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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 10:16

Un seul monde !

Paru dans l'Humanité, le 29 mai 2017

La compassion est le premier des sentiments qui nous assaille, à l’idée de ces vies détruites par une bombe imbécile, à l’idée de ces enfants dont nous ne connaissons ni les visages, ni le nombre, mais dont nous savons déjà qu’ils sont nombreux à avoir les lèvres scellées à jamais…

Aimantés par cet écran de télévision dont nous ne parvenons pas à nous détacher, nous suivons le ressassement morbide des images tournant en boucle, de ces sirènes d’ambulances itératives, des regards hagards de parents en quête de leur progéniture.

En finir avec le terrorisme, retrouver un monde paisible, délivré de la crainte du mauvais sort qui mettrait celles et ceux que nous aimons au cœur d’un caprice du destin, un rêve pour tous.

La compassion pourrait nous y aider. Il en faut une dose massive parce que cette compassion ne doit pas s’exercer dans les limites étroites de l’Occident. Elle doit embrasser le monde…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs d’autres petits enfants qui ne savent pas pourquoi ils meurent. Ils sont si nombreux, ces petits Congolais dont le fil de la vie tient à la tenue d’une improbable galerie dans laquelle ils extraient le précieux coltan qui sert à faire marcher l’industrie militaire et nos téléphones portables. Deux enfants meurent pour chaque kilo de coltan récolté…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits Afghans que fauche un drone à la vue approximative...

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits enfants de Gaza qui meurent par centaines quand, tels les gigantesques sauterelles d’une nouvelle plaie d’Egypte,  des cohortes d’avions font pleuvoir sur leurs têtes leurs messages de feu.

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des 500.000 enfants d’Irak tués par un embargo meurtrier, décrété au nom de la liberté et de la morale…

Les petits enfants de Manchester sont les frères et les sœurs des petits enfants du royaume invisible, celui que les télévisions et les radios cachent soigneusement, de peur sans doute de susciter des solidarités de nature à remettre en cause l’ordre du monde…

Le regard des petits enfants de Manchester s’est éteint. Leurs yeux se sont fermés, comme ceux de tant de leurs petits camarades de l’ailleurs, enfants de couleur, enfants de douleur, poussant leur cri invisible, inaudible, à la face d’un monde indifférent.

Compatir veut dire littéralement souffrir avec. Avec ceux qui souffrent, bien sûr. Tournons nos regards vers eux. Disons-leur que nous ne considérons pas leur sort comme banal, que leur peine est notre fardeau et que nous nous ingénierons à les aider à le secouer. Faisons place à l’expression d’une émotion-monde, d’une enfance-monde, d’une justice-monde. C’est à ce prix que nous, l’humanité entière, ferons front contre nos monstres.

Un seul monde !

 

 

Le mot « compassion » signifie littéralement le partage de la souffrance, celle des familles et celle des survivants.

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Published by Brahim Senouci
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