la Première Guerre mondiale, « entre les deux époques, il y a une continuité

dans certaines idées », explique prudemment le chercheur : « La hiérarchisation des hommes, le refus

du mélange des sangs, dit-il. En Afrique allemande du Sud-Ouest, les mariages mixtes étaient interdits

et avoir une goutte de sang africain suffisait à faire de vous un Africain. Cette obsession rappelle celle

contre les Juifs. » Adolf Hitler entretenait aussi une certaine rhétorique coloniale. « Il appelait les Russes

«nos Indiens» », note Jürgen Zimmerer. La thèse d'un lien entre les deux génocides est critiquée par

d'autres historiens, qui refusent les parallèles.

L'histoire de la « victoire » contre les hereros imprègne néanmoins l'inconscient allemand au début du

XX e siècle. « Le livre pour enfant Peter Moors voyage au Sud-Ouest est l'un des plus populaires jusque

dans les années 1940 », souligne Zimmerer. L'ouvrage raconte la répression des Hereros en prenant le

parti de l'Empire. Mais l'histoire coloniale allemande est rapidement oubliée après la Deuxième Guerre

mondiale. «Cette période, courte et sans succès, est peu connue des Allemands. Bien que sanglante,

elle a été enfouie sous la mémoire de l'Holocauste », confirme Hermann Parzinger. Directeur de la

Fondation prussienne, il a lui aussi à gérer l'héritage de collections issues des colonies. Il participe aussi

à un projet de musée qui doit bientôt ouvrir à Berlin. L'endroit comprendra notamment une section

ethnologique. « À travers ce lieu, nous voulons que les Allemands prennent conscience de leur passé »,

dit-il. Le nom du projet ? Le Forum Humboldt.

*Un superbe roman ayant pour toile de fond cet épisode méconnu de l'histoire vient d'être publié aux

Éditions JCLattès : Cartographie de l'oubli, de Niels Labuzan.

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 08:33

Le Musée de l’Homme et le silence 

in La Tribune d'Alger, 1er décembre 2016

En France, on pétitionne à propos de tout. La lutte contre le gâchis alimentaire a recueilli 55.000 signatures. Le slogan « Jamais sans Marwa », destiné à sensibiliser l’opinion sur le risque de disparition d’une jeune fille, Marwa, hospitalisée à Marseille, a rassemblé 115.321 personnes. L’appel à la naturalisation des tirailleurs sénégalais a été approuvé par 62.305 citoyens. 49.573 Français ont soutenu l’appel intitulé « Sauvons les hérissons ». 352.332 personnes se déclarent favorables à l’interdiction des rejets en mer Méditerranée. 79.957 voix se sont élevées contre les pesticides. Près de 90.000 personnes se déclarent en faveur de l’interdiction des dissections d’animaux, au collège et au lycée. 

Une pétition a été lancée le 18 mai dernier pour exiger le retour des crânes de combattants algériens de la bataille des Zaatcha, en Algérie pour y être inhumés. Elle a certes connu un relatif succès qui a contraint les administrations algérienne et française à réagir. On peut tout de même relever que les hérissons suscitent plus d’engouement que nos crânes, onze fois plus pour être précis, si on se réfère au rapport entre le nombre des amoureux de ces gentilles bestioles et celui des pétitionnaires qui condamnent le séquestre de restes humains de nobles guerriers morts pour la liberté, valeur qu’était censée porter la soldatesque qui a procédé à leur massacre et à leur décapitation. Pour enfoncer le clou, je dois ajouter que la majorité de ces pétitionnaires vient de France… 

Qu’est-ce à dire ? Ce peuple volontiers hâbleur, aussi prompt à s’enflammer pour sa patrie quand elle est attaquée que la vouer aux gémonies quand le danger est passé, est-il indifférent au sort qu’ont subi ses aïeux ? Cette fierté dont il se prévaut si volontiers cesserait-elle d’être de mise quand ses ancêtres subissent l’outrage séculaire d’être entreposés dans les caves d’un musée parisien après avoir été exposés durant des décennies à la curiosité malsaine de badauds heureux de sentir ainsi le souffle de l’ « épopée », en réalité du massacre méthodique de tous ceux qui gênaient le déploiement de l’empire ? Le fait est que, en dépit de la large couverture médiatique, aussi bien en Algérie qu’en France, de cet intolérable état des choses, une infime partie de la population a fait le geste, pourtant si simple, de s’associer à la pétition. On pourrait penser que ce n’est pas le plus grave. Ce serait une erreur. La réaction des autorités politiques sous tous les cieux est proportionnelle à la pression qu’elles subissent, donc au nombre de signataires de ce genre d’appels. D’autres soutiendront qu’il y a des voies plus efficaces,  marches, manifestations… Sans doute. Mais comment croire que celui qui n’a pas trouvé la force d’appuyer sur un bouton de son ordinateur serait disposé à affronter le froid du pavé, voire la matraque du CRS ? 

