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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 07:23

La Nation, l’imaginaire, l’école…

La France s’étripe sur son école…

Disons-le tout net, le système éducatif local n’a plus grand-chose à « envier » à son homologue algérien. L’enseignant que je suis a parfois du mal à comprendre comment une grande partie des étudiants qui lui font face ont pu avoir leur baccalauréat. Il y a une différence toutefois, et de taille. Si la dégringolade du niveau scolaire est bien réelle et attestée par l’indicateur PISA, la capacité de la France à former des élites, peu nombreuses mais de grande qualité, est encore d’actualité. Cela correspond à un mouvement qui touche en particulier le monde occidental, et qui instaure une sorte de discrimination entre élèves « lambda », appelés à constituer la piétaille du développement, et « aristocrates » voués à gouverner sans partage sous l’égide du sacro-saint primat de l’économie, dûment débarrassée de son fardeau social..

Cette tendance est appelée à s’accentuer sans doute, avec la réforme du collège lancée par la ministre de l’éducation nationale Najet Vallaud-Belkacem. Cette réforme est dans le droit fil de ses devancières. Plutôt que de lutter contre la baisse du niveau des élèves, elle a pour but de l’accompagner, en rayant les disciplines faisant appel à ce qu’elle appelle « la culture cultivée », c’est-à-dire les grands textes de la littérature française, le grec, le latin… Le substitut aux grandes œuvres est tout trouvé. Il s’appelle Jamel, maître du stand-up de banlieue, figure de proue de la sous-culture urbaine. De plus, elle prône une réforme de l’Histoire qui fasse une place plus grande à la colonisation et à l’esclavage, événements dans lesquels la France n’a pas eu le beau rôle.

Concomitamment, la Ministre de la Justice, Christiane Taubira, à rebours de l’opinion, insiste sur la part du déterminisme socioculturel dans la construction du « voyou ». Elle privilégie naturellement la prévention, qui consiste à soigner les causes, plutôt que la punition qui fait exploser la population carcérale et n’qui n’offre aucune possibilité de s’amender. En arrière-plan, elle fait entendre sa petite musique silencieuse, celle d’une enfant dont les convictions se sont forgées dans les luttes pour la reconnaissance de l’esclavage.

Il est remarquable que ces deux femmes, l’une arabe et l’autre noire, incarnent, ou pensent incarner, l’avenir de la France. Cette prétention en fait les objets d’une intense détestation. Cela va jusqu’à la remise en cause du « modèle » français, censé ignorer les origines ou les croyances pour ne reconnaître que le « citoyen » et le mérite. Ce modèle a du plomb dans l’aile, il est vrai, comme en témoignent les discriminations et la montée d’une islamophobie qui imprègne toutes les catégories de population désormais. Passons sur les insultes à caractère raciste. Attardons-nous sur les critiques plus sophistiquées, en apparence du moins...

Le modèle français est l’expression la plus achevée de l’universalisme sans Dieu et de l’individualisme qui libère le citoyen de toute entrave, religieuse ou familiale. Il propose une lecture du monde focalisé sur la personne, centre unique d’intérêt. Toute réflexion procède de lui, de son confort ici-bas. Le sacré n’a pas de place dans ce modèle. Ses tenants ne l’invoquent jamais. Ces derniers temps, les choses ont changé. De plus en plus de personnalités politiques mettent l’héritage des Lumières au voisinage de celui du christianisme. Les allogènes qui ont rejoint la France au nom de sa vocation à accueillir les hommes sans considération de leurs attaches culturelles ou religieuses, sont dorénavant perçus comme des menaces. La tentation de la crispation pousse au rejet ontologique de ceux qui cumulent deux inconvénients pour la France « de base » : Celui du refus de se dissoudre dans l’universalisme décharné qui constitue son identité provisoire et celui de constituer un rappel vivant de la culpabilité de la France dans des tragédies impossibles à oblitérer.

Elle est le reflet actuel de l’impossibilité de constituer une Nation, en l’absence d’un imaginaire commun, pire encore, en présence d’imaginaires antagonistes…

Seule la revisitation critique des épisodes non gratifiants de l’Histoire permettrait d’apaiser les tensions mais ni l’opinion ni le personnel politique français n’y sont prêts.

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Published by Brahim Senouci
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