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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 10:28

Mandela, Palestine, Algérie...

 

Le Quotidien d'Oran, 19 décembre 2013

Un mot sur Mandela tout de même. Que dire de plus qui rajouterait quelque chose au concert planétaire de louanges ? D’abord, ceci, sur le concert lui-même. L’Histoire retiendra cette séquence comme un summum de l’hypocrisie des nations. On ne va pas citer toutes les pleureuses, il y en a vraiment trop. Contentons-nous de Bush junior, vous savez, ce paisible retraité étasunien qui, sur la base d’un mensonge avéré, a provoqué la mort de centaines de milliers d’Irakiens et la disparition à terme de leur pays. Citons également les dirigeants israéliens soulignant la mort d’un « homme de justice et d’un esprit libre », sous le regard du million et demi de Gazaouis qui vivent aujourd’hui dans le plus grand camp de concentration de l’Histoire. Citons Obama. A juste titre, il tient Mandela pour celui à qui il doit son élection. Rendez-vous compte, doit-il se dire, je peux bombarder des innocents en Afghanistan ou ailleurs, je peux appuyer Israël dans son mépris du droit international, je peux refuser de renégocier les termes d’un échange très inégal, je peux veiller au bien-être de mon peuple quoi qu’il en coûte d’injustice vis-à-vis des autres peuples, tout comme un Blanc ! Salut, les Texans… Par charité musulmane, tirons un voile pudique sur cet ancien président français qui avait discouru à Dakar sur « l’homme noir (qui) n’est toujours pas entré dans l’Histoire » et qui déclare être venu à Soweto pour se recueillir devant la dépouille d’un personnage historique. Un mot, tout de même, sur Nelson Mandela. Tous les qualificatifs ayant été utilisés, peut-être pourrait-on souhaiter que son rêve se réalise, ce qui n’est pas le cas pour le moment. En effet, pour éviter la guerre civile, Mandela avait choisi d’accepter un compromis aux termes duquel, si le pouvoir politique devait revenir aux Noirs, le pouvoir économique et financier devait rester aux mains des Blancs. La situation actuelle en Afrique du Sud reflète cette réalité. Les bidonvilles et la misère sont le quotidien de l’écrasante majorité des Noirs. Nelson Mandela connaissait cette réalité mais son pari était que le développement et la prospérité économique finiraient par concerner l’ensemble de son peuple. C’est cela qui constituerait la victoire de Mandela.

Je n’ai jamais été d’accord avec Eric Zemmour, jamais. Ce miracle s’est enfin produit. Réagissant aux propos de Hollande affirmant que les raisons de l’engagement de la France en République Centrafricaine étaient exclusivement humanitaires (« Il fallait sauver des vies humaines »), Zemmour fustige l’hypocrisie en sommant le Président d’avoir le courage de déclarer qu’il intervenait au nom des intérêts de la France.  Pourquoi diable, au contraire des leaders anglo-saxons, les dirigeants Français mettent-ils en avant des considérations auxquelles personne ne croit ? Il y a quelques années, Jacques Julliard, alors chroniqueur sur LCI, évoquait la « mission civilisationnelle » de la France. Mais qui a donc lui a confié une telle mission ?

Il paraît que des élections présidentielles vont se tenir en Algérie en avril 2014. Le conditionnel est de rigueur. Il y certes des gens qui s’agitent en coulisses mais, à quelques mois de la date prévue, point de candidats officiels, encore moins de débats, une presse quasi muette sur le sujet faute de grain à moudre… Ainsi va notre pays, insoucieux des échéances, laissant au destin la charge de les traiter.

Algérie encore, et un soupçon d’Afrique du Sud et de Nouvelle-Zélande (non, il ne s’agit pas de la Coupe du Monde de rugby !)… Sarah Baartman est née en Afrique du Sud en 1789. Elle a vécu esclave dans une ferme avant d'être vendue comme attraction au début du XIXe siècle. Elle avait en effet des caractéristiques sexuelles qui en faisaient un monstre de foire et lui ont valu son célèbre surnom de Vénus Hottentote. Après sa mort à Paris, en 1815, son squelette, ainsi qu’un moulage de plâtre reproduisant ses parties génitales furent exposés au Musée de l’Homme et servirent à illustrer les idées racistes en vogue à l’époque, professées notamment par Cuvier. En 1974, le squelette fut relégué dans les réserves du musée, suivi deux ans plus tard par le moulage. En 1994, sous la présidence de Nelson Mandela, les autorités Sud-Africaines exigèrent la restitution des restes de Sarah Baartman afin de lui offrir une sépulture et lui rendre ainsi sa dignité. Cette demande se heurte d’abord à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l'État et de la science. En 2002, la France accède enfin à cette demande. Sarah Baartman repose désormais chez elle… Signalons qu’une affaire similaire s’est soldée de la même manière. Des têtes momifiées de Maoris, exposées dans plusieurs musées de France, ont été rendues à la Nouvelle-Zélande pour y bénéficier d’une sépulture décente.

