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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 11:56

Quel tribut pour nos morts ?

http://www.impact24.info/quel-tribut-pour-nos-morts/

Ce premier jour du Ramadhan correspond au 170ème anniversaire de l’enfumade des Ouled Riah, qui a eu pour cadre les grottes de Ghar-el-Frechih, dans la région du Dahra. Plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants y périrent dans d’atroces souffrances. Son ordonnateur, le Colonel Pélissier laissa tomber, en guise d’oraison funèbre, cette phrase dédaigneuse : "La peau d'un seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces misérables."

Ce n’était pas la première enfumade. Les Ouled Sbih avaient subi le même sort un an auparavant dans la région de Chlef, de la part de Cavaignac. Bugeaud avait applaudi à l’"exploit". Il encourageait ses subordonnés à s’en inspirer : "Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Enfumez-les à outrance comme des renards."

Ces mêmes Ouled Sbih avaient même connu, deux ans plus tard, une variante monstrueuse de ce supplice. Saint-Arnaud avait choisi d’emmurer la grotte dans laquelle ils avaient cru trouver refuge...

Ces trois événements donnent la mesure du long supplice de notre peuple sous le joug colonial. Ils disent la peur, les massacres indistincts, les tortures, la volonté permanente de nous réduire. Ils disent notre disparition du décor de nos villes, redessinées pour le bien-être d’une population venue d’Europe, pétrie d’une bonne conscience haineuse. Ils disent les camps de concentration (qu’on appelait camps de regroupement) dans lesquels on entassait des millions d’hommes et de femmes.

L’indépendance a mis fin à cette souffrance. Du moins, le croyions-nous. En fait, elle l’a estompée mais elle ne nous a pas libérés de la culpabilité de nous être mis en état de la subir. Nous continuons d’être prisonniers de cette mémoire de notre abaissement, de notre humiliation. En surplomb de nos pensées, en sombre arrière-plan de nos velléités, il y a cette rengaine infâme qui nous dit que notre condition naturelle est d’être colonisés, que nous sommes incapables d’assumer un destin de peuple libre.

Nous cheminons, accompagnés du cortège invisible et muet de nos morts. Ils nous supplient de redonner du sens à leur martyre, d’assurer l’indispensable prolongement à leur sacrifice en construisant un pays prospère, paisible, un pays qui compte. Ils nous implorent de mettre en place les conditions nécessaires pour que nous ne revivions plus jamais la tragédie coloniale…

Frappés de paralysie, nous sommes incapables de répondre à leurs vœux, incapables de réaliser leurs promesses.

On dit que les peuples naissent de leur sortie de la nuit. La naissance peut être différée mais elle doit advenir. Comme le dit le philosophe Manuel de Dieguez, "nos morts nous conduiront à la puissance si nous nous montrons dignes de leur anonymat héroïque."

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Published by Brahim Senouci
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commentaires

Aziz Mouats 20/06/2015 19:40

je crois que la second enfumade des Sbeah est l'oeuvre de St Arnaud qui avait remplacé Cavaignac ( muté à Tlemcen) à la garnison d'El Asnam Orléansville...Aziz Mouats

Brahim 20/06/2015 21:00

Tu as raison. C'était bien Saint-Arnaud mais il s'agissait bien d'une emmurade.

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