Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 13:39

L’islamisme, une ruse pour ne pas assumer notre destin ?

L’Egypte condamne Mohamed Morsi à mort. Pour faire bonne mesure, la même sentence est appliquée à une centaine de Frères Musulmans.

Quel serait le crime de Morsi ? Officiellement, il est accusé d’ « espionnage » et d’avoir « tenté de s’évader ». Rappelons que l’armée l’avait destitué, profitant d’une intense campagne populaire de contestation qui s’était traduite par de gigantesques manifestations. Le chiffre de 18 millions de manifestants Egyptiens avait été donné à l’époque par… l’armée ! Cela me rappelle un dessin de Plantu dans Le Monde du 1er juin 1990. C’était au lendemain d’une manifestation organisée par le FFS à Alger. Il y avait certes beaucoup de monde et un immense… malentendu. La revendication officielle, avancée par la direction du FFS, était le libre exercice de la démocratie et l’ouverture du champ politique. Ces mots d’ordre visaient donc plutôt le régime, soupçonné à juste titre de torpiller les libertés. Toutefois, la préoccupation majeure de la partie de la population acquise à l’idée de démocratie était la lutte contre le FIS. De ce point de vue, elle avait objectivement partie liée avec le Pouvoir. Les slogans étaient largement cacophoniques. Les mots d’ordre traditionnels du FFS, sur l’ouverture du champ politique et la régénération de la gouvernance, étaient noyés sous les condamnations de l’intégrisme. Le dessin de Plantu représentait la manifestation, sous la forme de milliers de têtes à peine esquissées. Sur le trottoir, un journaliste européen annoncait « une gigantesque marche, de 300.000 personnes selon les organisateurs, 3 millions selon la police »…

Morsi avait été élu de façon indiscutable. Sans doute n’était-il pas au fond de lui-même un démocrate ? Sans doute rêvait-il d’un califat dans lequel se noierait l’illusion démocratique ? Toujours est-il qu’il n’en a rien montré durant son passage au pouvoir, durant lequel il s’est contenté d’étaler une incompétence qui a fini par indisposer la majorité des Egyptiens. Sans l’intervention de l’armée, il n’aurait sans doute pas tenu plus de quelques mois avant de tomber comme un fruit mûr, démocratiquement. Il faut croire que ce scénario ne convenait guère à l’armée qui ne voulait en aucun cas que l’échec des islamistes fût sanctionné par la vox populi. L’armée avait compris qu’en pareille circonstance, ce départ risquait fort de s’accompagner immanquablement d’une remise en cause radicale de la place de l’armée et de sa mise en cause comme étant l’origine unique de la misère, de la corruption, de tout ce qui a balisé la voie à la prise du Pouvoir par Morsi. Elle a donc choisi de prendre de vitesse le mouvement populaire, la défense de ses intérêts passant apparemment avant celle de l’Egypte… Depuis, c’est la restauration de l’ordre ancien, commençant symboliquement par la quasi réhabilitation de Moubarak et la mise à mort (espérons qu’elle ne soit que symbolique !) des chefs islamistes. Le changement est renvoyé aux calendes grecques.

En Algérie, on a arrêté le temps. Le paysage politique s’est figé autour de la figure immobile d’un président assis, autocrate mutique échappé d’un roman de Garcia Marquez, régnant sur une cour interlope. Le peuple, inconsciemment, lie son destin à sa survie et a adopté l’immobilité pour conjurer les menaces. Attentif à étouffer toute velléité de mouvement, il s’oppose à tout changement. En guise de viatique, il a choisi la forme épurée, ultime de la religion, l’observance sourcilleuse du dogme, l’annihilation du mystère et du sacré, le rejet du doute. Il pense se protéger ainsi contre la violence dont il se sait porteur. Il pense que les signes annonciateurs des guerres et du chaos, ces signes qui nous viennent d’Irak, de Libye et de Syrie, ne seront pas pour nous tant que nous ne bougerons pas, tant que nos vies seront rythmées par les prières quotidiennes sur fond de sommeil léthargique, tant que nous abdiquerons toute prétention de jouer un rôle dans la construction de notre destin.

Illusion, bien sûr…

Brahim Senouci,

http://www.impact24.info/lislamisme-une-ruse-pour-ne-pas-assumer-notre-destin/

Partager cet article

Repost 0
Published by Brahim Senouci
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Brahim Senouci
  • Le blog de Brahim Senouci
  • : Billets d'humeur
  • Contact

Recherche

Liens