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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:41

De la violence…

La violence, omniprésente…

http://www.impact24.info/omnipresente-violence/

Plusieurs centaines de pèlerins sont morts dans des conditions atroces à Mina. Ils font la Une des journaux du monde entier. En Arabie Saoudite, en guise d’oraison funèbre, le ministre local de la Santé rejette la faute sur… les morts eux-mêmes, des Africains « indisciplinés » comme chacun sait. Certains susurrent même que ces morts sont de grands privilégiés puisque les portes du Paradis leur seraient automatiquement ouvertes. C’est vrai que, dans les temps anciens, c’était plutôt les vieillards qui accomplissaient le pèlerinage, comme une sorte d’aboutissement d’une vie de travail. Ils ne le faisaient du reste qu’après s’être assuré que la dépense encourue n’était pas de nature à plomber le budget familial et qu’ils ne laissaient derrière eux aucun problème en suspens. Alors, ils disaient volontiers qu’ils ne seraient pas fâchés de mourir en Terre Sainte. Les choses ont bien changé aujourd’hui. La moyenne d’âge a beaucoup baissé. La course à la sanctification est devenue telle que l’on voit même de jeunes gens, voire de jeunes couples, entreprendre ce long voyage. Ces pèlerins sont pleins de vie. La mort ne fait pas partie de leur horizon immédiat. Qu’ils la trouvent à leur âge, dans des circonstances tragiques, est un scandale. Que les autorités saoudiennes traitent cette catastrophe avec autant de légèreté est une honte. Il faudrait d’ailleurs qu’elles répondent à cette rumeur qui enfle et qui attribuerait l’origine de l’accident au passage d’un des innombrables princes du pays, passage qui aurait conduit les organisateurs à détourner la foule pour lui laisser la voie libre. Ce ne serait qu’une manifestation supplémentaire de l’arrogance d’un régime qui, bien que profitant de la manne financière que lui vaut la présence sur son sol des deux premiers lieux saints de l’Islam, considèrent les pèlerins avec mépris. Le spectacle de ces cadavres enchevêtrés, dans des postures grotesques, est parfaitement choquant. N’y avait-il pas moyen de les aligner dans des postures et dans un ordre dignes ? Etait-ce vraiment le seul moyen de traiter des êtres humains ? C’est ce même pays qui condamne un très jeune garçon à être décapité et… crucifié ! La croix, bannie par ce régime, refait son apparition le temps d’un supplice infâme.

Cela s’est passé le jour de l’Aïd El Adh7a, fête du Sacrifice. Plusieurs historiens datent de l’épisode du sacrifice d’Abraham le début de la civilisation humaine. Cet épisode mettait fin à la banalité des sacrifices humains qui étaient alors monnaie courante. Il devait clore une période durant laquelle la violence présidait au règlement des litiges éventuels et venir en appui à la prédation généralisée. Bien sûr, c’était une utopie. Les rapports humains sont encore aujourd’hui des rapports de force. Néanmoins, il y a une sorte de symbole en surplomb, une sorte de rappel persistant adressé aux assassins de tous bords qu’ils sont en dehors de la Loi, non pas celle qu’ils édictent eux-mêmes mais celle qui habite l’inconscient collectif et qui taraude le coupable. Qu’est devenue cette fête ? Elle a perdu sa sacralité. Le sujet de conversation le plus répandu concerne la qualité ou le prix des moutons. L’image de ces multiples éventaires proposant toutes les versions de haches et de couteaux est loin d’évoquer le monde paisible censé succéder au sauvetage d’Ismaël. Plus grave, le sacrifice lui-même devient une partie du folklore. La plupart des membres mâles de la famille y assistent, y compris les très jeunes enfants. A-t-on pensé à l’écho que suscite le spectacle violent d’un animal que l’on égorge et dont on suit l’agonie ? Une anecdote me revient. Nous sommes à Oran, en 1990, époque à la fois enthousiasmante et trouble. C’est le lendemain de l’Aïd Adh7a. Je devise avec un ami, sur le pas de nos portes. Un voisin nous rejoint. Il me rapporte un incident dont il a eu connaissance, survenu dans une famille oranaise. Comme dans quasiment toutes les maisons de la ville, le mouton est égorgé, en présence de la progéniture nombreuse, y compris le benjamin de huit ans. Le soir, ils découvrent leur chat, avec trois pattes sommairement attachées, la gorge ouverte, mort. Le coupable est le benjamin. Il a reconstitué la scène de la mise à mort du mouton avec, dans le premier rôle, son animal de compagnie…

Chacun peut constater les ravages de la violence au quotidien en Algérie, pas seulement celle des groupes terroristes, ni celle des émeutes, mais la violence familière, banale, la violence visuelle des ordures jonchant les rues, celle des bagarres, du poignard qui jaillit d’une poche intérieure, la violence domestique qui est le lot de tant de familles. Cette violence ne se contente pas d’exprimer notre mal-être. Dans une relation dialectique infernale, elle le nourrit et prospère en s’en nourrissant à son tour. Rompre ce cercle vicieux nous impose au premier chef de faire en sorte que nos enfants ne soient jamais confrontés délibérément à une scène de violence, que jamais ils ne la tiennent comme un mode banal de règlement des conflits. Vœu pieux ? Peut-être… Les racines de la violence plongent si loin dans notre inconscient collectif….

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 12:51

Le faible doit-il endosser le tort ?

http://www.impact24.info/le-faible-doit-il-endosser-le-tort/

L’humanité est ainsi faite qu’elle est constituée d’hommes et de femmes inégaux, de sociétés disparates, aux degrés d’avancement très différents. Depuis la nuit des temps, les puissants asservissent les faibles. Rien n’a changé. Enfin, presque rien… Sans doute pour faire passer la pilule, il y a aujourd’hui une inflation de discours moraux prônant l’égalité, la liberté… Les principaux producteurs de ces discours sont les pays occidentaux. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de notre monde que celui qui réserve aux puissants le soin de dire le droit et la morale. Ce sont eux, alors que les trois quarts de l’humanité subissaient la colonisation et la soumission, qui ont créé l’ONU, une institution censée prévenir les conflits et instaurer une apparence de justice dans le monde troublé d’après la seconde Guerre Mondiale. En toute logique, l’acte fondateur de cette institution aurait dû être d’ordonner à toutes les puissances coloniales de se retirer de leurs possessions. Elle disposait d’un texte pour cela, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Le texte énonce les droits fondamentaux de l’individu, leur reconnaissance, et leur respect par la loi. Il comprend aussi un préambule qui rappelle la nécessité du respect inaliénable de droits fondamentaux de l'homme par tous les pays, nations et régimes politiques.

