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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 10:39

Altérité, identité

Naguère, des slogans vantant l’altérité fleurissaient sur les murs du mois de mai : « Black is beautiful », « la beauté du métis »… La question de l’identité se posait d’autant moins que Hegel nous assurait que celle-ci ne se conçoit qu’en opposition avec l’altérité. Se chercher, bien sûr, mais dans l’Autre autant qu’en soi. Et puis, Ricœur nous signalait la vanité de l’idée d’une identité intemporelle. Forcément fluctuante, soumise à des altérations successives, elle se heurte à l’impossibilité de la permanence d’un « moi-même » forcément changeant. Hegel, encore lui, situe l’altérité au cœur de la conscience et en fait un constituant de l’identité !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette approche n’est plus vraiment d’actualité. La tendance est à l’exclusion de tout élément venu d’ailleurs que d’un hypothétique substrat judéo-christiano- gréco-gallo-romain. Il est intéressant de noter que ce phénomène de crispation et d’enfermement est concomitant de la disparition progressive du modèle social qui se souvient de Léon Blum et du Conseil National de la Résistance. Cette disparition ne date pas de l’arrivée aux affaires du social-libéralisme. Face à la guerre d’Algérie, l’attitude de la SFIO montre que le ver était dans le fruit. Des communistes conséquents l’avaient expérimenté dans leur chair. Au nom de l’internationalisme et du primat de l’égalité des hommes, ils avaient rejoint les rangs de la révolution qui devait déboucher sur la libération de l’Algérie. Maurice Audin, Fernand Iveton, Maurice Laban… et l’idée d’un monde pour tous y ont ainsi trouvé la mort, sous un gouvernement socialiste…

Quelle est la situation aujourd’hui ?

La société française se débat avec sa composante arabo-musulmane. Elle éprouve à son égard un fort sentiment d’extranéité, qui n’a fait que s’amplifier avec la montée du terrorisme de Daesh. Le malaise n’est pas nouveau. L’irruption de jeunes Français musulmans contestant les discriminations dont ils font l’objet, manifestation culminant avec la marche des Beurs, a mis en lumière ce malaise. Le détournement de la marche et sa récupération par le Parti Socialiste, via Julien Dray notamment, ont tué le mouvement et ses promesses. Les Beurs se sont repliés sur eux-mêmes en perdant espoir dans une République qui, au lieu de réduire les discriminations qu’ils subissaient, leur enjoint de s’ « intégrer », c’est-à-dire de gommer les aspérités de leur personnalité. Actuellement, il n’est même plus question d’intégration. L’altérité est devenue extranéité, irréductibilité, aux yeux des porte-parole réels ou supposés de la société française. L’exigence est aujourd’hui de s’assimiler, donc de se défaire de tout élément de différentiation par la culture, l’habit ou les habitudes alimentaires. Il s’agirait d’une réduction de l’Autre au Même. Il y a des voix algériennes qui contribuent au climat de rejet et de peur qui est la marque de la société. Quand Boualem Sansal dit sa nostalgie de l’époque coloniale en la parant de couleurs aussi jolies que mensongères, quand ce même Sansal fait du Houellebecq en prédisant l’avènement d’un pouvoir islamiste en France, il conforte et rassure en reprenant à son compte un imaginaire français fait de nostalgie impériale et de justification coloniale. A ce titre, il contribue à empêcher l’exercice de la pensée et un questionnement bienvenu sur les raisons des fractures qui traversent la société française. L’heure est aux apprentis sorciers qui livrent à une opinion désemparée un schéma simple, de cette simplicité qui a conduit naguère aux massacres de masse…

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Published by Brahim Senouci
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