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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:41

De la violence…

La violence, omniprésente…

http://www.impact24.info/omnipresente-violence/

Plusieurs centaines de pèlerins sont morts dans des conditions atroces à Mina. Ils font la Une des journaux du monde entier. En Arabie Saoudite, en guise d’oraison funèbre, le ministre local de la Santé rejette la faute sur… les morts eux-mêmes, des Africains « indisciplinés » comme chacun sait. Certains susurrent même que ces morts sont de grands privilégiés puisque les portes du Paradis leur seraient automatiquement ouvertes. C’est vrai que, dans les temps anciens, c’était plutôt les vieillards qui accomplissaient le pèlerinage, comme une sorte d’aboutissement d’une vie de travail. Ils ne le faisaient du reste qu’après s’être assuré que la dépense encourue n’était pas de nature à plomber le budget familial et qu’ils ne laissaient derrière eux aucun problème en suspens. Alors, ils disaient volontiers qu’ils ne seraient pas fâchés de mourir en Terre Sainte. Les choses ont bien changé aujourd’hui. La moyenne d’âge a beaucoup baissé. La course à la sanctification est devenue telle que l’on voit même de jeunes gens, voire de jeunes couples, entreprendre ce long voyage. Ces pèlerins sont pleins de vie. La mort ne fait pas partie de leur horizon immédiat. Qu’ils la trouvent à leur âge, dans des circonstances tragiques, est un scandale. Que les autorités saoudiennes traitent cette catastrophe avec autant de légèreté est une honte. Il faudrait d’ailleurs qu’elles répondent à cette rumeur qui enfle et qui attribuerait l’origine de l’accident au passage d’un des innombrables princes du pays, passage qui aurait conduit les organisateurs à détourner la foule pour lui laisser la voie libre. Ce ne serait qu’une manifestation supplémentaire de l’arrogance d’un régime qui, bien que profitant de la manne financière que lui vaut la présence sur son sol des deux premiers lieux saints de l’Islam, considèrent les pèlerins avec mépris. Le spectacle de ces cadavres enchevêtrés, dans des postures grotesques, est parfaitement choquant. N’y avait-il pas moyen de les aligner dans des postures et dans un ordre dignes ? Etait-ce vraiment le seul moyen de traiter des êtres humains ? C’est ce même pays qui condamne un très jeune garçon à être décapité et… crucifié ! La croix, bannie par ce régime, refait son apparition le temps d’un supplice infâme.

Cela s’est passé le jour de l’Aïd El Adh7a, fête du Sacrifice. Plusieurs historiens datent de l’épisode du sacrifice d’Abraham le début de la civilisation humaine. Cet épisode mettait fin à la banalité des sacrifices humains qui étaient alors monnaie courante. Il devait clore une période durant laquelle la violence présidait au règlement des litiges éventuels et venir en appui à la prédation généralisée. Bien sûr, c’était une utopie. Les rapports humains sont encore aujourd’hui des rapports de force. Néanmoins, il y a une sorte de symbole en surplomb, une sorte de rappel persistant adressé aux assassins de tous bords qu’ils sont en dehors de la Loi, non pas celle qu’ils édictent eux-mêmes mais celle qui habite l’inconscient collectif et qui taraude le coupable. Qu’est devenue cette fête ? Elle a perdu sa sacralité. Le sujet de conversation le plus répandu concerne la qualité ou le prix des moutons. L’image de ces multiples éventaires proposant toutes les versions de haches et de couteaux est loin d’évoquer le monde paisible censé succéder au sauvetage d’Ismaël. Plus grave, le sacrifice lui-même devient une partie du folklore. La plupart des membres mâles de la famille y assistent, y compris les très jeunes enfants. A-t-on pensé à l’écho que suscite le spectacle violent d’un animal que l’on égorge et dont on suit l’agonie ? Une anecdote me revient. Nous sommes à Oran, en 1990, époque à la fois enthousiasmante et trouble. C’est le lendemain de l’Aïd Adh7a. Je devise avec un ami, sur le pas de nos portes. Un voisin nous rejoint. Il me rapporte un incident dont il a eu connaissance, survenu dans une famille oranaise. Comme dans quasiment toutes les maisons de la ville, le mouton est égorgé, en présence de la progéniture nombreuse, y compris le benjamin de huit ans. Le soir, ils découvrent leur chat, avec trois pattes sommairement attachées, la gorge ouverte, mort. Le coupable est le benjamin. Il a reconstitué la scène de la mise à mort du mouton avec, dans le premier rôle, son animal de compagnie…

Chacun peut constater les ravages de la violence au quotidien en Algérie, pas seulement celle des groupes terroristes, ni celle des émeutes, mais la violence familière, banale, la violence visuelle des ordures jonchant les rues, celle des bagarres, du poignard qui jaillit d’une poche intérieure, la violence domestique qui est le lot de tant de familles. Cette violence ne se contente pas d’exprimer notre mal-être. Dans une relation dialectique infernale, elle le nourrit et prospère en s’en nourrissant à son tour. Rompre ce cercle vicieux nous impose au premier chef de faire en sorte que nos enfants ne soient jamais confrontés délibérément à une scène de violence, que jamais ils ne la tiennent comme un mode banal de règlement des conflits. Vœu pieux ? Peut-être… Les racines de la violence plongent si loin dans notre inconscient collectif….

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Published by Brahim Senouci
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