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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 14:37

L’innocence…

http://www.impact24.info/linnocence-attribut-de-quelles-nations/

A la faveur d’une bienheureuse insomnie, je découvre une émission, sur une radio française, particulièrement intéressante. En fait, il s’agit de la reprise nocturne d’une émission matinale. Le jeu consiste, pour le journaliste de la chaîne, à répondre aux questions d’un panel d’enfants. Le thème du jour : le terrorisme !

Tout y passe, Charlie Hebdo, Ben Laden, Daesh… Au fil du temps se développe un malaise diffus. Les questions des enfants ressemblent un peu trop à des questions d’adultes. Ce sont les mêmes mécanismes, les mêmes enchaînements, les mêmes banalités qui se déclinent avec la même componction. Les réponses du journaliste sont à l’avenant…

Bien sûr, pas question d’échapper au 11 septembre. Là, le journaliste a une réponse déjà entendue, des dizaines, des centaines de fois, une réponse qui résonne comme un bruit de fond auquel on ne prête pas vraiment attention. Le 11 septembre, l’Amérique, dit-il, "a perdu son innocence".

Son innocence ? Diable ! Voyons les définitions. Il y en a trois principales. L’innocence serait :

§ La qualité de quelqu'un qui ignore le mal, une définition qui s’applique parfaitement à l’enfant.

§ L’état de quelqu'un qui n'est pas coupable d'une faute déterminée.

§ Le caractère de ce qui est exempt de malignité, qui pourrait être qualifié d’ingénuité, de naïveté peut-être excessive.

De quelle catégorie relèverait l’"innocence" étasunienne ?

Ce pays ignorerait-il le mal ? Hypothèse crédible s’il s’agit du mal subi. Ce pays a traversé des siècles de désordres mondiaux sans jamais avoir vécu la guerre chez lui, hormis l’attaque de Pearl Harbour. Cette disposition a pu conforter dans son inconscient collectif l’idée que le malheur n’était pas pour lui, qu’il avait le privilège d’une sorte d’élection. En revanche, s’il s’agit du mal fait aux autres, l’idée même d’innocence est complètement incongrue.

Est-il innocent d’une faute déterminée ? Allons bon. Le Vietnam, le Nicaragua, l’Irak,… ?

Peut-il être qualifié de naïf, d’ingénu ? Voilà des caractères que l’on ne peut pas vraiment reconnaitre à un pays surarmé, richissime, dont la population, qui représente 5 % de la population mondiale, consomme 25 % des ressources de la planète. Il s’agit du champion toutes catégories de la pollution par habitant. C’est un pays enclin à s’affranchir du droit international, qui joue le rôle de protecteur vigilant de régimes agressifs, le moindre d’entre eux n’étant pas l’Etat d’Israël !

Alors, pourquoi ce beau mot d’"innocence" revient-il comme un leitmotiv dans la bouche ou sous la plume des commentateurs occidentaux ?

L’Occident tire sa suprématie de sa capacité à penser le monde, selon une grille particulière. S’il a pu prospérer, c’est par le pillage du reste du monde, c’est en l’asservissant au besoin. Il a fait cela en ne cessant de se présenter comme un modèle de vertu. Il l’a tellement claironné qu’il a fini par y croire. C’est ainsi qu’il s’est auto octroyé l’exclusivité de l’"innocence", reléguant la culpabilité ontologique sur les épaules de ceux qui gémissaient sous son implacable férule.

Incapable de revisiter sa grille de lecture essentialiste, il ne comprend pas pourquoi il est de plus en plus objet d’exécration. « Mais pourquoi nous détestent-ils ? », gémissent les peuples d’Occident. « C’est pour ce que nous sommes, nos libertés, nos talents, notre amour de la vie », répond leur imaginaire. En creux, l’Autre est réputé ignorant, barbare, haïssant la vie. Il ne se trouve pas grand-monde pour établir un lien formel entre l’immense forfait commis quotidiennement contre des peuples affamés, venant s’échouer sur leurs rivages quand ils réussissent à échapper à une noyade proclamée, et la vague de violence qui s’étend du Moyen-Orient jusqu’à l’Afrique, et qui touche désormais le cœur du monde occidental.

Richesse indue et autosatisfaction d’un côté, pauvreté extrême et mésestime de soi de l’autre, superbe cocktail de toutes les explosions à venir…

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Published by Brahim Senouci
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commentaires

Irène 01/06/2015 20:28

Je n'avais pas encore fini. Étant dans le train je ne peux pas plus précisier les références du livre. Amitié Irène

Irène 01/06/2015 20:23

D'accord avec ton analyse du "faux innocence" de l'occident. Oren Yiftachel, prof. À l'université Ben Gourion donne une définition descriptive de la colonisation externe et interne (le cas d'Israel) dont un aspect: la colonisation vide l'identité des colonisés par détruire leur histoire socio-culturelle

Brahim 01/06/2015 21:33

très intéressant!

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