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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 06:49

Maspero est mort…

In Le Quotidien d'Oran du 14 avril 2015

François Maspero vient de mourir. Ce nom résonne-t-il aux oreilles algériennes ? J’en doute. Et pourtant…

Né en 1932, François est le fils et le petit-fils de savants illustres, Professeurs au Collège de France, l’égyptologue Gaston Maspero, qui a laissé son nom à un quartier du Caire et le sinologue Henri Maspero, mort dans le camp de concentration de Buchenwald. Lui-même a été écrivain, éditeur. Il a notamment publié « l’Honneur de Saint-Arnaud » en Algérie, à Casbah Editions. Il a consacré sa maison d’édition à la publication d’œuvres choisies pour leur engagement contre le colonialisme, la lutte contre la torture, la dénonciation du racisme. Son nom reste attaché à la guerre d’Algérie. Il a assuré la sortie d’ouvrages tels que L'An V de la révolution algérienne (1959), de Frantz Fanon, « Ratonnades à Paris », long article (non signé), de Paulette Péju, « L'Algérie, nation et société » (1965), de Mostefa Lacheraf. Il fonde en 1961 la revue Partisans qui devient l'un des porte-voix incontournables du mouvement anticolonialiste. Il lance en 1959 la collection « Cahiers libres » pour « combler les lacunes de l'information sur la guerre d'Algérie ».

La censure gaulliste s’abat sur lui. Des livres et des articles sont frappés d’interdiction. Avec les Editions de Minuit, fondées par Jérôme Lindon, les éditions Maspero sont les seules, en France, à braver le pouvoir, la répression et les attentats de l’OAS. Lassé par les luttes et les désillusions, François décide de passer la main à un de ses collaborateurs, François Gèze, qui rebaptise la maison et en fait « La Découverte ».

Il a écrit de nombreux romans, édités au Seuil, « Le Sourire du chat » (1984), « Le Figuier » (1988), « Le Temps des Italiens » (1994) ou « La Plage noire » (1995). Ces livres lui ressemblent, par le nimbe de lumière dans lequel ils sont enchâssés, par la sourde désespérance dont on perçoit l’écho. La vie ne l’a pas plus épargné après la guerre. Il ne s’est jamais vraiment remis de la perte d’une compagne et d’une fille bien-aimées. François était très ami avec le chroniqueur et écrivain algérien, Sadek Aïssat, qui écrivait « les chroniques du café mort » dans le Matin d’Algérie jusqu’à son départ en France en 1990. Sadek est mort il y a dix ans. Nous avons commémoré ce douloureux anniversaire en compagnie de François, autour d’un couscous…

Sadek et François avaient en partage un mal d’être que Sadek évacuait par le chaabi et François par des engagements en pointillés pour des causes choisies.

C’est ainsi que j’ai eu le privilège de le connaître. Il a en effet fait partie du Comité Organisateur du Tribunal Russell sur la Palestine. Nos réunions se passaient à Bruxelles et nous voyagions souvent ensemble. C’était un « taiseux », espèce rare dans les rues parisiennes gonflées de conversations ineptes. Il pouvait même avoir l’air revêche. Il était en fait d’une délicatesse extrême et très affectueux. Aux funérailles de sa compagne, son visage s’est éclairé à ma vue. Il m’a serré dans ses bras, « à l’algérienne »…

Salut, François…

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Published by Brahim Senouci
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