Un historien Algérien, Farid Belkadi, a découvert que des restes mortuaires de dizaines de résistants algériens à la colonisation française, se trouvent au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris. Parmi eux, se trouvent des gens illustres tels que Cheikh Bouziane des Zaâtchas, Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif “Boubaghla” et son lieutenant Aïssa Al-Hamadi, ainsi que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, compagnon de lutte de l’Emir Abdelkader. Une pétition a été lancée récemment pour exiger de la France la restitution de ces restes à leur pays. L’Algérie officielle, au contraire des autorités Sud-Africaines et Néo-Zélandaises, se tait…

 

Sur l’essentialisme. Des tribus papoues de Nouvelle-Guinée n’ont eu aucun contact avec la « civilisation ». Le premier s’est produit il y a quelques dizaines d’années. Depuis, ces tribus ont accompli un cheminement que l’Europe a mis cinq millénaires à accomplir. Ils sont passés directement de l’âge de pierre à l’ordinateur. Dans ces tribus, de jeunes et brillants informaticiens ont des parents qui, dans leur jeunesse, fabriquaient des outils en pierre… Quid des mutations génétiques, que certains déclaraient nécessaires, pour passer à l’étape du développement ?

Palestine. Il y a une démangeaison qui atteint périodiquement les leaders occidentaux. Elle se traduit par les mots de « processus de paix » et de « retour à la table des négociations ». Dans l’incapacité de peser sur Israël, ces mêmes leaders pressent les Palestiniens d’« arrêter avec les préalables », ce qu’ils font en général. Arrêter avec les préalables signifie, dans l’esprit des leaders (qui étaient tous à Soweto !), laisser Israël coloniser tranquillement la terre qu’ils sont censés rendre à ses propriétaires aux termes des négociations susdites. Que font les Palestiniens ? Ils s’inclinent, comme de juste. Il y a des ordres sans doute plus discrets qui leur sont adressés et auxquels ils obéissent avec la même humilité. Souvenons-nous : il y a un an presque jour pour jour, la Palestine accédait à l’ONU au rang d’Etat « non membre ». Les sceptiques manifestaient leurs doutes quant à l’utilité de ce « succès ». Les enthousiastes répondaient que ce nouveau statut permettait à la Palestine d’accéder aux agences de l’ONU, dont la sacro sainte Cour Pénale Internationale. Les généraux israéliens allaient voir ce qu’ils allaient voir. Les statuts de la CPI prévoient une petite (mais obligatoire) formalité pour accéder à ses services, la signature par l’Etat candidat du Statut de Rome. Les statuts prévoient également qu’en tout état de cause, la CPI ne pourra se saisir que des faits intervenus après la signature de ce fameux Statut. En bien, l’Autorité Palestinienne ne l’a toujours pas signé ! Les enthousiastes, bien moins nombreux qu’il y a un an, interprètent cette « omission », en reconnaissant son caractère volontaire, comme une bonne manière faite aux Israéliens pour donner toutes ses chances au « processus de paix ».

Pour finir, que l’on me permette de ressortir de l’oubli ce petit texte que j’avais commis il y a cinq ans, lors d’une nuit d’insomnie :

Fiction (vraiment ?)

En 2006, les Pales­ti­niens occupent Gaza, Kal­kilya, Tul­karem, Naplouse, Jénine, Bethléem, Jéricho, Ramallah et Hébron. Ce scandale soulève l’indignation du monde, en par­ti­culier de l’Europe, ce vieux (in)continent. En plus, d’effrayants barbus ont pris les com­mandes et refusent de négocier avec l’homme de la paix, Ariel Sharon.

De toutes parts, on entend le même cri : Il faut sauver le soldat « pro­cessus ». Il faut que le pro­cessus continue. Il faut que Ariel puisse dis­cuter avec Sharon, Avi avec Pazner, Ehud avec Olmert, Shimon avec Shimon. Déjà, l’Europe menace les Pales­ti­niens, par la voix de son repré­sentant italien : « No pro­ces­sousso, no sousso ».

En 2045, les Pales­ti­niens occupent un quartier de Jénine. Ce scandale soulève l’indignation… En plus, ils veulent ouvrir leurs fenêtres le soir, des fenêtres qui s’ouvrent vers l’extérieur, rendez-​​vous compte, empiétant ainsi sur l’espace aérien d’Israël ! L’Europe finance la pose de fenêtres qui s’ouvrent vers l’intérieur et menace les Pales­ti­niens par la voix de son repré­sentant letton : « Niet pro­cesski, niet sousski ».

Des négo­cia­tions s’ouvrent entre Israël et l’Etat juif. Les par­te­naires pro­mettent de libérer, dans un geste de clé­mence, Marwan Bar­ghouti, à l’occasion du cinq cen­tième anni­ver­saire de la nais­sance de Herzl. Ils pro­mettent d’engager une négo­ciation de 25 ans, aux termes de laquelle suc­cé­derait un dia­logue d’un siècle et demi pour jeter les bases d’une approche pru­dente de la rédaction d’un pro­logue de 3.000.000 de pages, pro­logue que chaque pales­tinien devra natu­rel­lement apprendre par cœur et recto verso, qui pourrait éven­tuel­lement déboucher, si les condi­tions sont réunies et si la météo est bonne, sur une période d’observation d’un mil­lé­naire à l’issue de laquelle, si nul incident n’est constaté, réunir Benyamin avec Neta­nyahu pour décider de dire un petit bonjour aux Pales­ti­niens à travers un hygiaphone.