Ne pas se cacher derrière son petit doigt… Cette faiblesse de réaction donne la mesure de la vanité des démonstrations solennelles et bruyantes. Nous ne sommes en réalité, comme bien d’autres peuples, que des gens occupés par les problèmes obscurs du quotidien, refusant de nous ériger en architectes de notre destin, préférant une tranquille servitude volontaire aux aléas d’un engagement citoyen. Comme l’écrivent certains sur la page dédiée à la pétition, et comme le propose un ancien premier ministre de la République algérienne, il faut laisser ces crânes en France. Quelqu’un a même ajouté que, « tous les Algériens rêvant d’aller à Paris, il faut laisser sur place ces crânes puisqu’ils ont la chance d’y être »… 

Humour noir, politesse du désespoir, comme l’écrivait le surréaliste Achille Chavée, ou report de l’accent psychique sur le surmoi comme le dit André Breton… L’humour noir induit une heureuse mise à distance du drame. De victime, on s’élève au rang de spectateur goguenard de sa propre décrépitude.  

L’Algérie va mal, c’est un truisme. La victoire sur le colonialisme français ne peut plus lui servir de viatique unique. Pour se remettre, il faut qu’elle (re)devienne une patrie véritable, un lieu de partage et de mémoire, que l’on évoque avec nostalgie, que l’on retrouve dans la joie et la sérénité. Il faut que ses jeunes ne la perçoivent plus comme une marâtre qu’il faut fuir à tout prix, mais comme une terre aimante, enveloppante. Facile à dire. Mais peut-être que, si ces crânes finissaient par rentrer chez eux, et si, à la faveur de ce retour, on pouvait enfin dérouler le long ruban d’une histoire algérienne, faite et écrite par des Algériens pour des Algériens, histoire dans laquelle nous n’avons pas toujours eu le mauvais rôle, un déclic intime pourrait se produire… Peut-être !  Signalons tout de même la sortie du premier tome d’un livre de Benjamin Stora, La guerre d’Algérie vue par les Algériens, aux éditions Denoël, ouvrage qu’il présente comme étant destiné au public français. A nos historiens de produire enfin une somme de ce calibre, à destination de leur peuple ! 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 08:25

Merci pour la réconciliation

In La Tribune d'Alger du 26 novembre 2016

Le bal des prétendants (de la droite et du centre) va bientôt trouver son aboutissement : dimanche prochain, les Français connaitront le nom de l’heureux élu du concours des réactionnaires. Ce sera celui qui aura donné les meilleurs gages qu’il est plus à droite que les autres. Juppé, attaqué pour avoir soutenu la construction d’une mosquée à Bordeaux, s’en est défendu bec et ongles. Cela n’a pas empêché la prolifération de caricatures représentant « Ali » Juppé dans différents accoutrements renvoyant au djihadisme. Par les temps qui courent, le voisinage, réel ou supposé, avec l’Islam est une promesse de dégringolade dans les sondages et il n’est pas interdit de penser que cette campagne est pour quelque chose dans le mauvais score du candidat Juppé et sa probable élimination dimanche 27 novembre.

