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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 09:01

 

Aigle Azur et l'Algérie

 

 

L'incident que je raconte ci-dessous peut paraître anecdotique. Il me semble toutefois que, en dépit de son caractère relativement bénin, il nous apprend quelque chose sur l'Algérie, ou plutôt sur la perception de l'Algérie par un regard étranger.

 

Aigle Azur est une compagnie d'aviation française. Dans sa présentation, la compagnie met en avant le souci permanent qu'elle aurait de la sécurité de ses passagers, la qualité de son accueil à bord, sa ponctualité... Ses brochures vantent sa destination phare, l'Algérie.

 

Aïn Lagredj est un des multiples villages de Petite-Kabylie. Pendant trois jours, il a été le théâtre d'un événement inédit sur lequel je reviendrai dans ces colonnes, si elles sont disposées à m'accueillir. Initiateurs de l'événement en question, une quinzaine de personnes, dont je suis, ont convergé depuis Paris vers ce village, via Béjaïa. Convaincus par les arguments publicitaires d'Aigle Azur, nous avons pris place à bord d'un de ses avions.

 

Pas de problème à l'aller...

 

Le retour devait s'effectuer samedi 21mai à 10 h 10. Des chauffeurs très obligeants nous ont convoyé depuis le village jusqu'à l'aéroport au petit matin, puis sont rentrés chez eux avec le sentiment du devoir accompli. Nous nous présentons à l'enregistrement. Il y a deux files, parce qu'il y a deux avions pour Paris, un avion Air Algérie et un avion Aigle Azur. Nous nous trouvons donc dans la seconde file. Étrangement, la file Air Algérie avance plus vite plus vite que la nôtre. De plus, des mouvements divers agitent notre comptoir d'enregistrement. Il y a de l'agitation, des signes d'inquiétude. Finalement, on nous explique que l'avion qui doit nous emmener, et qui vient de Paris, a du mal à se poser à cause d'un problème de brouillard. Il est, ajoute-t-on, en train de tourner autour de la piste en attendant une éclaircie. Une heure plus tard, l'annonce fatidique intervient : L'avion est parti se poser à Alger; le vol est donc annulé!

 

La petite foule des voyageurs, dans le CALME, sollicite les nombreux agents de la compagnie, reconnaissables à leurs chemises et leurs rubans bleus clair, couleur censée sans doute promettre la perspective d'une virée paisible vers les cieux. Personne n'est capable de répondre. Puis arrive un Monsieur imposant. Pas besoin de regarder son uniforme pour comprendre qu'il s'agit du boss! Il nous explique doctement qu'il ESSAIERA de nous faire partir lundi, soit deux jours plus tard, ou mercredi, mais qu'il faudra venir très tôt pour avoir une petite chance d'embarquer! Qu'est-ce qu'on fait d'ici lundi ou mercredi, s'enquiert la foule? Pas la moindre idée, répond le boss. Allez-vous nous mettre à l'hôtel? Hors de question, poursuit le boss. Nous venons de loin, hasardent quelques-uns. Rentrez chez vous, propose le boss.

 

Plus malins que les autres, nous allons vers les bureaux de la compagnie pour y demander une réservation en bonne et due forme sur un avion qui devait partir le même jour d'Alger, à 18 h 15. Notre demande est agréée et de nouveaux billets sont établis. Il s'agit maintenant de filer au plus vite sur Alger. Retour vers le boss. Il y a un avion Air Algérie qui part pour Alger à 16 heures.

  • Voulez-vous nous faire embarquer sur ce vol, s'il vous plaît?

  • Pas question.

  • Appelez-nous des taxis alors!

  • Non plus. Vous n'avez qu'à les chercher vous-mêmes ou prendre des clandestins.

  • Vous n'y pensez pas. C'est dangereux. Vous nous demandez de risquer nos vies?

  • C'est votre affaire. Je n'y peux rien. Je suis une escale décentralisée.