C’est peu de dire que tout cela est resté lettre morte. Au lendemain de ces déclarations généreuses, la violence s’est donnée libre cours, un peu partout dans le monde, suivant le même processus. Petit rappel : le 8 mai 1945, certes avant l’adoption de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la France « libre » faisait donner le canon, l’aviation, la marine, le mai s milices ivres de sang, contre la population algérienne, à Guelma, Sétif et Kherrata notamment. Ce même jour, le monde « libre » fêtait la victoire sur le nazisme,. En fait, comme le notait le poète Aimé Césaire, l’atrocité du nazisme était moins l’idéologie dont il se réclamait que le fait qu’il prenait l’Homme Blanc pour cible. La fin du nazisme a permis le retour à l’ordre normal des choses, ordre dans lequel les indigènes meurent sans ostentation, sans discours. En Algérie, il n’y a pas de Vercors, pas de Mont Valérien, pas de YadVachem, pour perpétuer la mémoire de nos morts. Serions-nous le seul peuple au monde pour qui le souci de l’entretien de la mémoire de ses suppliciés ne serait qu’un long « gémissement » ?

Peut-être pourrait-on, juste avant de les déclarer responsables de leur sort, dire que ces morts sont nous-mêmes, que nous avons collectivement subi leur supplice et que nous continuons de le porter tant qu’ils ne méritent pas un salut explicite de notre part, tant que d’aucuns s’obstinent dans le jeu mortel de la relativisation. Assortir le rappel de ces crimes d’une référence à ceux que les Arabes auraient commis eux-mêmes (lesquels au juste ?) revient à assassiner de nouveau nos morts, encore et toujours.

Je m’intéresse au vaste monde, à ses cultures, au génie de ses peuples. Mais c’est de l’Algérie que je souffre. C’est de ne pas réussir à discerner un sens, à trouver une page dans le roman du monde dans laquelle les noms des suppliciés seraient répertoriés. J’en veux à mes compatriotes (à moi-même donc !) de ne pas faire ce qu’il faut pour les ramener à l’existence, pour construire une société qui ne connaitra plus jamais les affres de la colonisation et de la soumission.

Il y a dans notre ADN quelque chose qui nous susurre, d’une voix tantôt douce, tantôt coléreuse, que tel est notre destin, que nous sommes marqués par je ne sais quelle fatalité. Beaucoup de nos compatriotes se complaisent dans l’auto flagellation, l’auto dénigrement. Est-ce la bonne solution que d’abonder dans leur sens en défaisant le manteau culturel immémorial, par exemple en affublant de guillemets misérables la référence à une part séculaire de notre patrimoine, je veux parler de l’arabité ?

Parler des miens, je ne fais que cela depuis que j’ai appris à tenir une plume, instrument que je préfère de loin à l’insulte et à un couteau dont je ne saurais pas me servir. Il y a une nouvelle de Jorge Luis Borges, « Le Sud ». Un jeune homme convalescent sort de l’hôpital de Buenos Aires où il a failli mourir. Il retourne vers le Sud. En chemin, il rentre dans une auberge. A une table voisine de la sienne, un petit groupe d’hommes s’amuse à le provoquer. Il choisit d’abord de les ignorer. Il doit toutefois réagir quand les provocations se font plus pressantes. Il se lève. Un des membres de la bande lui met d’autorité un couteau dans la main, un couteau dont il ne saura pas se servir. Il le prend cependant et quitte l’auberge pour aller dans la rue où l’attend son futur meurtrier… La violence des faibles, un choix ? Vraiment ?

Le Vietnam est un pays industrieux. Les Vietnamiens sont très attachés à leurs traditions, qu’il ne trouve pas manichéennes ni absolutistes. Dans les familles vietnamiennes qui vivent en France, les enfants apprennent le vietnamien, avant même d’intégrer l’école républicaine, et ils ont obligation de l’utiliser dans le cercle familial. Si l’on faisait des statistiques ethniques, ils figureraient en tête des palmarès scolaires et universitaires. Les Beurs, dans leur écrasante majorité, ignorent tout de la langue de leurs parents, qui ne la leur apprennent pas, sans doute pour ne pas les « lester » d’un héritage jugé encombrant. Eux seraient plutôt à l’autre bout des classements.

S’occuper des siens, ce n’est pas jeter aux orties ce qui donne du sens au groupe, ce que nous avons en partage, ce n’est pas en défaire le fragile tissu qui, bon mal an, permet à nos compatriotes de ne pas se penser comme une communauté de hasard, même s’ils ne se conçoivent pas encore comme une communauté de destin. S’occuper des siens, c’est avant tout les débarrasser du sentiment de honte qui les taraude depuis l’enfance.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 08:58

L’Occident et nous

http://www.impact24.info/loccident-et-nous/

« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples », disait le Général de Gaulle. Et d’ajouter aussitôt : « «Je savais qu'au milieu de facteurs enchevêtrés une partie essentielle s'y jouait. Il fallait donc en être.»

Je n’éprouve aucune sympathie pour de Gaulle. On a certainement tort de lui attribuer le beau rôle dans l’issue de notre guerre de Libération. Son seul mérite en la matière, mais il n’est pas mince, a été de comprendre avant les autres, dont le réputé visionnaire Pierre Mendès-France, le caractère inéluctable de notre indépendance. Il faut cependant lui reconnaître une certaine grandeur qui lui vient de son éducation dans cette vieille noblesse française qui savait que l’Histoire est tragique. C’est cette éducation qui a enfoui son racisme originel sous la fascination qu’exerçait l’Orient sur cette même noblesse.