Une curiosité dans cette primaire : l’obligation pour les votants de signer une déclaration de partage des « valeurs » de la droite et du centre. De quelles valeurs s’agit-il ? L’électeur doit-il faire sienne l’inoubliable aphorisme Sarkozyste servi à propos de l’Algérie,  qui dispose que « la repentance, ça commence à bien faire » ? A moins qu’il préfère, dans le sillage de Fillon, se rappeler que le but du colonialisme était de partager la culture française avec des populations qui, ô misère, en manquaient cruellement ? Electeur, mon semblable, mon frère, t’engageras-tu à suivre, ta vie durant, le cours du pain au chocolat ? Garantiras-tu pour toujours une double ration de frites aux enfants privés du goût ineffable de la couenne de porc ? Mais, dis-moi, hypocrite électeur, mon semblable, mon frère, es-tu seulement raciste, pas sur le modèle Le Pen, mais sur celui, raisonnable, de la droite et du centre ? Es-tu seulement islamophobe, mais en toute sérénité, sans te priver du traditionnel couscous royal chez Bébert, dûment savouré avec la Cuvée du Président, pour autant ? Sache que nos valeurs n’excluent pas les religions. Fillon a déclaré que « le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme » ne menacent pas la république ». Il manque quelque chose ? Non, il ne manque rien ! Va voter ailleurs, espèce d’islamophile primaire !

Ah, rien ne vaut les valeurs de gauche, la solidarité internationale ! Quittons le marais nauséabond de la droite et du centre. Mettons le cap sur le socialisme. Ecoutons son dernier avatar, le Macron. Ce n’est pas lui qui chanterait les vertus du colonialisme. Jugez-en plutôt ! Oui, nous dit-il sans qu’il soit nécessaire de lui faire subir la torture, celle-ci a existé en Algérie. Pouvait-il en rester là et passer à autre chose ? Non, puisqu’il est candidat lui aussi à la présidence de la république (les minuscules sont bien de moi !). Or, les candidats à la présidence doivent faire des discours, aligner des mots, et pas n’importe lesquels. Il faut choisir ceux qui distillent une douce musique aux oreilles de l’électeur. Alors, il ajoute que la colonisation, à part la torture,a permis de « faire émerger un Etat, des richesses, des classes moyennes », bref que « la réalité de la colonisation est constituée d’éléments de barbarie et de civilisation ». Un beau documentaire, dû à Nazim Souissi et Zineb Merzouk , porte le titre : « Merci pour la civilisation ». Il semble bien donner raison à Macron ! Il se trouve que les auteurs figurent sans doute parmi les millions d’Algériens qui n’ont rien retenu des bienfaits dont la France se déclarait si prodigue et qu’ils pointent leurs caméras sur des lieux de misère, des scènes de massacres. S’ils n’ont pas trouvé trace d’éléments de la civilisation en question, hormis des camps de concentration et des salles de torture, c’est qu’ils auront sans doute mal cherché ! Ou alors, question terrible, Macron serait-il de droite ? Dans ce cas, il nous reste Hollande et Valls, des vrais de vrai, pour sûr. Ce n’est pas eux qui inventeraient la déchéance de nationalité. Bien au contraire ! Ils seraient plus volontiers sur le registre « Quand on s’attaque aux musulmans, c’est la république qui est attaquée ». Ah, me susurre-t-on, la citation n’est pas tout à fait exacte ; le mot « musulman ne figure pas dans la version originale… Encore les mauvaises langues !

Rassurons-nous, les familles politiques françaises traditionnelles vont bientôt se réconcilier, grâce à nous, objet de détestation commune, commode, de la part de la droite et de la gauche. Elles pourraient nous dire :

« Merci pour la réconciliation »

 

 

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 07:17

Algerian lives matter

http://latribunedz.com/article/22345-Algerian-lives-matter

Black lives matter, c’est le slogan repris au cœur de l’Amérique noire, après les multiples bavures d’une police blanche, porteuse d’un inconscient collectif étasunien fondé sur une grille raciste. C’est celle-ci qui permet à cette nation, édifiée sur le massacre méthodique des Indiens et l’esclavage des Noirs, de se parer du manteau d’une innocence ontologique. Le slogan, Black lives matter,   signifie que le temps où la mort d’un Noir était un événement banal est révolu. Elle annonce que, désormais, les vies noires sont importantes.

