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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 09:45

L’ensauvagement du monde, une fatalité ?

http://www.impact24.info/lensauvagement-du-monde-une-fatalite/

Il n’y a pas grand-monde pour s’interroger sur les racines de la violence qui s’étend à travers le monde. Les sempiternels discours martiaux des dirigeants des pays éprouvés ne sauraient faire illusion sur leur aptitude réelle à la réduire. Les « analyses » des spécialistes autoproclamés de l’Islam et de l’islamisme se caractérisent par leur caractère convenu. D’une chaîne de télévision à l’autre, d’un éditorial à l’autre, ce n’est qu’un immense bégaiement qui ne parvient pas à dissimuler l’ignorance et la sidération des « sachants ».

Les Etats-Unis s’attribuent volontiers un brevet d’innocence. Les attentats du 11 septembre 2001 y ont suscité autant de frayeur que d’incompréhension. Beaucoup d’Etasuniens se demandèrent pourquoi ils étaient autant détestés. Georges Bush leur fournit la réponse, une réponse rassurante : « nous sommes détestés pour ce que nous sommes, pour notre liberté, notre démocratie, notre HUMANITÉ ». Il dessina ainsi, en creux, le portrait robot des terroristes, incarnation du mal absolu, figure de l’Antéchrist, produits d’une ontologie faite de soumission panurgique et qui fait de l’individu lambda un être aux contours indistincts, produit d’une morale qui conduit à ne se définir que par sa totale conformité avec le troupeau.

Un tel portrait dispense la « communauté internationale », qui est en réalité le faux nez de l’Occident, d’inscrire les actes barbares dont le monde est le théâtre dans un contexte, d’en établir les causes profondes, ou plutôt la longue chaîne causale. Bien que faisant mine d’établir un distinguo entre l’islamisme et l’Islam, elle les confond en réalité allègrement. L’opinion applaudit, heureuse de la dispense de réflexion et d’autocritique dont ce portrait la gratifie.

Soyons lucides. L’islamisme a à voir avec l’Islam, du moins avec la pratique de l’Islam qui a cours dans la majorité du monde arabo-musulman. Cette pratique se caractérise par un morne conformisme, le rejet de l’innovation, la phobie du changement. « Horreur, les âmes étriquées », s’écriait Nietzche qui ajoutait : « Là, rien de bon, et presque rien de mauvais ». L’Algérie en est un archétype. Une décennie sanglante de terrorisme islamiste, loin de la guérir de son conservatisme et de l’ouvrir aux vents du large, vents de liberté, a au contraire aggravé son enfermement. A l’évidence, cette atmosphère étouffante joue un rôle dans la radicalisation et la tentation de l’extrême. Mais la vraie question est de savoir si cette pratique est consubstantielle à l’Islam ou si elle est le produit d’une histoire, d’événements particuliers. Est-elle à ranger dans la catégorie des causes ou des effets ? Est-ce cette pratique qui sécrète le prurit terroriste ou est-elle elle-même le produit, au même titre que le terrorisme, d’une cause extérieure ?

Guerre contre le terrorisme, guerre de civilisation, Valls reprend l’antienne de Georges Bush. Il s’en était bien gardé jusque-là. Une digue vient de sauter. La civilisation occidentale pointe du doigt la barbarie d’en face. Bien sûr, seuls sont désignés les terroristes. Mais, dans le même temps, les injonctions faites aux musulmans de « grandir », de soigner le mal, signifie qu’on considère qu’il est en eux. Le Klach qui a mitraillé d’innocents baigneurs est tenu par des millions de mains. Des millions d’index ont appuyé sur la détente. C’est ainsi que l’on redessine à grands traits le paysage des premiers siècles de l’Occident moderne, celui qui servait à justifier l’esclavage, les expéditions coloniales et les massacres industriels des indigènes.

Depuis son avènement, à la faveur de la Renaissance et de la conquête de l’Amérique (et de la disparition corollaire des "native American" comme se désignent eux-mêmes les Indiens qui rejettent cette appellation due à une erreur de navigation !), l’Occident s’est institué en démiurge.