Cette fascination a disparu. Une nouvelle génération de dirigeants occidentaux, plus médiocres les uns que les autres, est apparue en même temps que les tenants d’une philosophie vulgaire et d’une littérature majoritairement imprégnée de l’air insalubre qu’exhale la France d’aujourd’hui. Ce constat peut être étendu à l’Occident dans son ensemble, celui de Sarkozy, Berlusconi, Cameron… Leur avènement ne doit rien au hasard. Il est concomitant de la désacralisation générale que connait l’Occident. Les peuples élisent des dirigeants qui leur ressemblent, de préférence à des candidats susceptibles de prendre de la hauteur. Ceux-ci, à l’instar des nobles d’hier, connaissent en effet le tragique de l’Histoire et font très attention à ne pas la torturer. De Gaulle n’aurait pas envahi l’Irak au prix d’un invraisemblable mensonge, non par sympathie pour les Irakiens, sympathie qu’il était loin d’éprouver. Il connaissait toutefois la profondeur de ce peuple et le danger de libérer des forces incontrôlables en prétendant fonder un ordre nouveau en faisant donner le canon contre un emblème de la civilisation humaine…

En fait, c’est le temps des voyous, y compris en Occident. Ils sont dans la haute finance, dans la police, dans les gouvernements. Au besoin, ils montent des bateaux invraisemblables et ils font disparaître l’un des plus vieux pays au monde. Ils soutiennent la « démocratie » israélienne, car il est bien connu que les voyous se soutiennent entre eux. Ils font sauter la Libye. Ce faisant, ils ont produit Daesh, et tous les Daesh qui ne manqueront pas de proliférer en remerciant l’« œuvre occidentale ».

Je fais partie peut-être de ce fameux chœur des pleureuses qui s’obstine à rappeler à l’Occident ses méfaits, les massacres des Indiens, des Algériens, des Vietnamiens…, l’attentat qu’il perpètre chaque jour contre notre bonne vieille planète, sa propension à s’ériger en parangon de vertu quand toute son histoire est celle d’un brigandage international.

On peut évidemment reprocher aux peuples du Sud de n’avoir pas su se constituer, se renforcer, pour cesser de n’être que des proies. On peut de la même façon reprocher à une femme violée de n’avoir pas pris les leçons de karaté qui lui auraient permis de faire fuir son violeur. Il y a une montée du cynisme dans le monde. En l’espèce, elle se traduit par une sorte de complaisance, voire de déculpabilisation du puissant. Ainsi, le terme d’abus de faiblesse a disparu. Tout se lit à travers la sacro-sainte logique du rapport de forces.

Je ne suis pas plus naïf qu’un autre. Je tiens compte du fait que c’est cette logique qui gouverne le monde. Je plaide donc auprès de mes concitoyens pour qu’ils se constituent en société, qu’ils abandonnent la fausse quiétude du conservatisme pour prendre leur destin à bras-le-corps. Je crois en effet qu’il faut agir sur les ce deux pôles : dénoncer sans relâche les crimes commis contre mon peuple, ne jamais cesser de pointer un doigt accusateur contre leurs auteurs, appeler sans cesse mes concitoyens à un sursaut pour qu’ils ne revivent plus les années noires de la soumission et des massacres de masse.

Pour l’heure, je ne peux que constater qu’il y a de plus en plus de voix qui appellent à l’oubli et qui reprennent inconsciemment le discours essentialiste que tient (mezzo voce !) l’Occident. Ces voix vont ainsi jusqu’à accabler le peuple de leur mépris.

Un gros mot ? C’est probablement ainsi que sera reçue par d’aucuns l’affirmation que ce peuple a bien des défauts mais qu’il a en lui quelque chose d’auguste, qui relève du don de soi, de l’attention aux autres. Ces caractères se dérobent à la vue de bon nombre de nos intellectuels qui oublient, dans leurs adresses à leurs concitoyens, l’empathie !

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 18:19

Le dormeur de la plage, le repas du vautour

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Il est habillé comme bien des petits garçons de son âge, tee-shirt rouge, short bleu, petites chaussures sombres. Il dort comme dorment les petits garçons de son âge, sur le ventre, la tête posée sur le côté, le bras droit abandonné dans le prolongement du corps. Il dort pendant qu’une douce vaguelette vient poser sur son front un baiser sans cesse recommencé.

Il s’appelle Aylan. Il n’a pas le masque grimaçant que portent, dès la naissance, les enfants affamés d’Afrique. Il n’en a pas le torse décharné, les nuées de mouches agglutinées au coin des paupières. Il ne ressemble en rien à cet enfant noir, agonisant sous l’œil attentif d’un vautour, dans un décor de rocaille et de poussière. La photo de cet enfant a, elle aussi, fait le tour des réseaux sociaux mais elle n’a pas connu la même fortune, n’a pas suscité le même élan de sympathie. Pourquoi ?

Cet enfant africain, par la disproportion entre son crâne énorme et son corps squelettique, par la noirceur de sa peau, par l’âpreté du décor dans lequel il se trouve, ne ressemble en rien à un petit garçon occidental. Sa vision suscite plus de la gêne que de la compassion, un peu comme quand on croise un animal agonisant et qu’on presse le pas pour échapper à son regard.

En revanche, Aylan avait les traits d’un enfant bien nourri, aimé, entouré de la sollicitude de parents instruits, faisant sans doute partie de cette classe moyenne syrienne connue pour son goût de la lecture, de la musique, et son attachement à donner à sa progéniture la meilleure éducation possible. L’émotion légitime qu’a provoquée l’image de son cadavre est largement née sans doute de la proximité physique d’Aylan avec n’importe quel enfant d’Europe ou des Etats-Unis. Son arabité, sa kurdité plutôt, est en quelque sorte gommée par l’ensemble tee-shirt rouge, short bleu qui souligne son appartenance à une enfance mondialisée. Mort enfant, il n’a pas eu le temps de laisser les traits délicats de son visage se creuser, s’affirmer, pour offrir au regard un avatar de l’archétype oriental. Il a donc été inconsciemment intégré comme un des leurs par les téléspectateurs d’Europe, qui ont vu dans son destin une préfiguration de ce qui pourrait les atteindre.

