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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 08:17
Otmane Mersali : « le chemin de lumière »

Otmane Mersali : « le chemin de lumière »

In Le Quotidien d'Oran du 15 avril 2015

Otmane Mersali est connu des amateurs d’art algériens. Né à Mostaganem en 1952, il grandit à Oran et s’identifie si bien à cette ville que la plupart des journalistes font de celle-ci son lieu de naissance. Il se forme à la peinture aux Ecoles des Beaux-Arts d’Oran, puis d’Alger et complète sa formation académique à l’Université Paris VIII par un DEA d’arts plastiques. Il retrouve l’Ecole des Beaux-Arts d’Oran pour y délivrer son enseignement, avec un court crochet d’une année par sa ville natale de Mostaganem. Il quitte l’Algérie en 1994, dans les circonstances que tout le monde connait et qu’il est inutile de rappeler pour ne pas réveiller des plaies encore trop vives. Il a plusieurs expositions à son actif, en France, en Italie, en Tunisie et, bien entendu, en Algérie. Il y reçoit plusieurs médailles, d’or ou d’argent. Ses tableaux ont été achetés par de nombreux particuliers de divers coins du monde. Ils sont aussi venus enrichir diverses institutions algériennes telles que le Ministère de la Culture, la mairie d’Oran, la Wilaya d’Oran, le Musée d’Oran, le Centre Culturel Algérien de Paris, mais également des institutions étrangères telles que la mairie de Nanterre, la mairie du Bourget, le service social d’Electricité de France…

Otmane réside actuellement à Argenteuil, une ville de la banlieue parisienne. Gouvernée durant des décennies par la gauche, elle a viré à droite lors des dernières municipales. C’aurait pu être un motif d’inquiétude pour les artistes du lieu, la droite étant réputée moins encline à soutenir des artistes. Inquiétude apparemment infondée puisque cette municipalité de droite a reconduit la politique culturelle de sa devancière, notamment en confirmant la mise à disposition d’ateliers à titre gracieux pour ses meilleurs peintres (dont Otmane Mersali évidemment). C’est elle aussi qui a apporté une aide déterminante au montage de l’exposition de l’œuvre de notre ami dans le grand hall de l’Hôtel de Ville, du 8 au 25 avril 2015.

Sans doute la tradition a-t-elle été plus forte que la politique. Argenteuil fait partie, avec Auvers-sur-Oise, Conflans-Sainte-Honorine, Giverny…, d’un ensemble qui a été un lieu d’élection pour les peintres impressionnistes de la fin du XIXème siècle qui y ont trouvé la « douceur des bords de Seine » : Claude Monet, Alfred Sisley, Édouard Manet, Gustave Caillebotte, Camille Pissarro, l’inclassable Vincent Van Gogh… Argenteuil, point de chute rêvé pour un peintre algérien.

Quelle chance ! Notre rendez-vous coïncide avec l’apparition du soleil dans la région parisienne. Je le retrouve tel qu’en lui-même, le débit saccadé, son éternelle casquette vissée sur la tête. Nous faisons le tour des œuvres, accrochées dans un bel ordonnancement, baignées de leur lumière intérieure à laquelle fait écho celle que délivre généreusement le soleil à travers une grande baie vitrée. J’y retrouve la « patte » de l’Artiste, la ligne centrale de ses paysages, qui engagent le spectateur à entrer au cœur du tableau, entraîné par la silhouette de personnages au dos énigmatique… Ses rivières aux couleurs intenses, figurant les marches des escaliers de la Casbah, ou les contours d’un marché populaire dans la ville méditerranéenne de Sanary… Le jaune se taille souvent la part du lion. Il se déverse sans retenue, repoussant les verts, les bleus, dans une obscurité relative. Seul le blanc résiste, le blanc enveloppant des haïks, ou celui des lumières qui se déversent dans la petite rue de la Huchette, au Quartier Latin, rue dans laquelle Ahmed Wahby avait ses habitudes, dit-on…

Je me promène au milieu de ces tableaux. La lumière de l’été baigne un marché (celui de la Bastille à Oran ? un marché provençal ?). Elle cède à d’infinies variations autour du bleu d’un faubourg. Un peu plus loin, ce même faubourg se décline en rouge, blanc, jaune, vert, marron… Omniprésent, le blanc du haïk…

Soudain, au détour d’un pilier, des visages connus, ceux de Abdelkader Alloula et de Tahar Djaout, émergent de collages vertigineux.

Le chemin de lumière, une exposition algérienne… Des œuvres qui parlent « à l’âme en secret, sa douce langue natale »

Brahim Senouci

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