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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 07:56

Terrorisme(s)

http://www.impact24.info/terrorismes/

D’abord, une mise au point. Le terrorisme est un mode d’action, pas une idéologie. Il poursuit un but qui n’est pas forcément condamnable. Il y a même eu un terrorisme français qui s’est exercé durant l’occupation allemande. Rappelons que la finalité de ce dernier était la libération de la France du nazisme… Il y a eu des terrorismes palestinien, algérien, tamoul, basque, irlandais… Ils n’avaient pas pour finalité qu’eux-mêmes et ils n’avaient pas pour boussole un quelconque totalitarisme consistant à instaurer par la force une idéologie précise. C’était le fait de populations jouissant d’une identité nationale dont la réalité était niée par des régimes oppresseurs.

Le terrorisme résulte-t-il d’un choix ? En d’autres termes, des buts politiques à certains moments peuvent-ils être poursuivis par d’autres moyens que la terreur ? L’ETA est fille de la tragédie de Guernica, cette ville basque dont la population a été massacrée par les milices fascistes. La victoire de Franco interdisait toute possibilité pacifique de porter la voix des Basques. L’IRA est née de siècles d’asservissement de l’Irlande catholique par l’Angleterre, période marquée par la pauvreté et les famines récurrentes. Le grand écrivain Jonathan Swift en brosse un tableau dans une nouvelle qui constitue un extraordinaire condensé d’humour noir, - parue en 1723 !- et intitulée : « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à charge à leurs parents et à leur pays et pour les rendre utiles au public ». Le FLN algérien est né après le mai 1945 qui a constitué l’acmé de la haine inexpiable que vouait l’écrasante majorité des Européens d’Algérie à des autochtones voués pour l’éternité à l’acculturation et à la servitude. Oui, cette date est aussi celle de la victoire sur le nazisme. Des soldats algériens démobilisés après s’être illustrés sur les champs d’une bataille qui n’était pas la leur ont appris à leur retour dans leurs foyers le massacre de leurs familles… Le FLN est né ce jour-là, sur la fin de l’illusion, d’un accès égal à la citoyenneté française pour tous les indigènes, en échange du renoncement à l’indépendance. Le promoteur de ce combat, Ferhat Abbas, homme de paix, s’est alors lui-même rallié au choix de la lutte armée… Un autre "terroriste illustre", Yasser Arafat avait choisi l’adieu aux armes et la voie du dialogue pour permettre à la nation palestinienne d’émerger. "La paix contre les territoires", tel était son slogan. Cela a conduit aux accords d’Oslo qui ont en réalité permis à l’occupant israélien d’annexer toujours plus de terres et de procéder méthodiquement à la destruction de l’idée même d’un Etat.

Alors, oui, souvent, le terrorisme n’est pas une option parmi d’autres. Elle est la seule, hélas, laissée praticable par l’intransigeance d’une tyrannie aussi puissante qu’aveugle. Comme le disait Mandela, "terroriste" patenté : "C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’a pas d’autre choix que de répondre par la violence. "

Cette grille d’analyse ne fonctionne pas pour Daesh. Ce monstrueux avorton ne doit pas être rangé dans la catégorie des mouvements dont il est question plus haut. La théâtralisation morbide qui entoure chacun de ses actes montre bien que le terrorisme de Daesh n’a pas d’autre finalité que lui-même.

Il ne faut cependant pas oublier les circonstances de sa naissance. C’est, sans conteste, le produit de l’opération de brigandage international menée par Bush et Blair en Irak en 2003. Cette opération a non seulement abouti au démantèlement du pays, mais aussi surtout à la marginalisation brutale de la minorité sunnite qui le dirigeait jusqu’alors. Ce sont des éléments de cette minorité qui ont créé ce groupe, sans doute pour retrouver leurs positions perdues. Ce n’est d’ailleurs pas le moindre des paradoxes que l’hyper islamiste et hyper terroriste Daesh ait été fondé par des baathistes naguère laïcs ! Le monstre a su prospérer dans le champ clos des guerres communautaires. Il a aussi profité du démantèlement de la Libye (merci, la France de Sarkozy !) pour élargir ses horizons et sans doute aussi pour s’approvisionner en armes. C’est ce qui lui permet de commettre des attentats horribles à travers le monde.

La question qui est posée est celle de son attractivité, dont témoigne le nombre des jeunes gens qui rêvent de la Syrie. Les auteurs des attentats ne sont pas des levantins mais des banlieusards européens. A cette aune, la réaction officielle française est problématique. Attribuer les attentats à la haine du mode de vie occidental, de la musique, des bières sirotées en terrasse est bien courte. Elle est également très grave puisqu’en creux, elle laisse entendre que cette haine a une sorte de caractère ontologique, qu’elle serait consubstantielle à l’Islam. Cela rappelle l’interrogation faussement candide de Bush se demandant "pourquoi on ne nous aime pas". Il est vrai que cela évite d’aborder des questions gênantes, sur les discriminations à l’embauche, sur l’absence d’une mémoire meurtrie, peuplée des fantômes du temps des colonies et de l’esclavage, dans l’imaginaire national.

Le combat contre Daesh doit donc s’accompagner d’un déminage du passé, condition nécessaire et hautement salutaire pour éviter l’irruption d’un énième clone, encore plus monstrueux…

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Published by Brahim Senouci
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