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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 23:26

Le balcon de Blaise (2)

Mohamed est un colosse au visage rond qui dissimule ses yeux plissés derrière d’énormes verres de lunettes. Employé d’une entreprise publique, il n’est pas surchargé de travail. Le plus clair du temps, il le passe à réfléchir au moyen de s’enfuir du bureau sans alerter ses supérieurs. Il a trouvé un accord avec ses collègues, accord aux termes duquel ils pourront s’esquiver à tour de rôle, ceux qui restent étant chargés de couvrir l’absence des autres. Un jour, il a considéré que son tour tardait à venir. Il a réuni ses collègues et, d’un ton sans réplique, leur a dit qu’ils pouvaient tous aller à la plage le lendemain et qu’il se faisait fort de les couvrir. Quelle aubaine, se dirent-ils. Pour le remercier de sa générosité, ils permirent à Mohamed de partir dès le début de l’après-midi. Après son départ, ils échangèrent force réflexions sur la grandeur d’âme de leur compagnon puis le silence s’installa, rompu de temps à autre par l’arrivée d’un client importun. L’un d’eux brisa le silence. Il déclara que l’attitude de Mohamed lui semblait étrange. Il était vrai qu’il ne les avait guère habitués à tant de largesses. Le doute s’insinua dans les esprits. « Il y a anguille sous roche », dit un deuxième. « Il nous cache quelque chose », renchérit un troisième. « S’il veut nous voir partis demain, c’est qu’il doit y avoir une zerda, un festin, et il n’a pas envie que nous soyons de la fête ». « Nous ne partirons pas », conclut un cinquième Le lendemain, dès l’aube, tout le monde est à sa place, attendant l’événement qui devait immanquablement se produire, tout le monde, sauf Mohamed. Quelle forme allait prendre la surprise ? Du couscous au miel offert par le voisinage, une bouteille ramenée de France par un ancien collègue ? Les heures s’écoulent lentement. Toujours rien et toujours pas de Mohamed…

Midi sonne. Personne ne se lève pour aller déjeuner. Qui songerait à se remplir le ventre de calentita, banale purée de pois chiche, alors que des soupières remplies à ras bord d’un couscous délicieux, des pots de miel et tant d’autres choses que fabrique leur imagination enfiévrée voguent vers leur misérable bureau ? Rien de cela ne se produit. A deux heures, le ventre creux, l’espoir en berne, quelqu’un s’avise de l’absence de Mohamed et s’exclame : « Bravo, l’artiste, et bonne plage ! »

 

 

Bouziane alterne phases mystiques et épisodes éthyliques. Lors de celles-là, il a coutume, le vendredi, d’aller au hammam, de se couler dans une ample abaya blanche puis de se diriger vers la mosquée d’un pas altier. Cela dure quelques mois. Il se produit alors un incident qui l’amène à abandonner cette pratique pour se replonger dans le vin. Il me raconte le dernier :

« Propre, rasé de près, parfumé, j’étais en train d’écouter le prêche de l’imam, juste avant la grande prière, quand j’ai senti dans mon fondement un pet qui demandait à sortir. Vu son insistance, j’ai réalisé qu’il allait s’exprimer avec violence. Tu imagines le scandale ! En plus, il aurait été trop tard pour refaire mes ablutions. J’ai donc décidé de le retenir. Avec ça, le prêche n’en finissait pas. Il y était beaucoup question de l’enfer et des souffrances que Dieu inflige aux damnés. Que ces souffrances me paraissaient légères devant celle que j’étais en train d’endurer ! Qui n’a pas connu l’enfer du pet qu’il faut contenir ne peut la comprendre. Je ne pensais plus qu’à ça. Quand, enfin, l’appel à la prière fut lancé, je me suis levé. J’étais blême. J’étais le siège d’une explosion nucléaire. Comment j’ai réussi à faire la prière, je ne saurais te le dire. Je doute que Dieu l’agrée. En réalité, j’étais loin d’avoir la tête à ça. En fait, j’ai réalisé à ce moment toute l’étendue de la signification de l’expression "avoir la tête dans le cul". A peine avais-je fini que j’ai couru m’enfermer dans les toilettes où j’ai enfin pu me libérer. Le bruit a dû résonner jusqu’à Alger où il a affolé les sismographes. Les gens, croyant à un tremblement de terre, couraient en tous sens dans les rues. Une expérience traumatisante. Au moins, dans les bars, on peut péter tranquillement ! »


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Published by Brahim Senouci
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hamid benamra 08/01/2011 13:41


l'histoire du pet n'a rien avoir avec l'humour Algérien.
quel banalité ! c'est vraiment le genre de conneries qui plait aux Europeens.Don cliché !

c'est triste et pauvre.


Brahim Senouci 08/01/2011 15:35



Cette histoire est arrivée à un ami de Mascara, 61 ans, qui n'a jamais quitté l'Algérie. J'ai essayé de la reproduire telle qu'il me l'a racontée. Il serait très étonné d'apprendre qu'elle n'a
rien d'Algérien. Mais peut-être ignore-t-il, comme moi, l'existence de docteurs en humour algérien...



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