Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 13:36

Qu’est-ce que l’indépendance ?

http://www.libre-algerie.com/quest-ce-que-lindependance-par-brahim-senouci/10/07/2016/#sthash.QIhcJjrn.dpbs

Question triviale, en apparence… Vraiment ?

L’indépendance, pour un pays, signifie l’absence de sujétion vis-à-vis d’un suzerain, d’une métropole. Cette définition s’applique à notre pays depuis 1962. L’armée qui garantissait la suprématie de la France coloniale a battu en retraite en abandonnant ses supplétifs Algériens, ces harkis qui avaient brûlé leurs vaisseaux en liant leur sort à celui des maîtres d’hier. Du jour au lendemain, nous sommes passés de l’état de sujets à l’état de… sujets ! Eh oui, nos libérateurs, pardon, ceux de nos libérateurs qui l’ont emporté dans la lutte fratricide pour le Pouvoir, ont sans doute trouvé commode de gérer les affaires du pays sans que les indigènes, promus au rang d’autochtones, s’en mêlent davantage que sous le régime colonial…

Il fallait bien sûr mettre en place les signes extérieurs, sinon de richesse, du moins de souveraineté. Nous n’avons pas été les chercher bien loin. La France, si « proche », nous a légué son jacobinisme, son administration tatillonne, son parlement croupion et son Sénat inutile, sinon pour servir de maison de refuge à de vieux ministres désaffectés… Nous avons donc un Parlement croupion, qui vote comme un seul homme… les augmentations de salaire de ses élus (sans doute histoire de compenser les campagnes électorales ruineuses en sacs poubelles noirs). Il vote aussi les projets de loi proposés par le gouvernement, sans commettre l’indiscrétion de les lire auparavant. Il est vrai que le gouvernement ne les lit pas non plus. Nous avons un Conseil Supérieur de la Magistrature mais une justice aux ordres. Nous avons un Conseil Constitutionnel débordé par la fréquence folle des changements de constitution qu’il doit avaliser. Nous avons une Banque Centrale théoriquement indépendante (mais au sens où ce mot est entendu en Algérie !). Cette institution est censée être maîtresse de la fixation des taux d’intérêt et est en charge de contrôler l’inflation. L’un de ses anciens gouverneurs a pris la chose au pied de la lettre. Il s’est fait déposer avec un sourire qui signifiait : Tu ne croyais tout de même pas que c’était pour de vrai ? Nous avons ainsi des conseils de l’ordre pour les architectes et pour les médecins, toujours calqués sur l’original français, sans que nous sachions que les originaux en question sont des créations de Pétain. Nous avons ou nous avons eu des Conseils Supérieurs de l’Audiovisuel (voir CSA sur Google pour trouver l’original) et de la Culture, des Hauts Conseils à l’Amazighité, des Hauts Conseils Islamiques…

Oui, nous avons tout cela, que nous avons reproduit dans la forme. Sauf que dans l’ex métropole, ces institutions sont un aboutissement alors que chez nous, elles constituent un début, une coquille vide de sens, d’histoire, de mémoire, d’accumulation. La charrue avant les bœufs…

C’est ainsi que nous nous retrouvons noyés dans un système que nous nous complaisons à moquer, voire à détourner à nos petits profits individuels. De la même manière que nous avons investi de manière désordonnée des villes qui ne nous ressemblent pas, des costumes qui n’ont pas été taillés pour nous, nous n’avons pas pu nous couler dans une logique qui nous est étrangère, donc hostile. De fait, nous avons gardé de la période coloniale un syndrome d’extranéité. Nous ne nous sentons pas complètement membres de ce pays, de cette architecture, de cet entrelacs de routes et de ponts, de ces innombrables cartes qui attestent de nos identités, de notre régime de sécurité sociale, de l’immatriculation de nos voitures, de nos numéros de comptes bancaires…

L’indépendance, c’est d’abord le vide postcolonial. C’est le hiatus entre le monde d’avant et celui d’après. Les manifestations classiques de regret de l’époque coloniale qui parsèment tant de nos conversations dénotent peut-être davantage la crainte de ce monde d’après que la fausse assurance de celui qu’on vient de quitter. C’est là qu’il aurait fallu, de manière concomitante, libérer la parole dès l’indépendance acquise pour faire surgir d’un débat national les grands traits de l’Algérie nouvelle. L’échec dans cette transition qui n’en a pas été une est dramatique. Il est à l’origine de nos errements d’aujourd’hui, de notre difficulté à faire société. Les codes coloniaux intégraient notre effacement. Il aurait fallu trouver un moyen pour forger des outils que la population aurait été capable d’absorber plutôt que des articles d’importation suscitant le rejet. A une population analphabète à 86 % (merci pour la civilisation), on n’a rien proposé d’autre que le silence et l’obéissance assortis de l’injonction à se conformer à un modèle qui ne lui ressemblait pas. L’idée d’une assemblée constituante était parfaitement pertinente. Quoi de plus simple que de confier à des élus du peuple le soin de proposer une constitution ? C’était possible dans l’ivresse de la liberté que l’on a cru retrouver en ces folles journées de juillet. C’était possible de tracer les grandes lignes d’une loi fondamentale prenant en compte la diversité algérienne, dans ses coutumes, ses langues, ses croyances, sa culture. Qui peut croire que ce peuple qui avait pratiqué durant des décennies de lutte le mourir-ensemble aurait été incapable de s’entendre sur les fondements du vivre-ensemble ?

Il n’est pas trop tard. Mais le temps presse. C’est maintenant qu’il faut écrire enfin l’Histoire, rétablir la Mémoire. S’il fallait un début, ce pourrait être l’expression d’une volonté commune d’arracher à l’ancienne puissance occupante des objets de notre mémoire, des crânes de résistants suppliciés, le Canon d’Alger, notre Baba Marzoug, qui n’a rien à faire dans la rade de Brest… Cet insupportable séquestre ne sert, pour la France, qu’à conserver une certaine prééminence, que lui confère la détention d’une partie de notre capital symbolique.

Partager cet article

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Brahim Senouci
  • Le blog de Brahim Senouci
  • : Billets d'humeur
  • Contact

Recherche

Liens