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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 18:13

Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console…

http://www.libre-algerie.com/quand-je-me-regarde-je-me-desole-quand-je-me-compare-je-me-console-par-brahim-senouci/24/05/2016/#sthash.vKxviu7c.dpbs

Ce vieil adage est souvent de mise. Pas en Algérie. Quand on voit l’état de nos universités, on se désole. Quand on se compare à d’autres nations, on se… désole encore davantage. Même chose quand on considère le classement des pays en matière de la liberté de la presse, de l’indépendance de la justice, ou de l’ampleur de la corruption. Toujours scotchés aux plus mauvaises places !

Ce qui suit est une illustration, une de plus, de cette funeste habitude…

Le 28 août 2014, une étrange cérémonie se déroule dans l’amphithéâtre du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, établissement de tutelle du Musée de l’Homme. Quatre totems encadrent deux petits cercueils déposés par une délégation kanak, venue spécialement de Nouvelle-Calédonie. Dans ces cercueils se trouvent les crânes d’un illustre chef de guerre, Ataï et de son sorcier, le "Méche". Tous deux ont trouvé la mort en 1878, lors de l'insurrection menée par les indigènes kanaks contre la colonisation française. Cent trente-six ans plus tard, l'Etat français s'est résolu à les restituer à leurs descendants. Il aura donc fallu cent trente-six ans d’un combat acharné pour parvenir à cette heureusedécision. En 1988, le gouvernement Rocard signe avec le mouvement indépendantiste les Accords de Matignon qui prévoient, entre autres, la restitution de ces restes. Cette promesse n’a pas été tenue. Des manœuvres dilatoires sont opposées aux demandes des clans kanaks. Le Muséum annonce la perte des crânes avant de les "découvrir" dans ses sous-sols en 2011. Dans une dernière tentative pour les conserver, le Muséum exige qu’ils soient remis aux descendants qu’il faudrait retrouver à l’aide de tests ADN. Les Kanaks s’y refusent et lui opposent la mémoire des généalogies kanaks, qui a le dernier mot. Notons que le crâne d’Altaï avait d’abord été présenté comme un trophée de guerre avant d’être qualifié d’"objet d’études scientifiques".

Le 9 mai 2011, la ville de Rouen organise la cérémonie de restitution d’une tête maorie à la Nouvelle-Zélande. Hormis le fait que, pour les Maoris, le lien avec ces les ancêtres revêt un caractère crucial, cette restitution est le symbole d’un combat global pour la reconnaissance de leurs droits. En même temps, l’Allemagne, la Suède, la Norvège rendent deux têtes tatouées ainsi que des ossements maoris. Un musée national dédié aux cultures maorie et néo-zélandaise a été chargé depuis 2003 du rapatriement des restes humains, notamment de quelques cinq cents têtes scarifiées et tatouées, dérobées par des voyageurs.

Le 3 juillet 2015, le Musée de l’Homme est saisi par le ministère argentin des affaires étrangères d’une demande de restitution d'un crâne ramené en France par un explorateur, le comte Henry de La Vaulx. Ce crâne serait celui du fils du Cacique Liempichun Sakamata, l'un des chefs de la tribu Tehuelche, originaire de Patagonie. Le collectif Guias, une association d’anthropologues argentins, relaie cette exigence, avec le soutien des autorités argentines. Ces restes sont d’une importance capitale. Pour les Tehuelche, "le cercle de la vie se ferme quand on revient à la terre mère. Sans le retour de leurs ancêtres, leur monde spirituel est incomplet".

En août 1880, huit Inuits quittent Hébron, au Labrador. Ils décèdent en Europe l’année d’après. Leurs restes ont été retrouvés en France. La communauté canadienne du Nunatsiavut exige leur retour au Canada.

La communauté aborigène d’Australie exige le rapatriement des restes des membres de sa communauté. On en trouve partout en France, notamment en Angleterre et en France. Les autorités australiennes appuient ces demandes. Il y a sans doute une part d’hypocrisie dans ce soutien. Il n’est ainsi pas question pour autant de rendre aux aborigènes les terres qui leur ont été volées par les Blancs.

En 2012, le Sénégal réclame le retour au pays du squelette du roi Diatta de Casamance, actuellement en France. Ce roi s’était opposé aux conquérants français et s’était laissé mourir de faim. Tout comme Ataï, il était passé du statut de trophée de guerre à celui d’"objet d’études scientifiques".

Sarah Baartman est née en Afrique du Sud en 1789. Elle a vécu esclave dans une ferme avant d'être vendue comme attraction au début du XIXe siècle. Elle avait en effet des caractéristiques anatomiques qui en faisaient un monstre de foire et lui ont valu son célèbre surnom de « Vénus Hottentote ». Après sa mort à Paris, en 1815, son squelette, ainsi qu’un moulage de plâtre reproduisant ses parties génitales furent exposées au Musée de l’Homme et servirent à illustrer les idées racistes en vogue à l’époque, professées notamment par Cuvier. En 1974, le squelette fut relégué dans les réserves du musée, suivi deux ans plus tard par le moulage. En 1994, sous la présidence de Nelson Mandela, les autorités sud-africaines exigèrent la restitution des restes de Sarah Baartman afin de lui offrir une sépulture et lui rendre ainsi sa dignité. Cette demande se heurte d’abord à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l'État et de la science. En 2002, la France accède enfin à cette demande. Sarah Baartman repose désormais chez elle…

En 1845, l’oasis de Zaatcha a été le siège d’une bataille meurtrière. Les résistants opposèrent, deux mois durant, une résistance farouche aux puissantes colonnes du général Herbillon. Les Français ont eu 1500 tués et blessés “sans compter les victimes du choléra”. Malheureusement, l’issue fut terrible. Les populations furent massacrées sans merci. Les leaders de la révolte connurent une fin tragique. La tête du Cheikh Bouziane fut fixée à la baïonnette d’un fusil, à la baguette duquel fut pointée celle de son fils et sur la capucine du même fusil fut ajustée celle du chérif Moussa al-Darkaoui. Leurs crânes, ainsi que ceux de nombre de leurs compagnons furent exposés au Musée de l’Homme avant d’être entreposés dans de vulgaires cartons, enfermés dans des armoires métalliques. Elles y sont toujours, le gouvernement algérien n’ayant pas eu le même réflexe que les leaders d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Nouvelle-Calédonie, d’Afrique du Sud…

La société algérienne a le droit de suppléer à ces carences. Une pétition exigeant le retour des restes des résistants des zaatchas circule depuis peu. Voici le lien qui permet d’y accéder…

https://www.change.org/p/la-direction-du-mus%C3%A9e-de-l-homme-restitution-des-t%C3%AAtes-des-r%C3%A9sistants-alg%C3%A9riens-d%C3%A9tenues-par-le-mus%C3%A9e-de-l-homme?recruiter=9203092&utm_source=petitions_show_components_action_panel_wrapper&utm_medium=copylink

Quand je me regarde…

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Published by Brahim Senouci
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