On aurait pu s’attendre à une victoire de Hillary Clinton, a priori plus proche de cette préoccupation qu’un Donald Trump soutenu, entre autres, par des sympathisants du… KuKluxKlan. Paradoxe ? Pas vraiment. Bien sûr, le discours clintonien bruisse du soutien aux défavorisés. Mais il émane de personnalités richissimes, dont les centres d’intérêt sont bien plus proches de la vieille Europe, dans sa version essentialiste. Les Noirs, descendants des planteurs de coton, n’évoquent guère que des airs de jazz ou de blues sur lesquels se déhanchaient, adolescents promis à un bel avenir, Mister Clinton et Miss Rodham. La désaffection des électeurs noirs est le fruit de cette réalité. Il est vrai que le passage du premier Noir à la Maison-Blanche n’a guère amélioré leur sort. Celui-ci s’était d’ailleurs empressé de déclarer, après son élection, qu’il serait le président de tous les étasuniens, faisant mine d’oublier qu’il fallait l’être un peu plus pour ceux de ses compatriotes pour lesquels le « rêve » américain a été un long cauchemar… Seule image forte de ce double mandat : Obama chantant « Amazing Grace » a capella dans l’église de Ferguson…

En France, les Beurs votent depuis des décennies pour la gauche. Celle-ci ne ressent même plus le besoin de faire campagne dans les « quartiers », pensant que cette population lui est acquise pour toujours. Ainsi, c’est de cette gauche bien-pensante que sont venus les thèmes de la déchéance de nationalité. C’est elle qui a alimenté le prurit raciste en intervenant sur le birkini, les menus des cantines scolaires. C’est elle qui a imposé  l’injonction à l’assimilation, venue se substituer à l’appel à l’intégration. S’il fallait remonter un peu plus loin, ce serait à la gauche que reviendrait la palme du soutien à une colonisation barbare. Gageons que, si les Beurs découvraient leur Trump, ils se détourneraient de ces tuteurs méprisants, Valls, Hollande et consorts… Ils préféreraient sans doute un avatar du milliardaire new-yorkais qui les débarrasserait de cette classe politique dont le vernis se craquelle pour laisser place aujourd’hui à un congrès d’ectoplasmes.

Oui, en Algérie, des millions de personnes ont été sacrifiées sur l’autel d’une colonisation barbare. La France, dans sa version « socialiste », refuse d’endosser la responsabilité de ce Crime unique. Plus grave, il se trouve des Algériens, aujourd’hui, qui relaient ce déni et chantent les louanges du colonialisme. Ainsi, ces millions de visages figés dans une mort brutale ne comptent pas. Leur sacrifice se solde par un insupportable oubli.

Aucun Algérien ne devrait trouver le repos tant que le massacre de leurs millions d’aïeux n’est pas reconnu, que leurs assassins ne sont pas désignés. Sans doute devrions-nous commencer par exiger le retour des restes de nos chouhadas de la bataille des Zaatcha…

Oui, il y a la Realpolitik qui nous impose de traiter avec la nation qui a commandité le Crime. Continuons… Mais, de grâce, que l’on inclue dans le programme de ses missi dominici des visites obligatoires sur nos lieux de mémoire, les grottes dont les parois sont encore noires du souvenir des enfumades, des ravins dans lesquels des camions ont jeté de  pleines bennes d’hommes, de femmes et d’enfants, des sinistres villages de regroupement, véritables camps de concentration…

N’oublions pas nos dizaines de milliers de morts de la décennie noire, ceux qu’une dédaigneuse mise entre parenthèses a condamnés à l’inexistence.

Alors, nous pourrons dire : Algerian lives matter, sans que ce soit un des innombrables slogans de la langue de bois gouvernementale…

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 20:48

Revenir à la croisée des chemins

http://www.latribunedz.com/article/21600-Revenir-a-la-croisee-des-chemins

Dans le cheminement d’une nation depuis son avènement, elle se retrouve parfois face à un choix déterminant pour son devenir. Elle est à la croisée des chemins et elle doit choisir sa voie parmi celles qui lui sont proposées. L’Algérie indépendante a été confrontée, à deux reprises au moins, à ce choix difficile. Avouons-le, elle a mis une remarquable constance  à se tromper.

