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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 08:31

Election présidentielle : Ce qu’elle révèle de la psychologie d’un peuple

L’élection présidentielle du 17 avril prochain ne ressemble à aucune autre. Celles qui l’ont précédée étaient marquées par la fraude, la fermeture du champ médiatique, la mise au service d’un candidat déterminé de l’appareil administratif… Méthodes certes condamnables mais ayant l’immense mérite de faire partie d’un arsenal connu, donc rassurant, celui dans lequel puisent les régimes autoritaires pour se perpétuer. Il est toujours rassurant en effet de constater que ce que l’on vit n’a rien d’inédit et que, si pesante soit-elle, la dictature, y compris dans sa version « soft », peut être combattue par des moyens éprouvés ailleurs.

L’élection à venir nous emmène en terra incognitae, une terre inconnue, inexplorée, hormis par des romanciers dotés d’une imagination hors normes, tel Garcia Marquez dans « l’Automne du patriarche ».

Comme dans ce roman, dont le caractère foisonnant interdit toute possibilité de résumé fidèle, notre président-candidatne se laisse plus réduire à l’analyse. Il a quitté le monde de la politique pour intégrer celui de la symbolique d’une paternité qui défierait l’éternité. Il nous offre son corps moulu, figé, sans voix, en échange de notre acceptation du tragique de l’histoire. Il nous invite à ralentir avec lui notre pas déjà si lourd qui nous mène vers l’abîme. L’immobilité qu’il nous donne à voir, il la préconise pour nous-mêmes. Il nous laisse entendre que le terme est écrit, que la seule possibilité est de retarder l’échéance, en observant le ballet de ses courtisans-creuseurs qui sont à l’œuvre pour la façonner.

Ce qui est frappant, en réalité, c’est l’absence de la politique…

Certes, le mot « politique » est polysémique. Dans son sens le plus noble, il concerne tout ce qui concourt à la structure et au fonctionnement d’une communauté humaine ; ses actions tendent à préserver l’équilibre et le développement du groupe. Ce vocable désigne également ce qui a trait à la pratique du pouvoir, l’organisation de sa conquête ou de son maintien. Les enjeux sont essentiellement liés aux représentations, le but de l’animal politique étant de convaincre le peuple qu’il est le plus à même de l’incarner, de le servir. Qui pourrait prétendre que le théâtre d’ombres auquel nous assistons depuis un demi-siècle pour l’accès au pouvoir répond à ces définitions ? Le bon sens paysan distingue depuis longtemps la politique de sa caricature locale, la « Boulitique ».

Cette absence n’est pas seulement le fait du pouvoir ni de ce qui tient lieu d’opposition. Elle est également le fait de la société, ou plutôt du groupe. En effet, le mot société renvoie à l’idée d’un ordre, de lois écrites ou non écrites, à un cadre dans lequel chacun de ses membres accepte d’inscrire ses doléances, ses ambitions… Rien de tel dans notre pays. Les membres du groupe privilégient la recherche personnelle de remèdes à des problèmes (qu’il partage pourtant avec le plus grand nombre !) et un désintérêt marqué pour l’activité collective, ce désintérêt allant jusqu’à l’abandon de toute velléité de peser sur le choix de ses « représentants » au pouvoir. Il arrive parfois que le groupe se ressoude. Le plus souvent hélas, c’est pour se livrer à une révolte dont le seul aliment est la fureur, la seule finalité la destruction.

Et si nous nous aventurions sur le terrain risqué de la psychanalyse, non pas pour éclairer la personnalité de notre président ou de son entourage, mais pour tenter d’identifier en nous la matrice qui arrive à produire ces scénarios improbables ? Comprendre comment nous acceptons que celui qui fait mine de nous demander nos voix nous méprise au point de décréter « inutile » de faire campagne, garde le silence, tapi dans les plis du lit qu’il ne doit plus guère quitter ?

J’en appelle à ton indulgence, cher lecteur. Le domaine de la psychanalyse est d’une grande complexité. Je ne saurais la rendre dans ce modeste exposé. Toutefois, il y a plusieurs niveaux de lecture et de compréhension possibles. Peut-être qu’une approche à l’ambition modeste serait-elle de nature à donner quelque éclairage sur la situation que nous vivons ? Surtout, interrogeons-nous sur la pertinence de l’application des concepts de la psychanalyse moderne à nous-mêmes. Souvenons-nous que ces concepts ont été élaborés en Europe, que leurs objets d’étude étaient des citoyens européens, héritiers de traditions culturelles séculaires, libres de créer, libres d’innover, libres aussi d’asservir ou de massacrer des peuples moins avancés tels que le nôtre !

Nous ferons appel à deux figures de la psychanalyse moderne, deux figures qui s’opposent et se complètent, celles de Freud et de Jung.

Freud d’abord…

Il est le théoricien des trois instances de la personnalité.

Le Ça est le siège de l'inné, des pulsions. On dit le<, comme on désigne une chose avec un rien de mépris, une chose qui ne mérite pas d’être nommée. C’est notre part d’animalité, celle qui nous pousse à la violence et à la colère. Après une réaction épidermique qui se traduit par une flambée de violence,  il est coutume d’entendre son auteur dire : «Ça a été plus fort que moi ».

