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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 14:15

Algérie, le changement ? Vraiment ?

http://www.impact24.info/algerie-le-changement-vraiment/

Le célébrissime roman (unique !) de Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, retrace la vie de don Fabrizio Salina, un prince sicilien, au milieu des tourments révolutionnaires de l’Italie, plus particulièrement de la Sicile. Ce roman a été mis en scène dans par Luchino Visconti dans un film qui a fait date dans l’histoire du cinéma. L’œuvre déroule la difficile transition entre un ordre ancien, d’essence aristocratique, et un ordre nouveau. L’un des protagonistes, le Prince Tancrède, incarné par Alain Delon, a cette fameuse phrase : « Il faut que tout change pour que rien ne change. »

Quel rapport avec l’Algérie ? Ceci…

Ici aussi, nous sommes dans une sorte d’entre-deux, une transition entre un système à l’agonie et… autre chose, mais quoi ?

Il y a une atmosphère de fin de règne sous une lumière crépusculaire dans laquelle semble se jouer sous nos yeux le destin de notre pays. Des généraux que l’on croyait tout-puissants sont limogés, voire assignés de fait à résidence ou tout simplement mis en prison. Il serait vain de saluer ces opérations comme des signes d’un changement positif, vers plus de transparence, moins de corruption. Cela aurait pu être le cas si elles avaient résulté d’un puissant mouvement d’opinion appelant à une réforme radicale du système. Or, la population algérienne est non seulement restée muette, mais elle a de fait entravé l’émergence d’une contestation pacifique en choisissant clairement la perpétuation du régime, de nature selon elle à la prémunir contre le retour d’une nouvelle décennie noire.

Aucun régime n’est enclin à changer s’il n’y est pas contraint. Le nôtre ne fait pas exception. C’est donc pour pouvoir perdurer qu’il élimine certains de ses membres. Il reprend à son compte l’aphorisme de Tancrède et procède à des changements apparemment spectaculaires pour retrouver une nouvelle vigueur sans rien concéder sur le fond.

Un autre aphorisme est de mise ici. Il est l’œuvre du Cardinal de Retz. Il dispose qu’« on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Le Pouvoir l’a bien compris, lui qui s’est donné pour vertu cardinale le culte du secret, ce secret qu’il maintient, non par le silence et la dissimulation, mais grâce au rideau de fumée qu’il entretient en faisant donner ses demi-soldes, à charge pour eux de concentrer sur eux les feux de l’opinion.

L’opinion, parlons-en…

Encore une fois, rappelons qu’elle a déserté le champ politique. Elle se contente d’en être l’éternel commentateur. Ce n’est pas qu’elle manque de courage. Elle a montré à bien des reprises sa capacité de résistance. Mais elle n’a pas réussi à se constituer en tant que société. L’horreur inexpliquée de la décennie noire a fini de la persuader, après la longue parenthèse coloniale, qu’elle subit une sorte de fatalité originelle, une élection pour tenir le rôle principal dans la tragédie dont elle attend, le cœur battant, les prémisses. Alors, elle est portée à s’abstenir de toute action, jugée par avance inutile, et consacrer toutes ses forces à maintenir tous les statu quo.

Quand on ne sait pas pourquoi on meurt, comme pendant la décennie noire, on est incapable de développer des analyses, se projeter dans le futur, prétendre devenir maître de son destin. « Heureux, les martyrs ! Ceux qui savent pourquoi ils meurent sont de grands privilégiés »

Retrouver le fil de l’Histoire, de la Mémoire, parvenir à faire de l’expérience du déferlement terroriste une conscience sociale, voilà le prix à payer pour une entrée, enfin, dans une démocratie adulte et responsable.

Brahim Senouci

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