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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 12:09
La commission sur la prévention de la prolifération des armes de destruction massive et du terrorisme, instance bipartite (Républicains et Démocrates) créée par le Congrès en 2007 vient de produire un rapport intitulé « Risque sur le monde ». Ce rapport stipule notamment que « à moins que la communauté mondiale n’agisse résolument et avec une grande urgence, il est plus que probable qu’une arme de destruction massive sera utilisée dans un attentat terroriste quelque part dans le monde d’ici à la fin de 2013. ».

Cette prédiction est hélas crédible. Il est clair en effet que la prolifération des armes biologiques ou nucléaires rend chaque année davantage probable leur « démocratisation » et leur diffusion incontrôlée. Le rapport appelle la « communauté mondiale » à agir mais n’indique pas de pistes d’action. S’il ne comporte que le rappel sempiternel de la seule guerre contre la terreur pour réduire la menace, ce qui a été et est encore la doctrine officielle des Etats-Unis, cela reviendrait à une persistance criminelle dans l’erreur. Le résultat patent de cette stratégie a été en effet un essor sans précédent du terrorisme, en particulier dans son volet le moins facile à parer, celui des attentats-suicides.

Bien que les discours officiels fassent soigneusement le départ entre Islam et islamisme, la doctrine de la guerre contre la terreur repose sur le postulat que la violence est en réalité une caractéristique sui generis de l’Islam lui-même. La simplicité de ce postulat épargne à ses promoteurs l’interrogation sur d’autres origines éventuelles de cette violence. Nul besoin d’évoquer la montée du ressentiment des populations musulmanes face au formidable déni de justice subi depuis des décennies par les Palestiniens. Nul besoin de convoquer le mensonge qui a préludé à l’invasion de l’Irak, aux centaines de milliers de morts auxquelles elle a conduit. Nul besoin d’expliquer comment la traque de Ben Laden s’est muée en guerre contre des talibans auxquels personne n’a songé à imputer les attentats du 11 septembre. Il est certes bien plus commode de décrypter la conduite des actions terroristes avec la seule grille de
lecture d’une haine supposée de la démocratie, de l’Amérique et de son mode de vie ! La réponse coule ainsi de source. Elle est d’abord militaire. On va ainsi bombarder des villages dans des endroits de plus en plus reculés de la planète. Qu’importe que des civils innocents soient tués. Qu’importe qu’ainsi, on suscite des vocations au terrorisme parmi les membres des familles de ces victimes. Qu’importe que l’on déstabilise le pouvoir fragile qui tente de gouverner les pays visés et d’y maintenir un calme précaire en respectant l’équilibre complexe des ethnies et des territoires. Qu’importent la prudence et le discernement quand les populations de ces pays, nourries à l’Islam dpuis le berceau, sont perçues comme porteuses du « virus islamiste » !

Cette vision a des conséquences dans les pays occidentaux aussi. Il n’est évidemment plus question d’opérations militaires mais de police. C’est ainsi que l’on assiste depuis quelques années à un déploiement de cordons sanitaires aux frontières, à un développement tous azimuts des moyens de surveillance, de fichage, de restriction des libertés individuelles et collectives, en un mot de la destruction progressive du socle sur lequel l’Occident s’est construit et qui lui a permis d’exercer un formidable attrait sur les intellectuels du tiers-monde, y compris les plus critiques à son égard.

Hormis la perte du capital symbolique qu’elle engendre, cette politique est-elle de nature à prémunir durablement les populations des pays occidentaux contre les attentats terroristes ? La réponse tragique peut se décliner en une litanie de noms de villes : New York, Washington, Londres, Madrid… On peut y ajouter Bali puisque des Occidentaux y étaient visés par les tueurs, Bombay pour la tentation indienne de lier son sort à celui des Etats-Unis. Lahore, Alger, Casablanca sont des villes du monde musulman. Les attentats dont elles ont été le théâtre témoignent d’une volonté de déstabilisation des régimes en place dans ces pays et permettre d’en faire des bouillons de culture et d’exportation du terrorisme.

Comment croire un seul instant que cette politique qui n’a pas réussi à empêcher des attentats, de grande ampleur certes mais localisés, pourrait prévenir une attaque menée au moyen d’armes nucléaires ou biologiques ? A l’évidence, elle ne le pourra pas. Tôt ou tard, aura lieu un massacre massif au regard duquel les attentats du 11 septembre feront figure d’aimable plaisanterie.

Comment l’éviter ? Une anecdote : On raconte que le directeur d’un asile de fous avait mis au point une méthode permettant de diagnostiquer l’état mental de ses pensionnaires, méthode ayant rencontré un énorme succès. Le président de cette république imaginaire en ayant eu vent, il décide de visiter l’établissement. Le directeur lui explique sa méthode, assurément très simple. Il fait couler de l’eau dans une baignoire et demande à ses patients de la vider. Les plus atteints écopent au moyen de seaux jusqu’à l’épuisement. ceux qui sont sains d’esprit commencent par fermer le robinet. Le Président, pensif : Je n’y aurais jamais pensé !

L’opinion publique doit se lever et exiger avec force de ses gouvernants qu’ils ferment le robinet de la baignoire. Lutter contre le terrorisme, c’est d’abord s’attacher à en éliminer les causes. C’est d’abord en finir avec les injustices les plus criantes, celles que subissent les Palestiniens, les Irakiens. C’est faire cesser les menaces sur les pays de l’Amérique Latine qui ont eu le front de s’affranchir de la tutelle des Etats-Unis. C’est permettre un acès égal pour tous aux ressources de la planète. C’est assurer les conditions d’un développement équilibré à l’ensemble de l’Humanité. C’est aussi, peut-être même d’abord, revisiter les recoins obscurs de la Mémoire collective et en sortir les cadavres qu’elle charrie. Déminer le passé pour en extraire les germes des guerres du futur, dire la vérité sur les génocides, la colonisation, l’esclavage, construire, au moins tendre vers la construction
d’un récit collectif qui ne heurte pas les sensibilités des enfants d’esclaves et de colonisés, soigner les prurits du ressentiment par l’apaisement de la vérité, voici les chantiers dont doit s’emparer l’Humanité pour se construire un avenir paisible.

Utopie ? Peut-être. Si elle ne se réalisait pas, le cauchemar de l’Armagueddon cesserait, lui, d’être une utopie.

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Published by Brahim Senouci
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