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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 12:33

Les conclusions définitives du Tribunal Russel sur la Palestine

 Stephane_avec-jury.jpg
 
Bruxelles, mars 2013. Les échos de la dernière session du Tribunal Russell sur la Palestine s’estompent. C’est la fin (provisoire !) d’une formidable aventure. Il se trouve que ce terme coïncide avec la mort de Stéphane Hessel, Président du jury et âme de ce combat pour une Palestine libre. Comme à l’accoutumée, nous devions faire route ensemble, dans le Thalys qui relie Paris à Bruxelles. Comme d’habitude, notre coordinatrice dévouée avait préparé nos billets de train et me les avait confiés. Nous devions comme d’habitude nous retrouver à la Gare du Nord au café de l’Alizé pour siroter une boisson fraîche avant de retrouver notre compartiment. C’est l’unique indélicatesse qu’il commettait à mon égard, celle de manquer ce rendez-vous devenu routinier. J’ai voyagé sans lui, enfin pas tout à fait, puisque sa présence était devenue si familière qu’il me semblait la percevoir encore. Craignant qu’un contrôleur ne la détecte, j’avais pris la précaution de me munir de son billet de train…
Dernière session du Tribunal donc. En fait, il s’agissait d’une réunion de synthèse. Il fallait dégager les conclusions définitives des quatre sessions précédentes qui s’étaient tenues à Barcelone, Londres, au Cap et à New York. Le jury se réunit samedi pour y mettre la dernière main. Il y a là Angela Davis, militante noire du mouvement des Black Panthers, Mairead Maguire, Prix Nobel de la Paix, Roger Waters, fondateur des Pink Floyd, Ronald Kasrils, militant juif sud-africain, ministre de la Défense du premier gouvernement post-apartheid, Michael Mansfield, militant britannique des Droits de l’Homme, avocat, Président de the Haldane Society and Amicus, John Dugard, Professeur de droit international, ex rapporteur pour la Commission des Droits de l’Homme et la Commission du Droit International  de l’ONU, José Antonio Martin Pallin, magistrat émérite à la Cour Suprême espagnole, Cynthia McKinney, ancienne membre du Congrès des Etats-Unis et ancienne candidate aux élections présidentielles étasuniennes de 2008, Miguel Angel Estrella, pianiste, ambassadeur argentin auprès de l’UNESCO, Dennis Banks, activiste and écrivain, cofondateur de l’American Indian Movement, Manquent à l’appel pour cause d’empêchements majeurs Alice Walker, poétesse et romancière étasunienne (La couleur pourpre !),  Gisèle Halimi, avocate célèbre, ancienne ambassadrice française auprès de l’UNESCO et… Stéphane.
Les conclusions définitives sont adoptées. En voici un bref aperçu. Le lecteur intéressé pourra les avoir en intégralité sur le site du Tribunal (www.russelltribunalonpalestine.com).
Le Tribunal rappelle les violations du Droit international commises par Israël en les détaillant par le menu. Il met en lumière les complicités des Etats (Etats-Unis et certains Etats d’Europe), des organisations internationales (Union Européenne et ONU, et de certaines entreprises multinationales. Ces violations israéliennes et les complicités qui ont permis à leurs auteurs de les commettre et de les poursuivre dans l’impunité ne font pas simplement l’objet d’un inventaire. Elles sont adossées à un corpus juridique extrêmement précis, des rapports d’expertises et des témoignages très rigoureux.
Deux points ont été plus particulièrement débattus, la question de l’apartheid et celle du sociocide.
Israël a été reconnu définitivement coupable du crime d’apartheid. Il ne s’agit pas d’une accusation formulée à la légère. Il existe une Convention pour la répression et l’élimination du crime d’apartheid, défini comme crime contre l’humanité. Cette convention a été adoptée par l’ONU en 1976. Elle a connu le même sort que la convention sur l’élimination et la répression du crime de génocide, adoptée en 1948, dans l’immédiat après-guerre.
La question s’est posée au Tribunal de la grille de lecture de la stratégie israélienne vis-à-vis des Palestiniens. Le jury a reconnu le caractère systématique des violations commises et a reconnu également qu’elles semblent obéir à un plan d’ensemble. La question du sociocide s’est alors posée. Cette notion, que nous devons à Salah Abdeljawad, sociologue palestinien, décrit la manière dont un occupant s’attache à détruire la société qu’il a soumise en défaisant les liens entre ses membres. Il est apparu de manière assez claire qu’un processus de cet ordre était à l’œuvre en Palestine. Notre ambition était d’en faire une lecture approfondie qui aurait pu déboucher sur une convention du même type que celles sur le génocide et sur l’apartheid. Rappelons que c’est en vertu de la Convention sur l’apartheid que l’ONU a pu ordonner le boycott de l’Afrique du Sud et que les Etats membres ont dû s’y plier. L’Etat d’Israël, déjà à ce moment-là, était l’Etat qui bafouait le plus cette convention. C’est ce boycott généralisé qui a permis la chute du régime d’apartheid sud-africain. C’est la convention sur le génocide qui a permis de juger les assassins rwandais.
Malheureusement, le jury dans sa majorité a considéré que les choses n’étaient pas encore mûres pour qu’un texte susceptible d’être adopté par les Nations Unies soit adopté. Nous avons convenu de poursuivre le travail dans cette direction. Nous espérons être à même de faire une proposition sérieuse dans quelque temps et demander aux pays qui ont voté pour l’admission de la Palestine comme Etat non membre à l’ONU, de peser pour qu’une convention sur le sociocide soit adoptée. Un mouvement pourrait alors s’enclencher et amener à un boycott estampillé ONU, qui pourrait donner une tout autre dimension à la campagne BDS (boycott, Désinvestissement, sanctions) qui a cours, notamment en Europe.
Le soir précédant la conférence de presse, on m’a demandé de rendre hommage à Stéphane Hessel. J’ai rappelé l’homme, le résistant, le citoyen qui avait gagné sa liberté en renonçant à l’argent et aux honneurs. Sa qualité principale était sans doute la bonté. J’ai rappelé ce vers, issu de « la jolie rousse, poème d’Apollinaire qu’il affectionnait particulièrement : « Nous voulons explorer la bonté, contrée énorme où tout se tait. » Miguel Angel Estrella s’est alors installé au piano pour un ultime concert à la mémoire de son ami défunt.  
 
 
Brahim SENOUCI

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