En 1962, plusieurs options se présentaient. On pouvait reconduire le GPRA en lui confiant la mission de faire élire une assemblée constituante chargée, comme son nom l’indique, de rédiger une constitution et de soumettre son approbation au vote populaire. C’était le vœu de feu Hocine Aït Ahmed. La ferveur de la libération aidant, nul doute que le peuple aurait accueilli avec bonheur une telle initiative et qu’il aurait répondu en force à l’appel aux urnes. Cela aurait eu un double mérite : en premier lieu, la libération du pays débouchant sur la consécration, par le peuple,  de la démocratie, aurait enraciné  celle-ci dans notre pays. En deuxième lieu, on aurait établi ainsi un continuum entre la guerre d’indépendance et la guerre du développement, l’acteur principal de celle-ci comme de celle-là étant le peuple.  Au lieu de cela, c’est un pouvoir autoritaire qui a pris les commandes, en signifiant aux Algériens qu’ils n’avaient pas le droit de se mêler de ce qui les regardait…

L’Histoire repasse rarement les plats. Elle nous a cependant offert une nouvelle opportunité, au prix de la mort de centaines de milliers de nos compatriotes. C’était, on l’aura compris, au lendemain de la décennie noire. Celle-ci résultait elle-même de la politique erratique qui avait été menée jusque-là. En toute logique, l’horreur de cette tuerie aurait dû signifier la fin de l’autoritarisme et nous inciter à revenir à la croisée des chemins. Oui, il aurait fallu revenir à 1962 et redonner vie aux options dont nous disposions alors, notamment celle de la constituante et de la démocratie. Au lieu de cela, nous avons retrouvé les mêmes acteurs, le même théâtre d’ombres, les mêmes gesticulations, sur fond d’un silence insoutenable sur les tenants et les aboutissants de la déferlante terroriste. La corruption s’est développée et devient une donnée structurelle. Plus grave, elle a atteint désormais les citoyens. Donner un peu d’argent en échange d’un passe-droit est devenu banal… Les signes d’enrichissement sont ostentatoires. Villas et berlines de luxe font partie du paysage. Toutes les marques d’un affaissement moral sont là : la violence est devenue endémique. L’absence absolue de scrupules est devenue la règle. Comme il faut bien s’arranger avec l’au-delà, cette perte de sens s’accompagne d’un regain de religiosité qui ne retient de l’Islam que le dogme, à des années-lumière de son esprit. Le signe le plus patent de cette pathologie est précisément cette cohabitation entre l’absence de morale et l’ostentation dans la pratique du culte. Cette schizophrénie n’engendre pas le bonheur. Les relations sociales sont marquées du sceau de la méfiance, voire de la violence. Il subsiste tout de même des traces d’un passé si proche. L’hospitalité, l’attention aux autres, la déférence envers les vieillards, sont encore présentes, mais tendent à s’estomper…

Nous avons encore une possibilité, la dernière peut-être, de changer le cours d’une histoire qui nous mène à la catastrophe. Il faudrait revenir à octobre 1988, saluer la mémoire de nos jeunes garçons fauchés par les fusils d’autres jeunes garçons qui leur ressemblent en tout point, à par leur uniforme. Cette bouffée de violence a offert son lot de mirages, l’apparente ouverture des champs politique, syndical, médiatique, qui a fait naître un le fol espoir d’une Algérie enfin renouvelée. L’espoir s’est fracassé. Comment en aurait-il pu être autrement, alors que le personnel politique n’avait pas changé et que, prévenir l’avènement d’une alternance démocratique véritable, le système avait permis au diable de sortir de sa boîte et d’assassiner des centaines de milliers de nos concitoyens ? Ce même pouvoir avait réussi le tour de force de survivre à cet abominable massacre sans rendre aucun compte à sa population meurtrie. C’est encore lui qui est aux manettes, défaisant chaque jour un peu plus le fragile tissu social.

L’un de ses archétypes, M. Ouyahia, vient de se signaler dans l’affaire de la demande de restitution des crânes de nos résistants assassinés, puis décapités. Ces crânes se trouvent au Musée de l’Homme. J’ai pris l’initiative de lancer une pétition qui a recueilli près de 30.000 signatures. La presse s’en est largement fait l’écho en Algérie et en France. Je pensais naïvement que cette cause était de nature à nous unir et, peut-être, de nous redonner un souffle. J’ai été extrêmement surpris d’apprendre que des députés avaient refusé de signer une pétition lancée en Algérie même. J’ai été sidéré d’entendre M. Ouyahia s’interroger à voix haute sur l’utilité de rapatrier ces crânes et d’exprimer sa préférence pour leur maintien au Musée de l’Homme, à Paris. Il avance comme argument central qu’"en enterrant ces restes en Algérie, on finirait par les oublier" alors, qu’à Paris, ils peuvent continuer de servir de mémoire pérenne sur les horreurs du colonialisme. Ne s’est-il trouvé personne pour lui signifier que, pour l’heure, la "mémoire" pérenne tient dans des boîtes à chaussures, enfermées dans une armoire métallique, dans les caves du Musée de l’Homme ?