La très réelle sympathie qui s’est manifestée à l’endroit des migrants est née probablement du prudent distinguo établi par les gouvernements occidentaux entre les réfugiés, qui fuient l’enfer de la guerre, et les autres, les Africains qui tentent eux aussi d’aborder les rivages de l’Europe, poussés par la misère et les dictatures ubuesques qui en creusent tous les jours le lit. Ceux-là sont d’autant plus bienvenus que les conventions de Genève sur le droit d’asile et le devoir d’assistance aux réfugiés font obligation aux Etats qui les ont signées d’accueillir sur leur sol les malheureux qui relèvent de cette catégorie. En revanche, il n’est fait mention nulle part d’une obligation d’aider des gens qui ont simplement faim et soif, même si ces gens meurent par millions en grattant le sol comme des bêtes pour satisfaire l’inextinguible appétit de l’Occident en terres rares, en coltan, ou en uranium.

Pourquoi distinguer ces deux groupes ? En fait, il n’est pas question d’opposer ces deux catégories de damnés de la terre, d’autant moins que l’Occident a une responsabilité écrasante dans leur création.

Il a en effet gouverné l’Afrique sans partage et continue de le faire, en installant à la tête de bon nombre des Etats qui la composent des dirigeants corrompus et stipendiés qui lui permettent de continuer à puiser abondamment dans les ressources naturelles dont ces pays regorgent.

Le terrorisme, dans sa version la plus horrible qui domine aujourd’hui, est né de l’expédition en Irak menée par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis en 2003. C’est le démembrement du pays qui a conduit en ligne directe à Daesh. La Libye a été investie par une coalition censée y installer la démocratie. Cette coalition, entre parenthèses, comprenait, outre les puissances occidentales telles que les Etats-Unis, la France, ou la Grande-Bretagne, des régimes « démocratiques » tels que le Qatar, l’Arabie Saoudite ou les Emirats Arabes Unis, qui venaient juste de finir de massacrer des citoyens Bahreinis qui réclamaient à leur roi l’instauration de la…démocratie ! La Libye est aujourd’hui une fabrique de terroristes qui n’a pas encore atteint ses capacités de production maximales.

A cette aune, la différence entre un noyé syrien et un noyé africain parait bien mince. Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas de trouver une formule pour limiter le flux humain aux personnes directement menacées par les guerres, à l’exclusion donc de celles qui recherchent à fuir la misère. Ce n’est pas non plus de rechercher une méthode pour se répartir entre Etats Européens le « fardeau » des réfugiés.

La richesse de l’Occident s’est constituée sur la misère du reste du monde. C’est un mouvement naturel, pour ces damnés du monde, d’investir cette zone riche. Le seul moyen d’arrêter cet élan est de rompre avec la politique de pillage systématique des ressources qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres. Les noyés d’Afrique et de Syrie nous adjurent de construire un nouveau monde. Utopie ? Peut-être. Mais si nous n’empruntons pas ce chemin, c’est la fin de l’espèce humaine qui ne serait plus une utopie.

Un sacrifice insupportable pour les populations des pays riches ? La richesse de ces pays a doublé en moins d’un demi-siècle. Ces populations sont-elle plus épanouies, plus heureuses ? Si l’on en croit les statistiques sur la mal-vie, la violence, les suicides, la réponse est négative. Adam Smith, prophète du capitalisme et de la toute-puissance du marché, pensait que l’enrichissement ne pouvait être une tendance permanente. L’accumulation de biens évoque la marche vers un horizon qui se dérobe sans cesse. L’augmentation du gain n’engendre pas le bonheur. Elle est même source d’angoisse, cette angoisse qui nourrit la croissance, qu’elle se nomme compétition, concurrence, moins-disant social… Et si, plutôt que de chercher à gagner sans cesse plus d’argent, nous essayions de concert à gagner plutôt du temps ? Keynes prophétisait pour la fin du XXème siècle que les hommes ne travailleraient plus que deux heures par jour et qu’ils consacreraient leur temps libre aux choses importantes telles que « l’art, la culture, la métaphysique ».

Beau programme pour une humanité unifiée, non ?

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 21:44

Thalys, Autriche et Méditerranée

http://www.impact24.info/thalys-autriche-et-mediterranee/

Nous y voilà ! Le temps de l’émotion, avec son cortège de discours larmoyants et de remises de légions d’honneur aux « héros du Thalys », est terminé. Place au renforcement des mesures de sécurité ! Il y a les classiques : multiplication du nombre d’agents dans les gares, fouille au corps, inspection des bagages… Il y a surtout la mère de toutes les mesures qu’énonce, sourire aux lèvres, un ministre socialiste…

Vous l’avez deviné, il s’agit de la discrimination. Dorénavant, déclare le ministre des transports, le socialiste (si, si !) Vidalies, la police aura le droit de cibler des personnes au vu de leur apparence physique. Pour faire bonne mesure, il ajoute qu’il « préfère la discrimination à l’inaction ».

Ah si Djokhar et Tamerlan Tsarnaïev avaient su ! Ils auraient attendu ce jour pour sévir dans une gare française, plutôt que de s’attaquer à des marathoniens étasuniens. Leurs visages si européens (caucasiens selon la classification raciale en vigueur aux Etats-Unis) leur auraient garanti un accès tranquille aux trains et la possibilité de réussir une action terroriste d’une toute autre ampleur que celle qui leur a valu la mort pour l’un, une condamnation à mort pour l’autre. Et puis, que dire de ces centaines, voire milliers de jeunes Européens (de souche !) convertis à l’Islam pour échapper à l’étouffant ennui des provinces françaises et qui participent à visage découvert au bal des décapitations en série ? S’ils avaient su qu’il n’était nul besoin d’aller vers la lointaine Syrie pour y exercer un mortel sacerdoce, ils auraient volontiers sacrifié leurs barbes et leurs djellabas pour confier à leurs visages glabres le soin de leur garantir un sauf-conduit pour faire sauter les trains de l’Hexagone.