 

Il s'en va sur cette dernière déclaration. Je cours derrière lui pour lui montrer ma carte de fidélité. Il la regarde avec autant d'intérêt qu'un Esquimau à qui on aurait proposé des glaçons, puis disparaît définitivement.

 

En désespoir de cause, nous rappelons nos vaillants chauffeurs. Ils étaient tout près de retrouver leur village pour y goûter un repos bien mérité. Ils n'hésitent pas une seconde. Ils font demi-tour et nous retrouvent deux heures plus tard. Nous nous lançons alors dans une équipée dantesque, dans une pluie battante, des embouteillages homériques, des barrages interminables. Nos chauffeurs virtuoses arrivent par miracle à nous déposer in extrémis à l'aéroport d'Alger. Une dernière course nous permet d'arriver au comptoir d'enregistrement avant sa fermeture, puis d'embarquer enfin pour Paris que nous atteignons vers 22 heures.

 

Le voyage se passe bien. Le petit rideau qui masque le hublot de mon côté est abaissé. L'hôtesse me demande de le relever. Je lui en demande la raison. Ce sont les consignes de sécurité, me répond-elle. Nous devons les respecter de manière impérative.

 

Je songe au voyage que nous venons d'accomplir, aux mille dangers auxquels nous avons échappé, tout en exécutant la demande de l'hôtesse. « Nous veillons à votre sécurité » proclament les dépliants de la compagnie. La preuve, nous vérifions l'inclinaison de vos sièges, la situation de vos hublots... Si la compagnie a un contretemps, nous vous prenons en charge. Là, c'est moi qui l'ajoute. C'est sans doute vrai, au moins partiellement. En France ou en Espagne, il serait très étonnant qu'on laisse sur le carreau des voyageurs en souffrance. En Algérie, on peut apparemment. Peut-être se dit-on, dans ces compagnies étrangères, que les Algériens sont habitués à être malmenés et qu'on aurait tort d'engager des frais pour eux. Ils acceptent de payer des billets à des prix astronomiques et protestent à peine quand on ne respecte pas les contrats qu'on prend vis-à-vis d'eux. Il y avait deux amis français dans notre groupe. Je l'ai signalé au boss. Je ne suis pas sûr qu'il l'ait entendu.

 

Je songe à ce chef d'escale et à cette dernière image de lui, attablé, ou plutôt affalé sur une chaise, une tasse à la main, devisant avec ses amis hilares pendant que des malheureux, portant des enfants pour certains, tous lestés de bagages, livrent une course contre la montre pour être à l'heure à leur travail lundi matin, s'évitant ainsi des conséquences pouvant aller jusqu'à leur renvoi.

 

Je songe aussi à ce village de l'Algérie Kabyle, à sa jeunesse à l'énergie inemployée, à ses personnages d'une gentillesse, d'une prévenance extraordinaires, ses élus, son chef de daïra, leur proximité avec les gens, sa population si généreuse.

 

Ce n'est pas le sujet de ce papier mais je ne peux m'empêcher de les évoquer. J'y reviendrai, promis, dans une prochaine livraison, mais Dieu, qu'elle est belle, l'Algérie profonde, quand on l'aime et qu'on lui donne la considération qu'elle mérite!

 

Merci, Aigle Azur, la compagnie qui ressemble si peu à sa destination phare!

 

Brahim Senouci

 

 

 

 

 

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Published by Brahim Senouci
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commentaires

jamel 11/09/2011 17:54


Non, plus jamais AIGLE AZUR. Retour de Béjaia vers paris hier 10 septembre 2011 avec plus d'1h de retard et les bagages de dizaines de personnes sont restés là-bas à béjaia sans en être informés.
et j'attends toujours mes bagages. aigle noir, c'est fini


hamid Abdelmalek 24/05/2011 19:29


Merci Aigle Azur.la médiocrité est contagieuse ou s apprend facilement.


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