Le démiurge, dans la philosophie grecque, désigne la déité responsable de la Création. Par extension, ce nom a été donné aux auteurs de grandes œuvres. Dans ce sens-ci, un démiurge pense la réalité comme une création, avant de réduire celle-ci à une fabrication, ce qui lui donne la faculté de la modifier, de la façonner, d’entrer en concurrence avec Dieu, voire de le nier ! Pour le démiurge, il n’y a rien d’impossible. Dans la mythologie grecque, Prométhée, de la race des Titans, vole le feu aux dieux, pour le transmettre aux hommes. Il est certes puni pour son acte : il est attaché sur le Mont Caucase et un aigle vient chaque jour lui dévorer le foie, qui se reforme sans cesse. Il n’empêche qu’il reste celui qui a modifié l’ordre divin. Autre démiurge célèbre, Victor Frankenstein. C’est un personnage de fiction imaginé par Mary Shelley dans un roman publié en 1818, "Frankenstein ou le Prométhée moderne". Le personnage réussit à insuffler la vie en suturant des débris de cadavres et en leur greffant un cerveau. Le résultat est le monstre bien connu des amateurs de films d’épouvante.

L’Occident est le dernier démiurge « en activité ». Depuis plus de cinq siècles, c’est lui qui règle la marche du monde non occidental. C’est lui qui trace les frontières à coups de serpe, qui adoube les dirigeants, qui fomente les coups d’Etat. C’est lui qui fait donner le canon dans des pays qu’il prétend démocratiser en les débarrassant de leurs dictateurs et qu’il fait en réalité exploser. C’est lui encore qui a colonisé et qui continue, par des moyens détournés, à dicter sa loi. L’état de la Libye et de l’Irak est son œuvre. Que cet état ait incontestablement donné un souffle immense au terrorisme doit lui être imputé. De plus, il s’érige en porte-drapeau de la morale. A ce titre, il décrète « universelles » des valeurs édictées par lui, à l’exclusion du reste de l’Humanité. Qu’à l’occasion, il foule lui-même aux pieds ces valeurs, en piétinant le droit international dont il est l’auteur, ne le dérange nullement. Ainsi, Israël est libéré de toute contrainte légale et peut, à loisir, coloniser, massacrer, maintenir sous blocus 1,5 millions de Palestiniens. L’Occident est responsable de la pollution et du dérèglement climatique dont les manifestations touchent d’abord les populations pauvres des pays non occidentaux. C’est lui qui a inauguré la fabrication des armes de destruction massive, notamment celle des armes atomiques dont le destin risque de ne pas se réduire à rester sagement dans des entrepôts. Sa prétention à la puissance suprême se niche aussi dans les manipulations génétiques. L’académicien étasunien Craig Venter déclare ainsi qu’il sera possible, non seulement de lire notre code génétique mais de l’écrire, c’est-à-dire, à l’instar de Frankenstein, faire jaillir la vie. Le démiurge est apprenti sorcier. Prométhée maître du feu se brûle en jouant avec le feu…

Que fait le monde non occidental ? Assigné pour l’éternité par le démiurge à un rôle de comparse, il choisit souvent la résignation et le refuge de la religion, non pas d’une religion rayonnante, ouverte, mais d’une religion de dogme et de crispation, comme si cette part de l’Humanité voulait rendre son tribut à Dieu par une adoration exclusive et la détestation concomitante de ce concurrent arrogant.

L’ensauvagement du monde n’est pas une fatalité. Il s’inscrit dans une chaîne causale dont le premier maillon est la prétention de l’Occident à régler le monde en fonction de son seul intérêt. « Le mode de vie américain n’est pas négociable », disait Bush père, laissant entendre que la justice, la liberté des peuples, la préservation du climat, la lutte contre la pollution devaient être subordonnées à la satisfaction des désirs de ses compatriotes. A cette aune, la violence ne pourrait que s’amplifier. Des bombes exploseraient un peu partout, dans les villes, dans les gares. Les bateaux de l’exode des populations perçues comme allogènes sillonneraient les mers. Le monde deviendrait une jungle primaire. Comme le disait le mathématicien philosophe britannique Bertrand Russell : « L’humanité finirait par disparaître et la Terre retrouverait enfin la paix. » Le seul moyen d’empêcher la réalisation de ce scénario sinistre est d’en finir avec le primat absolu de l’Occident, de tuer en lui le démiurge, de rendre la Terre à l’Homme. Il y a un mot grec qui signifie « nulle part ». Ce mot est « Utopie ». Mais il y va du devenir de notre espèce. Alors, aurons-nous la sagesse d’embrasser l’utopie et de lui offrir notre petite planète comme lieu de sa réalisation ?

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Published by Brahim Senouci
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