Mais il n’y a pas de petits profits. L’opinion est largement islamophobe. Surfer sur cette pente peut rapporter gros en ces temps de disette sondagière. De plus, il y a une sorte de prédisposition ancienne chez les socialistes à intégrer les idées de l’extrême droite. Elle a été à l’œuvre en Algérie où les socialistes de l’époque ont été à l’origine d’une flambée de violence et de torture sous l’égide de Guy Mollet. Ce n’est pas tout à fait une surprise. Le discours « humaniste » que tiennent les socialistes est en fait un discours condescendant : compassion pour les faibles, à condition qu’ils restent à leur place ! La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, a des trémolos dans la voix quand elle évoque la situation au Proche-Orient mais elle invite les représentants de la capitale d’Israël à Paris. Tel-Aviv-sur-Seine, tel était le nom choisi pour cette manifestation. On ne peut mieux dire qu’au-delà des discours de circonstance, c’est le mépris qui prévaut pour les autres, l’Autre.

Est-ce qu’il y a encore des légions d’honneur à distribuer ? C’est qu’il y aurait encore quelques héros à honorer, des héros bien français mais gênants, il est vrai… Stéphane Hessel était incontournable. Il n’a pas été possible de faire l’économie de funérailles nationales. Mais il y a un certain Philippe Martinez, un marin Breton de type breton. Il a sauvé de la mort 1840 migrants en Méditerranée, de quoi remplir quatre Thalys. Aucun goût, ce Martinez ! Ca ressemble à quoi de sauver des gens et les ramener sur la terre ferme de France et s’amuser à contempler le spectacle de son gouvernement tentant de s’en débarrasser ? C’est sans doute pour ça qu’il n’a pas eu la légion d’Honneur. C’est aussi sans doute pour le rappel cruel aux gouvernements présents et passés que cette misère qu’il a mise sur le devant de la scène doit beaucoup à leur action, qui a abouti à la destruction de la Libye, la ruine de l’Afrique…

L’Autriche enfin. 71 migrants morts dans un camion frigorifique abandonné au bord d’une autoroute. Des migrants ? Pas vraiment des gens donc, juste un magma en putréfaction renvoyé à son essence d’éternel migrant. Pour l’heure, l’indignation se focalise sur le chauffeur que la police s’active à retrouver. Rien d’autre ? Non, rien…

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 07:49

Ensemble contre le terrorisme ?

http://www.impact24.info/ensemble-contre-le-terrorisme/

Un Marocain (juste marocain, même pas un peu Belge sur les bords ?) se promettait de semer la terreur dans le Thalys, patronyme du TGV reliant Paris à Bruxelles et à Amsterdam. Son entreprise a échoué grâce, nous répète-t-on, au courage de deux soldats américains en goguette qui auraient entendu le bruit caractéristique de l’armement d’une kalachnikov dans les toilettes du train. Les soldats ne sont pas seuls en cause. Il s’est trouvé un Français, acteur de cinéma par surcroît, Jean-Hughes Anglade, pour actionner la sonnette d’alarme. Un Anglais, croisant dans le secteur, en a profité lui aussi pour glaner sa ration de paillettes de gloire. Quel formidable symbole que ce retour à la fameuse Entente Cordiale, qui a vu pactiser la France et l’Angleterre, vieilles ennemies pourtant ! Mieux encore, le duo s’est mué en trio, les deux puissances citées taisant leurs vieux ressentiments pour s’associer aux Etats-Unis.

Certes, il est sans doute facile, voire déplacé, d’ironiser sur ce qui a permis d’éviter un terrible bain de sang. Il n’en reste pas moins que la couverture de l’événement laisse un goût étrange, amer. Ceux qui ont empêché la commission de l’horreur méritent d’être honorés. Mais est-il vraiment besoin d’adjoindre systématiquement à leur identité le titre de héros, sans guillemets ? Est-ce indispensable d’adjoindre systématiquement à celle du présumé terroriste la qualification de forcené ? Est-il vital de profiter, consciemment ou non, de l’événement pour convoquer la grille de lecture essentialiste du « eux et nous », nous la race des héros, eux celle des forcenés ? Exagération ? Peut-être… Mais combien de jeunes gens arabes, ou africains, ou musulmans, se reconnaitront-ils dans le portrait de ces jeunes soldats aux visages avenants ? La tentation de l’empathie résistera-t-elle au souvenir des portraits d’autres soldats, gardiens de prison à Abou Ghraib, livreurs de napalm au Vietnam, par extension allumeurs de feux meurtriers à l’entrée de grottes algériennes bondées de femmes et d’enfants… ?

Le terrorisme doit être combattu, à l’évidence, quelles que soient ses victimes. Serait-ce trop demander que d’exiger que la bande de terre la plus densément peuplée du monde, celle de Gaza, soit libérée d’un blocus terroriste qu’elle subit depuis sept ans ? Serait-ce trop demander que d’exiger que le terrorisme qui consiste à piller les pays les plus faibles soit mis à la raison ? Serait-ce trop demander que de faire rendre gorge aux « forcenés » qui ont exercé leurs « talents » en toute impunité, le plus souvent à une échelle industrielle ? Un peu de délation : il y en a un qui assure avoir été président des Etats-Unis et qui se livre à son passe-temps favori, le golf. Un autre se fait passer pour le responsable du quartette, pâle ectoplasme censé résoudre les problèmes du Proche-Orient. Un troisième a été repéré du côté du 10, Downing Street. Il y en a toute une flopée de cet acabit du côté de Tel Aviv…

Anecdotique ? Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, il y a eu des viols commis par les armées belligérantes. Les étasuniens n’ont pas échappé à cette infamie. Les soldats reconnus coupables étaient systématiquement pendus. Les Noirs formaient 10 % de l’armée étasunienne mais fournissaient 90 % des suppliciés. Ce n’est pas tout. Les attendus des jugements aboutissant à ces condamnations n’étaient pas les mêmes pour les Noirs et les Blancs. Selon les juges, les premiers avaient « cédé à leurs instincts bestiaux » alors que les seconds avaient « failli à l’honneur ».

