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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 19:16

De l’avantage d’être en retard…

http://www.libre-algerie.com/de-lavantage-detre-en-retard-par-brahim-senouci/31/05/2016/#sthash.Fd8SF8dR.dpbs

La litote est une figure de rhétorique qui consiste à en dire moins pour laisser entendre davantage. Elle peut être illustrée par un exemple qui parle aux lecteurs et qui consisterait à dire que l’Algérie ne va pas très bien… Il ne s’agit pas ici de dérouler encore une fois le lugubre chapelet des échecs, la triste compilation des occasions manquées, la somme des dégâts moraux infligés à une population recroquevillée sur un conservatisme têtu, bouclier dérisoire contre l’appel du gouffre. Cela a été dit, mille fois, et répété tous les jours en boucle, partout, dans un ressassement sinistre…

Comment en sortir ? Le combat politique ne perd jamais ses droits. Mais il doit sans doute se départir pour l’heure de sa dimension habituelle de concurrence entre projets, entre partis, pour intégrer la donnée locale d’une désespérance quasi ontologique, fille de la haine de soi implantée en nous par deux siècles de mise à l’écart du monde. Cette désespérance n’est pas que le résultat de l’échec. Elle y contribue. Nous sommes nombreux à avoir fait cette expérience simple, dans une conversation de café. Quelqu’un tente timidement de dégager quelque chose de positif dans notre paysage plombé. Aussitôt, les autres font front pour s’opposer à cette vision qualifiée de « naïve ». L’"importun" n’a plus qu’à battre en retraite et le jeu de massacre peut reprendre.

Une pétition*, dont je suis l’initiateur, appelle au retour en Algérie de têtes de résistants détenus en France, au Musée de l’Homme de Paris, depuis 1849, à la fin de la furieuse bataille des Zaatchas dans laquelle ces résistants se sont illustrés avant de succomber. Une quinzaine de jours après son lancement, elle a recueilli plus de mille signatures. Succès d’estime, là où on était en droit d’attendre un déferlement de soutiens, mais succès encourageant quand même au vu de l’état de prostration de notre société. L’ambition de cette pétition, évoquée dans un précédent article**, ne se limite pas au simple transfert de ces restes en Algérie. Son succès serait celui de la société algérienne, posant un acte positif qui pourrait contribuer, même modestement, à une amélioration de l’estime de soi de notre peuple. Des centaines de messages d’encouragement autorisent cet espoir. Certains, beaucoup moins nombreux, restent marqués du sceau de la haine de soi. Il en va ainsi de celle d’un facebooker méprisant qui demande si « ces têtes sont destinées à un bouzellouf », et qui nous enjoint de « laisser tranquilles ces résistants qui ont la chance d’être en France, rêve de tous les Algériens… » Certains notent le caractère tardif de cette demande. C’est vrai que près de deux siècles se sont écoulés depuis la bataille des Zaatchas. Et si ce retard était bénéfique ? Et si cette initiative, et d’autres du même style, arrivaient à point nommé ? On sent une sorte de frémissement dans la population algérienne, l’attente d’une rupture avec un processus de dévalorisation et de déclassement. Il y a sans doute un désir de sens, d’horizon, l’envie d’une perspective élargie, le sentiment que c’est possible, comme en témoignent les réactions enthousiastes à l’annonce d’une success story algérienne aux Etats-Unis ou ailleurs.

C’est vrai, nous avons accumulé des retards énormes, dans à peu près tous les domaines. Nous sommes contraints d’acheter la plus grande partie de notre nourriture à l’étranger. L’industrie nationale est obsolète. L’administration est un facteur de blocage, plutôt qu’un instrument de facilitation. L’éducation est un désastre. Pire encore, l’absence d’une politique linguistique raisonnée a encouragé l’émergence de ce sabir infâme, limité à quelques mots, dont la pauvreté est proportionnelle à la violence des échanges verbaux, voire physiques. Cette langue est trop pauvre pour permettre à la nuance, gage de la sérénité des débats, de s’exprimer.

Des chercheurs ont proposé récemment une thèse stimulante sur "l’avantage d’être en retard". J’y reviendrai dans une prochaine livraison. Pour l’heure, elle peut se résumer ainsi. L’émergence de nouvelles technologies résulte d’un mouvement de longue haleine. Ce mouvement n’est pas linéaire. Il passe par des échecs, des révisions, avant d’arriver à maturité. L’idée de ces chercheurs est que les nouveaux arrivants, c’est-à-dire les pays en développement, pourraient faire l’économie des avatars inévitables liés à la mise au point des avancées technologiques et gagner ainsi un temps considérable. Il ne s’agit pas non plus du "raccourci" emprunté par l’Algérie au temps des "industries industrialisantes" et qui s’est soldé par l’achat d’usines clés en mains, voire produits en mains, et qui s’est traduit par les éléphants blancs que le gouvernement s’emploie à maintenir à flot. Gagner du temps ne dispense pas de la connaissance et de l’intégration du processus de mise au jour d’une nouveauté. De plus, il n’est pas interdit d’étendre cette notion à d’autres domaines. Il n’est pas inapproprié de s’inspirer de l’expérience de pays comme la Belgique ou la Suisse, qui ont fait face à la question du plurilinguisme, ni de celles de pays comme le Japon, qui ont eu des velléités de simplification d’une langue jugée trop compliquée et comment ils en sont revenus…

Certes l’Algérie est actuellement en queue de peloton dans le monde nouveau qui se construit, mais pourquoi ne pas faire de ce retard un avantage ?

*https://www.change.org/p/la-direction-du-mus%C3%A9e-de-l-homme-restitution-des-t%C3%AAtes-des-r%C3%A9sistants-alg%C3%A9riens-d%C3%A9tenues-par-le-mus%C3%A9e-de-l-homme

**http://www.libre-algerie.com/quand-je-me-regarde-je-me-desole-quand-je-me-compare-je-me-console-par-brahim-senouci/24/05/2016/#sthash.uss6Fvjp.OfwCJfAc.dpbs

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Published by Brahim Senouci
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yano las 26/06/2016 12:23

Une brillante idee : POURQUOI ne pas faire de ce retard un avantage.

Reste plus qu on nous explique maintenant ou trouver une/des personnes qui le fait.

COMMENT faire de ce retard un avantage : dans quel domaine, quelles sont les buts , les missions , les priorites, les delais, les personnes, à quel prix...

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