Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 09:53

QUESTIONS

  1. Hormis l’objectif de restitution à l’Algérie des restes mortuaires des martyrs de la résistance algérienne, quelles sont les motivations de votre initiative ?

Cette question me hante depuis que j’en ai eu connaissance, en 2011, quand l’historien Belkadi l’a révélée au public. L’idée que des restes de résistants algériens risquent de finir dans de vulgaires cartons, dans des armoires métalliques, dans un musée français, au cœur de la capitale de la nation à laquelle ces résistants devaient leur martyre m’était insupportable. Le fait que nos autorités n’aient jamais engagé de démarche pour exiger leur rapatriement, m’était tout autant insupportable. Enfin, le fait que notre peuple n’ait pas exprimé son indignation, alors même que cette situation avait été rapportée dans les journaux en 2011, m’était également insupportable. Si vous permettez cette digression personnelle, je suis fils de chahid. Mon père est mort, officiellement en 1958, mais ma famille n’a jamais pu récupérer son corps. Mort sans sépulture donc… Je n’avais pas besoin de cela pour être sensible à cette question mais, à l’évidence, cela a compté dans ma détermination à assurer une sépulture pour ces résistants héroïques qui ont, unanimement, refusé de se rendre aux forces coloniales et qui ont combattu jusqu’à la mort.

  1. Le nombre de signataires a dépassé le cap des 2000. Votre initiative contribue à faire connaître aux Algériens et Français les horreurs perpétrées en Algérie par la colonisation française. Travaillez-vous avec l’historien Ali Farid Belkadi, qui a été à l’origine, en 2011, de la découverte ? Quelle est la suite de votre initiative ?

Nous en sommes à plus de 3000 signataires… Je n’ai pas de contact avec Monsieur Belkadi. Je l’aurais rencontré avec plaisir. Il n’a pas souhaité rejoindre cette initiative. Quelles que soient ses motivations de l’heure, je lui suis reconnaissant d’avoir ouvert cette fenêtre sur l’horreur coloniale. Nous réfléchissons avec des amis aux suites à donner à cette initiative. Plusieurs pistes sont envisagées. Je vous en ferai part dès que nos réflexions aboutiront. Pour l’instant, la priorité est de faire grossir le nombre des signataires. C’est cela qui nous donnera la force pour mener cette opération à bien, c’est-à-dire jusqu’à la cérémonie qui présidera à l’enterrement de ces résistants, même si rien ne subsiste d’eux que des crânes secs, et à l’hommage de la Nation et du peuple algérien.

  1. Le Musée de l’Homme de Paris s’est dit «prêt» à restituer les restes mortuaires et qu’il n’attendait que les décisions politiques, expliquant qu’il faut une demande de l’Etat représentant les familles de ces résistants. Envisagez-vous une autre initiative en direction des autorités algériennes si les choses restent en l’état ?

Il avait fait, à peu de choses près, la même déclaration en 2011. Nous savons qu’il ne revient pas au directeur du musée de restituer ces restes. Seule, une décision politique pourra dénouer la situation. Nous sommes conscients de cela. Mais nous agissons en tant que citoyens Algériens. Notre position est une position de principe. Nous interpellons le Musée de l’Homme parce que c’est lui qui détient ces restes. C’est sur lui que nous mettons la pression. Nous escomptons évidemment que cette pression sera fatalement transférée aux échelons politiques qui seront astreints à répondre. On peut imaginer qu’il y aura un dialogue entre les autorités d’Algérie et de France. Notre but est de faire que cette procédure advienne le plus rapidement possible. Il y aura donc certainement une action en direction des autorités algériennes pour qu’elles se mobilisent enfin, a fortiori qu’elles ne soient pas un facteur de freinage.

  1. Vous déplorez le manque d’implication des Algériens à cette initiative, en raison du fait que la majorité des signataires de la pétition émanent de ceux qui vivent en France. Comment pensez-vous faire impliquer davantage d’Algériens et quel est votre message en leur direction.

Oui, nous le déplorons en effet. Mais nous l’inscrivons dans le contexte difficile de l’Algérie d’aujourd’hui. Notre peuple vit un état inquiétant d’anomie, de désespoir, qui fait le lit d’un certain nihilisme. Dans sa majorité, il ne croit plus en lui-même et il ne pense plus pouvoir retrouver la maitrise de son destin. Certains de nos compatriotes, pour expliquer nos maux actuels, montrent du doigt… l’indépendance ! Ils ont oublié la grande misère, les massacres, les enfumades, les camps de regroupement, l’analphabétisme, la famine, qui ont rythmée la vie sous la botte coloniale. C’est terrible. L’aboutissement de cette initiative pourrait contribuer à retrouver un peu d’estime de nous-mêmes, un peu d’attrait pour l’effort collectif, un peu de confiance dans les vertus du dialogue, un peu de foi dans le fait que nous constituons une communauté de destin…

Partager cet article

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Brahim Senouci
  • Le blog de Brahim Senouci
  • : Billets d'humeur
  • Contact

Recherche

Liens