A moins de rétablir un semblant de justice, Messieurs les dirigeants des pays riches, vous ne pourrez pas demander à ceux qui ont encouru votre magistère barbare de pleurer vos morts quand vous revêtez les leurs du manteau méprisant de l’oubli, quand vous continuez de dévaster leurs pays misérables pour satisfaire votre appétit insatiable pour leurs rares richesses. Ils pleureront avec vous quand vous sortirez de votre insupportable sentiment de supériorité, de votre incapacité à vous regarder à travers un autre prisme que celui d’une prétendue innocence ontologique.

En finir avec le terrorisme ? Et si cela passait par une révision radicale de l’ordre du monde ?

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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 13:51

Langue(s) et mémoire(s)

Le Quotidien d'Oran du 13 août 2015

On ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment diffus à la lecture quotidienne des journaux ou lors d’un échange avec des amis. Il s’agit d’un sentiment de déjà vu ou déjà entendu. Les mêmes mots, les mêmes intonations, reviennent en boucle. Bégaiement ? Mais qui bégaie ? Est-ce nous ou est-ce l’Histoire ? Sans doute ne faisons-nous que nous conformer à l’absence d’imagination de notre destin qui nous confronte chaque jour aux mêmes paysages, aux mêmes gestes, répétés, attendus. Il n’est pas aisé d’habiller chaque jour d’un discours différent un état immuable des choses…

Alors, nous nous adonnons sans plaisir à un éternel ressassement, ressassement qui participe lui-même du maintien de la pose figée du pays, de la société... Nous nous complaisons du reste dans la jouissance morbide de la répétition. Nous rivalisons d’imagination pour dire combien la situation est désespérée, qu’il est inutile de chercher une issue et qu’il faut nous laisser porter vers le terme fatal de la course à l’abîme en utilisant le temps qui reste à demander grâce à Dieu en multipliant, en exacerbant les marques d’une dévotion démonstrative.

Il y a toutefois un frémissement, qui se traduit notamment par le débat qui court sur la ou les langues qui doivent être enseignées à l’école. Au milieu des inévitables vociférations des habituels gardiens des temples, on distingue les voix mesurées d’intellectuels qui, bien que prônant des approches contradictoires, arrivent à débattre sans s’étriper, sans sortir les couteaux. Je suis de ceux qui appellent à rendre toute sa place à l’arabe de nos aïeux, langue de la science, de la philosophie, langue dans laquelle ont été écrits, s’écrivent encore, les plus sublimes des poèmes, les plus beaux des romans. Il faut, dans le même mouvement, étendre l’apprentissage de tamazight, langue-mère, à l’ensemble des Algériens. Cette langue est une part de notre patrimoine commun. Qu’elle soit ignorée de la majorité de la population est une anomalie qui doit cesser.

Certains appellent à instituer de jure une situation qui existe de facto. Il s’agit du français, dont l’utilisation est encore très large en Algérie. Il ne faut certes pas interdire cette langue. Dans un souci purement pragmatique, il faut lui permettre de continuer d’exister là où elle nous est encore nécessaire. Pour autant, il ne faut lui donner aucun caractère institutionnel. Sa présence sur notre sol est le résultat d’un viol, ne l’oublions jamais.

Je sais, ces lignes sont écrites en français. Je fais partie des 16 % d’Algériens « alphabétisés » que comptait l’Algérie au moment de son indépendance. Comme beaucoup d’entre eux sans doute, j’ai été tenté d’endosser le costume du francophone francophile, dédaigneux d’un héritage dont ma mémoire n’avait gardé que les petits matins poussiéreux des écoles coraniques. J’ai préféré me souvenir de la splendeur des poèmes du Parnasse et du cinéma de Carné-Prévert. Et puis m’est revenu, du fin fond de ma mémoire, le souvenir de morts sans sépulture, de visages d’enfants grimaçants dans l’enfer d’une grotte enfumée… Ce souvenir avait été occulté par celui du lait vénéneux que j’avais tété au sein abondant de la France coloniale. Alors, un statut de langue officielle pour le français, non, de grâce !

En ce qui concerne le débat entre langue savante et deridja, je ne voudrais pas revenir sur des positions que j’ai déjà exprimées dans ces colonnes mais juste faire un petit rappel. La France coloniale avait tenté de promouvoir cette dernière en finançant de nombreux ouvrages et en en faisant une des matières pour certains examens. La langue savante n’avait pas bénéficié de la même faveur. Elle était enseignée comme une langue étrangère, à raison d’une heure hebdomadaire à l’école, deux heures au lycée. Cela ne l’avait pas fait disparaître. Voudrait-on aujourd’hui réaliser le projet que la France coloniale a échoué à faire aboutir ?

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 10:54

Terrorisme-Sur-Seine

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Anne Hidalgo, maire de Paris, a eu une idée « somptueuse ». Cette idée porte un nom, Tel-Aviv sur Seine. Comme son nom l’indique, la capitale israélienne prendra ses quartiers à Paris-Plage le 13 août prochain…

Aux protestataires qui réclament l’annulation de cette initiative au motif que Tel-Aviv est la capitale d’un Etat raciste, colonial, pratiquant un apartheid institutionnel, les élus socialistes parisiens répondent qu’eux-mêmes sont en désaccord avec la politique « brutale » du gouvernement israélien mais que Tel-Aviv ne saurait être confondue avec ce gouvernement, qu’elle est une ville festive, cool…

Qualifier de « brutale » une politique qui a jeté des centaines de milliers de Palestiniens sur les routes de l’exode, qui maintient à Gaza un million et demi de personnes sous un blocus contraire aux règles les plus élémentaires du droit, qui massacre à intervalles fixes ou presque des milliers de femmes, d’enfants, de civils, considérant sans doute que le blocus ne suffit pas comme punition, laisse songeur. Par ailleurs, il n’y a pas de trace dans la presse d’une protestation des élus de Tel-Aviv contre le sort pas très « cool » fait aux Palestiniens…

Ces arguments sont d’autant plus méprisables qu’ils sont répétés sur différents tons par les élus socialistes et LR parisiens, ce qui en dit long sur les connivences entre droite et gauche quand l’essentiel (qui rime avec Israël) est en cause.

