Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 17:58

Brahim Senouci et fier de l’Être

Par Ahmed Saïfi Benziane
 

« Le Caméléon Albinos » empruntant les couloirs assombris des « mémoires d’un colonisé » se décline  priori comme un journal de souffrances. Un livre qui se lit dans le sens qui sied au lecteur avec plusieurs toiles de fonds, chacun selon ce qu’il compte faire de sa généalogie.

Un livre que Brahim Senouci dit avoir écrit pour lui-même, pour ses amis et pour adoucir le cours du temps selon la formule de Borges. Cette réédition aux « Editions Mille-feuilles » de Mai 2010, faisant suite à la première par l’Harmattan en 2008, peut être considérée comme une récidive de l’enfant de Mascara, qui a fait le serment de traverser la vie en y semant des graines de vérité, sur des chemins qui montent, de passerelles en passerelles.

Passerelles entre un passé confisqué et un avenir qu’il faut désormais recherche dans les yeux d’un enfant, ouverts sur une guerre contre la raison d’abord. Dès son prologue l’auteur se défend d’une quelconque complexité propres aux livres d’Histoire et aux historiens faiseurs de mots mesurables par l’épaisseur des dates et des faits. Il annonce dès les premières lignes : « je ne suis pas historien. Je suis juste Algérien», comme pour hypnotiser toute interprétation malsaine, qui fait le lit de nos mœurs destructrices à chaque fois qu’une œuvre éclaire le chemin des sentinelles. Comme lui.

A Chaque fois qu’un « Je » succombe à la gravité humaine. Ombres qui nous guettent pendant qu’à l’unisson, nous courrons vers nulle part encombrés de mensonges. Fardeaux des temps, qui ne laissent  à la paix  aucune âme pour vivre. Mensonges sur ce 8 Mai 1945, martelé au fur et misère des mouvements d’une société plusieurs fois tuée et vivante pourtant.

Furtives promesses d’un lendemain meilleur à quelques indigènes que le sort a jeté sous les pieds d’un plus fort, alors qu’en leurs mémoires le bruit de l’ascendance ne doutait plus de leurs ombres. L’indigène avait-il donc une mémoire à brandir sous forme d’emblème ? Malheureusement pour tous les porteurs d’armes à feu et de la force. Malheureusement pour eux. Violences comme seule réponse. La seule. Morts par milliers de milliers. Par villages entiers au bout de quelques grottes ou au fonds de la terre qui pleure au-dessus, ce que ses entrailles engloutissent.

Colonialisme ou fausse indépendance crachés au visage de « nous autres » par d’autre que nous. De ce caméléon à la danse macabre qui glisse entre les pages de l’ouvrage de Brahim Senouci, Stéphane Hessel auteur de la préface  s’interrogera s’il s’agit « d’un passé lointain qu’il faut aujourd’hui oublier ou faire disparaître dans les replis de l’Histoire.» Par delà la Physique qu’il enseigne à Cergy-Pontoise, Brahim tire quelques vecteurs qu’il transforme en histoires vraies où se mêlent même quelques secrets de famille, juste pour nous éviter de pleurer tout le temps ses amis disparus, les nôtres aussi, par dignité, par amour, par sincérité de ceux de plus en plus rares, qui ont quelques dires à transmettre, quelques générosités à faire revivre avec pour seule compagne une mémoire qui refuse l’oubli.

Par devoir ? Par empreintes ineffaçables qui collent à la peau? Parfois proche d’un Fanon ôtant les masques blancs du colonialisme, parfois religieusement kafkaien, souvent lui-même, l’auteur du « Caméléon Albinos » se plaît à raconter ses souvenirs d’enfance et ses souffrances d’adultes entre la ville de  l’Emir et celle d’un Oran du temps où quatre lettres seulement suffisait à sa grandeur. Du temps où il faisait bon y vivre, où l’air était air, malgré quelques poussières accrochées à nos barbes. Journal d’un fou ? Pourquoi pas ? Un fou d’une Algérie plurielle, belle de tous ses sourires, fleurissant jusqu’en ses déserts, partant chaque fois à sa propre reconquête. Celle de son nom, Djazaïr.

Poursuivant le combat contre l’omission d’être soi avant que d’être, avant de naître enfin. En écrivain de la foi Brahim se soucie peu de l’ordre des évènements et raconte au gré de son inspiration l’Histoire du crime contre l’Humanité depuis ce fameux débarquement de hordes sauvages, venues décivilisés les pauvres barbares que nous étions.

Il revient souvent sur  ce 8 mai 1945 pour tester notre capacité à le suivre, considérant peut-être que nous sommes toujours assis à la même classe, malgré les différences que le temps a creusées. En écrivain de la foi ce colonisé exilé par amour pour son pays, vivant en terre des autres, conscient des enjeux de son siècle et de la trahison de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, occupe chaque espace laissé vide par les oublis et que tentent d’occuper les prédateurs des valeurs.

Il crie plus fort pour se faire entendre et sait poser les balises d’un débat sérieux au bout duquel justice ne peut que se refaire. En quelques phrases il résume parfois par la dérision quelques situations sans lesquelles l’Algérie aurait été différente. Voire meilleure. Il n’hésite pas à reconnaître la valeur d’hommes et de femmes qui avaient le choix entre fuir et disparaître et qui ont pourtant  ont choisi le sens de  la vérité.

Le seul qui mène aux lumières malgré les ruses du caméléon avec la nature au point de perdre la richesse de ses multiples pigmentations. Conçu et mis en page par Hakim Manâa, ce livre de 162 pages nous renvoie chacun à son propre roman, à ce qu’il a vécu par sa chair ou par ouï dire sans haine, sans véritable désespoir.  Juste  pour dire qu’il n’a jamais quitté l’Algérie ou  alors qu’elle ne l’a jamais quitté. Juste pour que les mémoires d’un colonisé échappe aux mains du colonisateur. Comme cela a toujours été le cas. Dont livre.                  

A.S.B

Partager cet article

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Brahim Senouci
  • Le blog de Brahim Senouci
  • : Billets d'humeur
  • Contact

Recherche

Liens