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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 14:21

8 mai 1945…

Paru dans l'Humanité du 15 mai 2015

Ce matin du 8 mai 1945, sur I Télé, un commentateur fustigeait le gouvernement Japonais pour ses réticences à admettre le « crime contre l’Humanité » consistant en la servitude sexuelle imposée à 200.000 sud-coréennes, astreintes au rôle de femmes de réconfort au service des soldats Japonais. Un peu plus tôt dans la semaine, sur d’autres antennes, on a eu droit aux diatribes désormais habituelles contre une Turquie peu encline à admettre sa responsabilité dans le génocide arménien. Puis, toujours en ce vendredi 8 mai, on a eu droit aux très longs développements sur la « victoire » sur le nazisme, aux reportages coutumiers sur le tourisme mémoriel sur les plages du débarquement, au traditionnel cocorico sur le caractère déterminant de la part française dans la libération de la France… Le discours de Hollande n’a pas failli non plus à l’usage. Il a rappelé avec force le caractère sacré du devoir de mémoire et de la nécessité de la transmission.

Rien d’autre ? Rien…

Je fais miennes les exhortations élyséennes quant au devoir de mémoire et de transmission. Je demande donc à tous les citoyens épris de liberté et de vérité de ne jamais oublier ces sinistres journées du 8 mai 1945 durant lesquelles des dizaines de milliers de nos concitoyens algériens ont été massacrés de façon aveugle, indistincte, sans sommation. Ils ont été bombardés par air, par terre et par mer. Ils ont été précipités vivants des camions dans lesquels ils étaient entassés dans les nombreux précipices qui cernent les villes de Guelma, de Sétif et de Kherrata. Ils ont été extraits de leurs misérables cahutes ou leurs tentes de bergers pour être exécutés d’une balle dans la tête par les membres de multiples milices pied-noir qui s’étaient constituées pour participer au carnage. Jamais les chiens de la région n’avaient été à pareille fête. Ils se déplaçaient en de sinistres meutes, la gueule rouge de sang, exhalant une haleine fétide…

Hollande dans les Antilles. Il fait la leçon. L’esclavage, une bien mauvaise chose, dit-il. Il faut le commémorer. Mais surtout, n’allez pas réclamer de l’argent ou une quelconque réparation matérielle. Restons dans la symbolique. La République a beau être bonne fille, elle n’est pas en état d’honorer autre chose que des symboles.

Nous n’oublierons jamais, Messieurs les gouvernants français, ni ces tragédies, ni votre insupportable prétention à les ravaler au rang d’événements somme toute mineurs. Nous n’oublierons pas non plus l’arrogance que vous étalez en indiquant aux descendants des victimes de vos prédécesseurs la manière dont elles doivent traiter les souffrances que leurs aïeux ont subies. Nous n’oublierons pas la singulière ressemblance du ton que vous adoptez à notre égard avec celui que, sans doute, vos prédécesseurs utilisaient vis-à-vis de nos ancêtres. Nous ne voulons ni des amis condescendants ni des ennemis malfaisants. L’Histoire ne manquera pas de vous présenter, à vous tous, sa facture…

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Published by Brahim Senouci
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