Cet événement constitue une illustration de plus de la manière dont fonctionne le monde. Sous le magistère de l’Occident, le monde est régi par une loi non écrite qui dispose que des Etats sont au-dessus des lois et ne définissent leur politique vis-à-vis de l’étranger qu’à la seule aune de leurs intérêts. C’est donc en toute liberté que la France investit un pays, la Libye, qu’elle plonge dans le chaos. Responsables de la destruction de l’Irak, à l’issue d’une expédition menée sur la base d’un mensonge avéré, Bush fils coule une retraite paisible tandis que Blair représente le fameux « Quartette » et est chargé à ce titre de trouver la formule magique qui ramènera la paix au Proche-Orient !

La majorité des pays du Sud, tenus pour quantité négligeable, ne sont là que pour approvisionner le Moloch insatiable en subissant son arbitraire.

Il est beaucoup question de lutte contre le terrorisme. De doctes experts nous expliquent que le terrorisme est dû à l’Islam, cette religion étant, selon eux, violente par nature. Ils nous dépeignent ces jeunes gens qui s’engagent dans cette entreprise funeste comme des désaxés, des pervers, des fanatiques ivres de sang. Etrangement, peu de gens évoquent l’injustice fondamentale, inexorable, qui structure le monde. Loin des fadaises que débitent en boucles les légions de néo « islamologues », c’est cette injustice structurelle, d’essence raciste, désespérante par son caractère immuable, qui fait le lit de la colère. L’écrasante majorité des damnés de la terre l’éprouve. Une infime minorité saute le pas et l’exprime par le meurtre.

Lutter contre le terrorisme, c’est d’abord redonner un peu de crédit à l’idée de justice. L’initiative de la maire de Paris va dans le sens contraire. En cela, elle est conforme au contenu du discours dominant en Occident. Au lendemain du 13 août, quelques nouvelles vocations de terroristes vont naître. Mais qui fera le lien entre une manifestation si « fun », si « cool », sur les bords paisibles de la Seine et le masque grimaçant d’un jeune homme s’apprêtant pour une décapitation publique... ?

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 12:56

Langue et devenir

Le Quotidien d'Oran du 6 août 2015

Les adversaires de l’arabe dit littéraire font feu de tout bois. Il s’agit d’une langue morte, disent les uns. Elle ne peut véhiculer que le message coranique, renchérissent d’autres. Elle est incapable de prendre en compte la modernité, assurent d’autres encore…

L’arabe, langue morte ? Deux-cent millions de locuteurs ! Pour une langue morte, il faut bien avouer que c’est plutôt pas mal. Il n’y a pas une université de renom qui ne comporte en son sein une chaire de langue arabe.

Une anecdote : en 1994, je rencontre à Paris un représentant de Human Rights Watch, Eric Goldstein. Il exprime le désir de rencontrer des Algériens pour avoir une vision « locale » de la guerre atroce qui ensanglante l’Algérie. Je convoque quelques amis et une réunion informelle se tient quelques jours plus tard. Eric prend la parole en… arabe, en s’appuyant sur un dossier établi par son organisation, rédigé en… arabe ! Certains des amis présents éprouvent quelques difficultés à le suivre. Quant à lire le dossier qu’il leur a fourni, la tâche leur est impossible ! Nous convenons alors de poursuivre la conversation en français, langue que maîtrise mal l’ami Eric, ce qui influe négativement sur la facture du débat…

Langue dédiée exclusivement au sacré ? Ceux qui se hasardent à ce genre d’hypothèse devraient lire Ibn Khaldoun, Ibn Rochd, Ibn Tofaïl, ou Ibn Badja. Leurs œuvres convoquent ce qu’il y a de plus difficile, de plus sophistiqué en matière de philosophie, de science et de sociologie. La langue arabe leur offrait les outils à même de rendre de manière admirablement précise la complexité de leurs raisonnements, leurs nuances les plus ténues… En matière scientifique, je conseille aux sceptiques de consulter les nombreux manuscrits des savants arabes qu’ils trouveront aisément sur la Toile ou dans les musées, au Topkapi d’Istanbul par exemple. Le mouvement des astres, les appareils scientifiques, les règles de l’optique, la circulation du sang dans le corps humain, sont décrits avec un luxe de détails, sans le moindre recours à une autre langue que l’arabe.

Cette propension à détruire une part aussi importante de notre patrimoine doit nous interpeller. Il est vrai que l’état actuel du monde arabe n’est pas de nature à nous remplir de fierté. Mais ce serait indigne de notre part de renier cette dimension de notre être culturel en l’associant au marasme actuel qui la caractérise. Il y a en France des enfants d’immigrés qui refusent de marcher à côté de leurs mères ou grands-mères. Ils sont gênés par leurs fichus, leurs robes trop amples, leurs tatouages sur le front. C’est une forme de déni des origines, de même nature sans doute que celui dont il est question ici.

Il n’y a pas de solution du style « auberge espagnole » qui consisterait à ne prendre dans le passé que les bouts de mémoire qui conviennent à chacun. Il y a une mémoire collective, vieille de plusieurs siècles, qui structure, qu’on le veuille ou non, nos imaginaires. Il faut l’appréhender dans sa globalité et y trouver les points d’appui pour une projection vers la modernité et l’universalité. Nous pourrons ainsi trouver les ressources nécessaires à l’élan collectif qui nous permettra de faire accéder notre pays au rang des nations qui comptent. A défaut, l’addition de nos mémoires boiteuses finira, au mieux par nous installer définitivement dans le monde sous-développé, au pire par faire éclater notre pays et nous jeter sur les routes des exodes…