Il faut le redire avec force. Ces crânes doivent recevoir une sépulture digne en Algérie. A la faveur de ce retour, le temps sera venu d’éclairer ce pan de notre histoire. Nous devons faire connaître la réalité de ce qu’a été la colonisation et de ce que celle-ci a détruit dans la société d’alors. Pour l’anecdote, voici un trait qui la décrit parfaitement. Un ancien maire de ma bonne ville de Mascara m’a raconté qu’en fouillant dans les recoins de sa mairie, il était tombé sur un manuscritsigné d’une sociologue française, datant de l’époque de l’Emir Abdelkader, intitulé "La douceur de vivre à Mascara". Elle parle, entre autres, d’une maison baptisée "Dar El Metoua7mat" (la maison des femmes enceintes qui ont des envies). Une très grande table y était dressée en permanence, chargée de tous les fruits de la terre. Les Metoua7mat venaient se servir et repartaient sans autre forme de procès. N’est-ce pas là un signe de cette civilisation que les colons d’hier et d’aujourd’hui, assistés de leurs harkis d’hier et d’aujourd’hui, voudraient nous dénier ?

 

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article
13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 14:17

Revenir à la croisée des chemins

http://latribunedz.com/article/21600-Revenir-a-la-croisee-des-chemins

Dans le cheminement d’une nation depuis son avènement, elle se retrouve parfois face à un choix déterminant pour son devenir. Elle est à la croisée des chemins et elle doit choisir sa voie parmi celles qui lui sont proposées. L’Algérie indépendante a été confrontée, à deux reprises au moins, à ce choix difficile. Avouons-le, elle a mis une remarquable constance  à se tromper.

En 1962, plusieurs options se présentaient. On pouvait reconduire le GPRA en lui confiant la mission de faire élire une assemblée constituante chargée, comme son nom l’indique, de rédiger une constitution et de soumettre son approbation au vote populaire. C’était le vœu de feu Hocine Aït Ahmed. La ferveur de la libération aidant, nul doute que le peuple aurait accueilli avec bonheur une telle initiative et qu’il aurait répondu en force à l’appel aux urnes. Cela aurait eu un double mérite : en premier lieu, la libération du pays débouchant sur la consécration, par le peuple,  de la démocratie, aurait enraciné  celle-ci dans notre pays. En deuxième lieu, on aurait établi ainsi un continuum entre la guerre d’indépendance et la guerre du développement, l’acteur principal de celle-ci comme de celle-là étant le peuple.  Au lieu de cela, c’est un pouvoir autoritaire qui a pris les commandes, en signifiant aux Algériens qu’ils n’avaient pas le droit de se mêler de ce qui les regardait…

L’Histoire repasse rarement les plats. Elle nous a cependant offert une nouvelle opportunité, au prix de la mort de centaines de milliers de nos compatriotes. C’était, on l’aura compris, au lendemain de la décennie noire. Celle-ci résultait elle-même de la politique erratique qui avait été menée jusque-là. En toute logique, l’horreur de cette tuerie aurait dû signifier la fin de l’autoritarisme et nous inciter à revenir à la croisée des chemins. Oui, il aurait fallu revenir à 1962 et redonner vie aux options dont nous disposions alors, notamment celle de la constituante et de la démocratie. Au lieu de cela, nous avons retrouvé les mêmes acteurs, le même théâtre d’ombres, les mêmes gesticulations, sur fond d’un silence insoutenable sur les tenants et les aboutissants de la déferlante terroriste. La corruption s’est développée et devient une donnée structurelle. Plus grave, elle a atteint désormais les citoyens. Donner un peu d’argent en échange d’un passe-droit est devenu banal… Les signes d’enrichissement sont ostentatoires. Villas et berlines de luxe font partie du paysage. Toutes les marques d’un affaissement moral sont là : la violence est devenue endémique. L’absence absolue de scrupules est devenue la règle. Comme il faut bien s’arranger avec l’au-delà, cette perte de sens s’accompagne d’un regain de religiosité qui ne retient de l’Islam que le dogme, à des années-lumière de son esprit. Le signe le plus patent de cette pathologie est précisément cette cohabitation entre l’absence de morale et l’ostentation dans la pratique du culte. Cette schizophrénie n’engendre pas le bonheur. Les relations sociales sont marquées du sceau de la méfiance, voire de la violence. Il subsiste tout de même des traces d’un passé si proche. L’hospitalité, l’attention aux autres, la déférence envers les vieillards, sont encore présentes, mais tendent à s’estomper…