Hélas, un plan de paix de cette audace ne verra pas le jour. L’armée israé­lienne vient d’abattre un ter­ro­riste pales­tinien qui était en pos­session d’armes de des­truction mas­sives achetées en Chine et en Turquie. Il en avait tout un poulailler ! (Souvenons-nous, à l’époque, sévissait la peur du virus H5N1, dont les vecteurs de propagation étaient censés être les volatiles, sauvages ou domestiques).

Ce retard causa une légère contra­riété aux Pales­ti­niens, ce qui choqua l’émissaire de l’Europe, un Anglais, qui leur dit « God save the pro­cessus. If he does not, vous pouvez vous l’accrocher pour le pognon ».

En 3219, les Pales­ti­niens occupent un immeuble de 12.000 étages, avec une emprise au sol de 1 mètre carré. L’Europe en a financé la construction et Israël a laissé faire contre l’engagement qu’aucun ascenseur n’y serait ins­tallé. C’est bien connu que les ascen­seurs, pouvant servir de base de lance-​​roquettes, repré­sentent un grave danger pour la sécurité d’Israël. David, en accord avec Lévy, a accepté que s’ouvre un nouveau round de négo­cia­tions entre Golda et Meïr. La séance, retransmise en direct sur TV-​​Spirite, aboutit au gent­leman agreement suivant : Des négo­cia­tions pour­raient s’ouvrir si les Pales­ti­niens déclarent recon­naître Israël, sans tré­bucher ni marquer un arrêt entre le « Is » et le « raël », s’ils récitent la Torah d’un trait sans res­pirer, s’ils réus­sissent à cacher leurs sourcils sous leur lèvre infé­rieure. Pas de chance, Rajoub venait de se les faire épiler, ce qui entraîna un nouveau retard de 14 mil­lé­naires. La Ligue Arabe propose une nor­ma­li­sation totale à Israël et l’érection d’une statue de Ben Gourion dans toutes les villes arabes de plus de trois habi­tants en échange d’un hectare pour les Pales­ti­niens. « Pffff », répond Arik.

En 24.153, les Pales­ti­niens occupent un piton rocheux de 14 cen­ti­mètres carrés, tous juchés sur les épaules de Abou Mazen. Ce dernier a dû d’ailleurs rac­courcir son nom, trop grand pour le ter­ri­toire. C’est ainsi qu’il est devenu « Zen », très zen. « Bof, a-​​t-​​il coutume de dire, tant qu’il y a du pro­cessus, il y a de l’espoir ». Cette situation cause quand même une cer­taine gêne pour les Pales­ti­niens. Il sem­blerait même qu’un léger doute com­mence à s’insinuer dans cer­tains esprits mal tournés sur la finalité du pro­cessus. Ces réserves arrivent aux oreilles du repré­sentant de l’Europe, déclen­chant sa fureur. C’est un Français, nommé par Ville de Per­lim­pinpin pour détruire le réacteur nucléaire Osyraks qui menace Paris. C’est aussi un pur produit de la dis­cri­mi­nation positive. Il hurle : « Makache pro­ces­souze, makache flouze ».

En 45.123, les Pales­ti­niens occupent la barbe du cheikh Yacine. Chaque famille occupe un poil. La classe cor­rompue s’est ins­tallée dans la mous­tache. On y est plus à l’aise et il y fait meilleur. Les tra­cas­series ne manquent pas. Pour rendre visite à son cousin qui habite la rive, pardon la joue droite, un habitant du menton doit faire un long périple, passer par le cou, remonter sur la nuque, tra­verser l’occiput, glisser pré­cau­tion­neu­sement le long des sourcils, épouser l’oreille, se tenir à son lobe, et de là, sauter en para­chute en visant bien le poil d’arrivée. Durant le voyage, il faut veiller à éviter les bar­rages de l’armée israé­lienne tels que grains de beauté, verrues, naevi…

Un soir, des Israé­liens ont tendu une embuscade à Cheikh Yacine. Ils l’ont capturé, emmené dans une cabane, ligoté, assis sur une chaise. Au petit matin, de la cabane, sor­taient des volutes d’after shave qui venaient se mêler au parfum du chèvre­feuille. La Palestine venait d’être rasée. A suivre.

L’Europe : _​Comment ça, à suivre, puisqu’il n’y a plus de Pales­ti­niens ? Bush : _​Et alors, où est le pro­blème ? Est-​​ce que le pro­cessus a besoin d’eux ?

L’Europe : _​Non Bush : _​Alors, on continue puisque le pro­cessus continue, même sans partenaire !

 

 

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Published by Brahim Senouci
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