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 19:53

La langue, essence de l’homme

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Un débat passionné s’est établi en Algérie au sujet de la langue, ou des langues. C’est rassurant. Cela prouve que, de bonne ou de mauvaise foi, les Algériens en ont compris l’importance. En effet, ce sujet est tout sauf technique. Il ne s’agit pas de s’accorder sur le choix d’un simple outil de communication mais de bien plus que cela…
Le premier des commandements du Coran tient dans l’injonction « Lis ! ». La Genèse nous apprend qu’« au commencement était le Verbe ».
Rappelons brièvement les termes du débat. Il y a les tenants de la réhabilitation de l’arabe sous sa forme savante, ceux qui souhaiteraient son abandon au profit de l’arabe populaire (ou parlé, ou dialectal, selon les périodes auxquelles l’on se réfère), enfin ceux qui se prononcent pour un bilinguisme qui se traduirait par un statut identique pour l’arabe populaire et le tamazight. Certains plaident, mais en sourdine, pour le recours au français en avançant les raisons historiques que tout le monde connait.
Certaines suggestions sont apparemment pertinentes. Le recours à l’arabe populaire est de celles-ci. Quoi de plus sensé que de faire de la langue maternelle la langue officielle ? L’arabe populaire a structuré l’imaginaire de la majorité des Algériens, à travers les berceuses des mères, les poèmes du chi3r el Melhoun, les textes du cha3bi, surtout quand ils sont portés par l’inoubliable voix du Cheikh Hadj Mohamed El Anka, les boqalas, les devinettes (el mhadjiates), les contes… Mais quel rapport entre la langue magnifique, suave, qui irriguait ces textes et le sabir actuel, réceptacle odieux des vulgarités empruntées à l’espagnol, au français, parfois même à l’arabe ? Aucun ! Le poète Paul Valéry considère que « la langue est la maison de l’être ». Si nous faisions de cet idiome notre langue commune, nous adopterions ipso facto un gourbi pour y abriter notre être ! Il est intéressant de noter que les poètes populaires, les conteurs, les chanteurs de l’époque, excellaient dans la maniement de la langue savante. C’est ainsi qu’ils ont réussi à donner à celle-ci un digne substitut qui avait réussi à être populaire sans devenir vulgaire. La raison de la dégradation rapide de l’arabe populaire tient sans doute dans le fait que la dégradation de la maîtrise de la langue savante à laquelle il était adossé, de laquelle il procédait, lui a fait perdre sa substance. La maîtrise de la langue savante s’est dégradée en dépit de la généralisation de son enseignement. Celui-ci avait été imposé de manière autoritaire. Il avait été confié à des professeurs locaux qui n’avaient pas été préparés et à des « coopérants » moyen-orientaux. Ces derniers étaient loin de constituer l’élite de leurs pays d’origine. De plus, ils ont largement profité de la position qui leur était offerte pour obscurcir le jugement de nos enfants et leur inculquer des préceptes étrangers à nos traditions. Le résultat a été « brillant » : des générations d’élèves parlant une langue approximative et dressés à refuser la notion même de nuance ! Ce n’est donc pas la langue arabe qui est responsable du piteux état décrit ci-dessus. Ce sont plutôt l’improvisation, l’incompétence, un stupide autoritarisme revanchard, qui ont réussi là où la France coloniale avait échoué, faire de la langue savante un objet de rejet…
Rappelons en effet que la France coloniale contraignait les professeurs d’arabe (Algériens naturellement) à enseigner cette langue comme une langue étrangère, durant la misérable heure hebdomadaire qui lui était consacrée. Les explications et les commentaires étaient donnés en français, les mots étaient dès leur apparition traduits dans la langue du colonisateur. A contrario, le français était enseigné comme une langue maternelle. Il faut rappeler également que le colonisateur faisait la promotion de l’arabe dialectal. Cela devrait suffire au moins à s’interroger sur l’opportunité de chausser les bottes du colon en instaurant le système dont il rêvait et qu’il n’a pas réussi à implanter.
Le tamazight est une langue mère. Ce n’est pas le moindre de ses mérites que d’avoir réussi à se maintenir tout au long des siècles. Il convient de le préserver comme l’un des joyaux de notre patrimoine. A ce titre, il faut éviter qu’il soit un objet de polémique entre les Algériens puisque nous l’avons tous en partage. Son enseignement ne saurait rester cantonné à des régions particulières. Il a vocation à embrasser toute la nation. La question de son statut ne se posera plus quand il accédera au statut de langue nationale, non par la grâce d’un décret, mais par la généralisation de son usage.
132 ans d’acculturation ont produit des dégâts profonds. On ne peut hélas les effacer mais nous pouvons et nous devons nous réapproprier le patrimoine dont nous avons été sevrés. Au premier rang de ce patrimoine figure notre langue, celle dont usait l’Emir Abdelkader quand il sillonnait l’Algérie pour s’adresser à tous les Algériens. Cette langue n’était sans doute guère différente de la langue savante. Elle doit certes s’ouvrir à la modernité en accueillant les innombrables vocables nés du développement technologique. Mais elle possède déjà la complexité, la richesse, qualités qui permettent le débat, alors que la langue actuelle de la rue ne se prête, par son indigence lexicale, qu’à l’affrontement.
Méfions-nous des idées apparemment bonnes. Les Japonais ont été tentés durant l’ère Meiji de simplifier leur langue en la débarrassant des idéogrammes si difficiles à acquérir et à retenir. Ils l’ont fait en essayant notamment d’imposer des alphabets simplifiés. Ils en sont très vite revenus et les idéogrammes ont été rétablis ! La recherche de la simplicité n’est pas toujours un gage de réussite. Si l’on trouve parfois que le chemin est difficile, il faut se demander si ce n’est pas plutôt le difficile qui est le chemin.
Un dernier mot ; il est vrai que l’UNESCO préconise l’apprentissage de la langue maternelle à l’école. C’est sans doute ce qui a conduit la ministre de l’éducation nationale à proposer que, durant les premiers mois de la scolarité de l’enfant, l’enseignement se fasse en arabe dialectal. Elle présente son initiative comme transitoire et elle insiste sur le fait que le but de l’opération n’est pas d’instituer l’arabe dialectal comme langue d’enseignement mais de préparer les élèves à un apprentissage correct de la langue savante. On peut ne pas être d’accord avec cette approche pédagogique, on peut penser à juste titre qu’elle requiert la présence d’un corps enseignant rompu aux deux langues et très bien formé qui risque de faire défaut, mais de là à la présenter comme une manœuvre néocoloniale, c’est faire preuve d’une malhonnêteté qui augure mal des débats futurs…

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