Nous avons encore une possibilité, la dernière peut-être, de changer le cours d’une histoire qui nous mène à la catastrophe. Il faudrait revenir à octobre 1988, saluer la mémoire de nos jeunes garçons fauchés par les fusils d’autres jeunes garçons qui leur ressemblent en tout point, à par leur uniforme. Cette bouffée de violence a offert son lot de mirages, l’apparente ouverture des champs politique, syndical, médiatique, qui a fait naître un le fol espoir d’une Algérie enfin renouvelée. L’espoir s’est fracassé. Comment en aurait-il pu être autrement, alors que le personnel politique n’avait pas changé et que, prévenir l’avènement d’une alternance démocratique véritable, le système avait permis au diable de sortir de sa boîte et d’assassiner des centaines de milliers de nos concitoyens ? Ce même pouvoir avait réussi le tour de force de survivre à cet abominable massacre sans rendre aucun compte à sa population meurtrie. C’est encore lui qui est aux manettes, défaisant chaque jour un peu plus le fragile tissu social.

L’un de ses archétypes, M. Ouyahia, vient de se signaler dans l’affaire de la demande de restitution des crânes de nos résistants assassinés, puis décapités. Ces crânes se trouvent au Musée de l’Homme. J’ai pris l’initiative de lancer une pétition qui a recueilli près de 30.000 signatures. La presse s’en est largement fait l’écho en Algérie et en France. Je pensais naïvement que cette cause était de nature à nous unir et, peut-être, de nous redonner un souffle. J’ai été extrêmement surpris d’apprendre que des députés avaient refusé de signer une pétition lancée en Algérie même. J’ai été sidéré d’entendre M. Ouyahia s’interroger à voix haute sur l’utilité de rapatrier ces crânes et d’exprimer sa préférence pour leur maintien au Musée de l’Homme, à Paris. Il avance comme argument central qu’"en enterrant ces restes en Algérie, on finirait par les oublier" alors, qu’à Paris, ils peuvent continuer de servir de mémoire pérenne sur les horreurs du colonialisme. Ne s’est-il trouvé personne pour lui signifier que, pour l’heure, la "mémoire" pérenne tient dans des boîtes à chaussures, enfermées dans une armoire métallique, dans les caves du Musée de l’Homme ?

Il faut le redire avec force. Ces crânes doivent recevoir une sépulture digne en Algérie. A la faveur de ce retour, le temps sera venu d’éclairer ce pan de notre histoire. Nous devons faire connaître la réalité de ce qu’a été la colonisation et de ce que celle-ci a détruit dans la société d’alors. Pour l’anecdote, voici un trait qui la décrit parfaitement. Un ancien maire de ma bonne ville de Mascara m’a raconté qu’en fouillant dans les recoins de sa mairie, il était tombé sur un manuscritsigné d’une sociologue française, datant de l’époque de l’Emir Abdelkader, intitulé "La douceur de vivre à Mascara". Elle parle, entre autres, d’une maison baptisée "Dar El Metoua7mat" (la maison des femmes enceintes qui ont des envies). Une très grande table y était dressée en permanence, chargée de tous les fruits de la terre. Les Metoua7mat venaient se servir et repartaient sans autre forme de procès. N’est-ce pas là un signe de cette civilisation que les colons d’hier et d’aujourd’hui, assistés de leurs harkis d’hier et d’aujourd’hui, voudraient nous dénier ?

 

 

 

 

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Brahim Senouci
  • Le blog de Brahim Senouci
  • : Billets d'humeur
  • Contact

Recherche

Liens