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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 07:53

Ghardaïa, dernière répétition ?

http://www.impact24.info/ghardaia-derniere-repetition/

La tuerie de Ghardaïa est un signal adressé à tous les Algériens. On a assez dit que la question sociale en constitue le soubassement principal. Ce serait une manifestation sauvage de la jalousie que voueraient les Ch’aambas pauvres aux ‟riches‟ Mozabites. C’est oublier que la cohabitation séculaire entre les deux communautés ne s’était jamais traduite jusque là par un tel bain de sang. D’ailleurs, l’Etat, après la précédente flambée de violence, avait tenté de répondre sur ce terrain en multipliant les distributions de lots à bâtir et en promettant de dynamiser l’économie de la région. Cette réponse n’a pas eu l’effet escompté puisque, comme on le sait, la violence a repris de plus belle, avec un changement d’échelle notable. Il faut noter que les revendications sociales portées par les slogans scandés par les belligérants ne sont plus de mise. C’est une remise en cause de la différence Ibadite qui est mise en avant.

C’est en cela que la tragédie de Ghardaïa nous interpelle. Il faut se rendre à l’évidence : la violence qui s’y donne cours librement n’est pas propre dans son essence à cette région. Elle est de la même nature que celle qui couve dans toute l’Algérie, on aurait presque envie de dire dans le secret de notre inconscient collectif, structuré par le rejet craintif de la nouveauté et la haine de la différence. Pour vivre en paix, nous pensons nécessaire de nous conformer à un archétype de personnage à la religiosité très démonstrative, dont le discours est centré sur la nécessité de ne rien faire, rien entreprendre qui serait de nature à provoquer un état de stress dans une communauté qui ne se sent tranquille que dans le cadre aussi strict qu’étroit qu’elle est parvenue à établir après des décennies de patient gommage des aspérités, des variations, de négation têtue de tout ce que porte l’Autre. L’Algérie est frappée du syndrome de l’uniformité. Les Algériens pensent que c’est en se coulant tous dans le même moule qu’ils se prémuniront du retour d’une nouvelle décennie noire. Ils pensent que c’est en niant la pluralité qu’ils échapperont aux tragédies de la guerre.

Evidemment, ceux qui s’agrippent à leur singularité ne peuvent qu’entrer en conflit avec le reste de la société. Si la singularité est de nature religieuse, ils sont très vite taxés d’apostasie. Le recours aux armes est la conséquence naturelle de cette étiquette infamante.

L’uniformité est-elle vraiment un gage de paix ? Le spectacle de nos rues dit assez les ‟progrès ‟ réalisés dans la marche vers un conformisme absolu. Le foulard et ses avatars, niqab, djelbab…, sont devenus la règle. Le costume masculin a suivi la même évolution. Les conversations sont d’une banalité confondante et les interlocuteurs évitent soigneusement de soulever des points susceptibles d’engendrer des controverses.

Pour autant, cette société ‟idéale ‟ à venir ne brille pas par la sérénité. Elle respire au contraire la violence et elle l’exsude à intervalles plus ou moins réguliers, à la faveur d’une émeute, d’un match de football, d’une prise de bec entre automobilistes… Il y a des guerres permanentes entre jeunes de quartiers différents qui, par ailleurs, sont en conformité totale avec l’archétype imposé. La suppression de la différence n’est donc pas la panacée contre l’insécurité. Elle produit même l’effet contraire.

La mise en place de cette société ‟idéale ‟ passera par le processus dont on voit les prémisses à Ghardaïa, l’élimination de toute forme d’altérité. In fine, nous ne serons plus qu’un conglomérat de clones. La haine de soi, nous le savons, est une caractéristique essentielle de l’homo algérianus. Nous avons une image dégradée de nous-mêmes parce que nous sommes le produit ultime d’une Histoire peu gratifiante. Nous avons refoulé dans notre inconscient l’épisode colonial et la décennie noire. Bien que non verbalisés, ces événements continuent de nous déterminer dans notre vie quotidienne et nous inspirent la plus grande méfiance vis-à-vis de nous-mêmes. Dans les rues peuplées de créatures rigoureusement interchangeables, nous serons confrontés sans cesse à notre image et nous développerons une haine féroce pour nos (trop) semblables. La violence régnera alors en maîtresse absolue.

Le seul moyen de rompre avec ce scénario mortifère est de mettre la différence à l’honneur, de promouvoir les pratiques algériennes qui se distinguent du mainstream, d’encourager l’innovation, le mouvement, le progrès, de réintroduire l’éducation au sens critique dans nos établissements d’enseignement. Un Pouvoir sclérosé aura-t-il la force et la légitimité pour mener ce combat ?

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Published by Brahim Senouci
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