Le Moi est le maître de la décision. Il reçoit les signaux du Ça qui l’incitent à la colère, à l’agressivité, toutes sortes de réactions primaires. Bien que nous ne passions jamais à l’acte, quand on dit à quelqu’un « je vais te tuer », c’est le Ça qui parle. Si nous ne passons pas à l’acte, c’est parce que notre Moi doit tenir compte de la volonté du Surmoi. Le Surmoi est le siège de l'acquis, le résultat de ce que nous apprenons tout au long de la vie et d’abord, des interdits, de la règle, de la morale. Le Moi doit ainsi, tout en recherchant en permanence son intérêt, ne pas donner libre cours à l’élan du Ça qui le ferait verser dans une violence aveugle. L’arbitrage entre le Ça et le Surmoi donne ainsi le citoyen lambda, policé, social... Il n’a même pas besoin d’avoir une conscience. Le Surmoi en tient lieu, une prothèse de conscience, dixit Freud. C’est lui qui fixe les frontières, les interdits universels tels que le cannibalisme ou l’inceste.

Le surmoi, souligne le psychanalyste, «est le descendant du surmoi de nos parents ». En clair, nous transportons avec nous l’ensemble des interdits inconsciemment véhiculés dans et par notre famille, mais aussi par la société, par les modèles que l’on se donne…

Autre notion, due à Jung, celle de l’inconscient collectif. C’est, en quelque sorte, la mémoire commune à toute l’humanité ou, plus simplement, à un groupe.On l’appelle inconscient parce qu’il ne s’exprime pas, ne se manifeste pas directement. Il se dissimule au creux de chaque être. Il est le lien entre communautés ayant connu des cohabitations séculaires. Il n’est pas en avant plan, ni même en arrière-plan de nos pensées.

Le conscient se construit depuis l’enfance, par l’intermédiaire de notre entourage familial, notre éducation, nos convictions religieuses, notre milieu social… Il évolue en permanence, tout au long de la vie. Ce façonnage permanent nous conduit à abdiquer de plus en plus notre individualité et notre sens critique, pour nous conformer au modèle ambiant. Nous nous diluons de plus en plus en refoulant chaque jour davantage le Soi, c’est-à-dire ce qui constitue notre caractère propre, notre personnalité véritable, celle dont nous surveillons les débordements éventuels. Faire émerger le Soi de nouveau nécessiterait  un abandon de l’égo et de la multitude de personnalités auxquelles nous nous identifions, ou plutôt auxquelles le Moi s’identifie quotidiennement. Lorsque l’inconscient retrouve sa primauté, qu’il fait advenir la personnalité réelle, on découvre parfois que cette personnalité est aux antipodes de celles qu’on affiche habituellement. Le timide soumis, qui se fait tout petit dans le cercle de ses collègues de travail, peut se muer en dictateur autoritaire dès qu’il rentre à la maison. En fait, toute la frustration qu’il accumule au bureau, du fait de sa position inférieure, se transforme en puissance autoritaire sitôt franchie la porte de son domicile.

Quid de l’Algérien ?

Dans quel état est notre Surmoi ? Rappelons qu’il s’agit de notre gendarme intérieur, celui qui contrôle nos pulsions, qui réfrène notre violence et qu’il indique au Moi la démarche qui nous permettra de vivre en société en nous pliant à la règle commune. Le Surmoi s’acquiert, rappelons-le encore, par l’éducation, la morale, la soumission à une loi commune. C’est grâce à son arbitrage permanent que nous pouvons vivre ensemble. De quoi notre Surmoi a-t-il été nourri ? Contrairement aux Européens qui disposent de vieilles nations dont la pérennité n’a pu être assurée que par celle du vivre-ensemble, lui-même tributaire de la liberté d’expression adossée à un socle commun de valeurs, nous avons une histoire, au moins dans les cinq derniers siècles, faite de soumission, de dévalorisation. De ce fait, nous n’avons pas réussi vraiment à constituer cette communauté de destin si nécessaire au développement des nations. Nous nous comportons ainsi comme une communauté de hasard, dans laquelle chacun essaie de trouver son viatique, y compris en empiétant dans les terres du voisin. Tout se résume à un problème d’atrophie du Surmoi que nous masquons derrière des rodomontades. Le Ça, libéré de la supervision d’un Surmoi attentif, règne en maître et dicte sa loi au Moi.

Circonstance aggravante, l’inconscient collectif, cet élément invisible mais indispensable de l’unité des groupes, nous sépare. Tapi au fond de nous-mêmes, il nous rappelle les siècles de misère, de servage, d’inexistence. C’est cet inconscient qui nous commande d’une voix sourde de renoncer encore et toujours, qui nous rappelle que nous ne sommes pas capables de progresser, que nous sommes tout juste bons à vivre sous la botte. C’est lui qui parle par la bouche de ceux, trop nombreux, qui appellent de leurs vœux le retour de la coloniale, qui évoquent avec nostalgie l » temps béni de l’occupation française…

Nous avons besoin de retrouver le chemin de l’estime de nous-mêmes, de retrouver dans notre histoire des éléments de gratification qui nous engageront à nous investir enfin dans l’aventure du développement de NOTRE pays, et ne plus se contenter de se comporter comme des passagers temporaires, venus au gré du vent et qui disparaissent sans jamais laisser le moindre trace...

 

Réfléchissons-y !

 

Brahim Senouci

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