Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 14:27
Pourquoi un Tribunal Russell sur la Palestine  ? 
Sur le modèle du Tribunal Russell sur le Vietnam, le Tribunal Russell sur la Palestine s’est constitué à l’initiative d’un groupe d’intellectuels européens, réunis au sein d’un Comité Organisateur International. Ken Coates, Président de la Fondation Russell , Leïla Shahid, Déléguée Générale de la Palestine en Europe, et Nurit Peled, Professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem, titulaire du Prix Sakharov, ont lancé un appel à parrainer cette initiative. Plus de cent-vingt personnalités éminentes à travers le monde y ont répondu.
Le Tribunal, au vu de l’empêchement persistant du peuple palestinien à exercer son droit à l’autodétermination, droit inscrit dans la charte des Nations Unies, se propose d’en rechercher les causes et d’identifier les Etats ou les organisations qui concourent à cet empêchement.
En la matière, le droit a été dit. De nombreuses résolutions des Nations Unies (181,194, 242, 338, 1322, 1397, 1435) appellent de manière explicite à l’établissement d’un Etat palestinien. De plus, le 9 juillet 2004, la Cour Internationale de Justice de La Haye a émis un Avis qui, au-delà de l’appel au démantèlement du Mur, résume l’ensemble des violations du droit dont sont victimes les Palestiniens. Le 20 juillet 2004, l’Assemblée Générale des Nations Unies a intégré cet Avis dans la résolution ES-10/15, résolution qui fait obligation aux Etats d’agir pour faire cesser ces violations. Tout cela est resté lettre morte.
Récemment, l'Autorité Palestinienne a adressé au Conseil de Sécurité des Nations Unies une demande de reconnaissance et d'admission d'un État Palestinien. Cette demande a été accueilli, au mieux avec scepticisme dans le cas de l'Europe, au pire avec hostilité dans le cas des États-Unis qui ont annoncé qu'ils y opposeraient  leur veto si elle recueillait 9 voix sur les 15 membres du Conseil. L’Europe et les États-Unis ne manquent aucune occasion de proclamer la nécessité d'un État Palestinien. Leur attitude vis-à-vis de la demande raisonnable de l'Autorité Palestinienne est donc tout sauf cohérente.
Au vu de l’ampleur de l’arsenal juridique pertinent, au vu du peu d'empressement des pays développés de contraindre les acteurs à se plier aux règles du droit international, il est apparu que la vraie question est celle de la complicité d’acteurs politiques et économiques qui ont permis à Israël de persister dans son refus de se soumettre au droit sans qu’il encoure les sanctions que cette attitude aurait dû lui valoir.
Une première session du Tribunal s’est tenue à Barcelone en mars 2010 sur les responsabilités de l’UE et de ses Etats membres dans la situation faite aux Palestiniens. Le jury a conclu à leur complicité dans les infractions au droit commises par Israël  dans les Territoires Occupés et les appelle à y mettre un terme.
Une deuxième session s’est tenue à Londres en novembre 2010 sur la responsabilité des sociétés multinationales dans le développement de la colonisation. Le jury a reconnu un certain nombre d’entre elles coupables de soutien à cette entreprise. Il a aussi émis la possibilité d’appeler à leur traduction devant les juridictions nationales d’Etats dont elles relèvent.
La troisième session se tiendra au Cap, en Afrique du Sud, en novembre 2011. Elle sera centrée sur le thème du crime d’apartheid, reconnu comme crime contre l'humanité par la Convention sur l’élimination et la répression du crime d'apartheid adoptée par l'Assemblée Générale des Nations Unies le 30 novembre 1973, entrée en vigueur le 18 juillet 1976. Le jury  étudiera l’éventuelle culpabilité  des dirigeants israéliens et, en fonction des témoignages et des éléments recueillis, livrera ses conclusions à l’opinion internationale. Il examinera l'ensemble des pratiques susceptibles de relever de ce chef d'accusation et livrera ses conclusions sur l'influence de ces pratiques sur le tissu même de la société palestinienne, influence pouvant être de nature à contrarier la construction d'un État.
Le but du Tribunal est de contribuer à l’établissement d’une paix fondée exclusivement sur le droit, donc à faire cesser le déni que subit le peuple palestinien, tout en le soutenant dans la réalisation de ses droits nationaux.
Bien que la violence en Palestine soit quotidienne, il est vrai que le conflit qui s’y déroule n’est pas, loin s’en faut, le plus meurtrier de la planète. A cet égard, les massacres en Afrique ou en Tchétchénie sont beaucoup plus sanglants. Pourtant, le monde a les yeux rivés sur cette région…
Lieu de naissance des trois monothéismes, elle est le théâtre d’une confrontation directe, physique, entre le Nord et le Sud. Des Etats occidentaux, si prompts à bombarder, voire à investir des pays jugés coupables d’infractions au droit, se montrent étonnamment bienveillants envers un Etat qui refuse depuis des décennies de respecter la loi. Cette situation symbolise la perpétuation d’un ordre mondial injuste. Le message adressé aux peuples du monde, en particulier ceux du Sud, est catastrophique. Il alimente la frustration et la haine. Il met en place les conditions de l’autoréalisation de la prophétie de Huntington sur le "choc des civilisations".
Le Nord a pu compter sur la collaboration complaisante de dictateurs arabes pour maintenir son primat. Bientôt, il ne le pourra plus. Il lui faudra cohabiter avec des dirigeants issus de sociétés affranchies, aspirant à la justice et l’égalité, ayant la volonté de contribuer à la marche du monde. Choisira-t-il de composer avec cette nouvelle réalité ou de l’ignorer ? Son attitude vis-à-vis de la Palestine donnera une indication importante de la voie qu’il choisira, celle du dialogue ou celle de la force.
La philosophie du Tribunal Russell s’inscrit dans la première voie. Que justice soit rendue aux Palestiniens n’est pas seulement affaire de morale. C’est aussi d’une préfiguration du monde de demain qu’il s’agit.
 Stéphane Hessel, Edgar Morin, Mohamed Harbi, Etienne Balibar, Marcel-Francis Kahn, François Maspéro, Albert Jacquard, Raymond Aubrac, Jacques-Alain de Sédouy, Pierre Hunt, Jean-Louis Lucet, Brahim Senouci

Par Brahim Senouci
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Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 12:32

Pour une fois qu'une chaîne de télévision du service public, France 2, passe un reportage à peu près honnête sur la Palestine, les réactions du lobby pro Israélienen France et en Israël sont hystériques!

 

Bonjour les censeurs.

Je n’ai participé ni à la préparation, ni à la réalisation d’Un œil sur la planète. Ma seule contribution a été l’interview  deNabil Shaath, responsable des affaires internationales du Fatah. A l’exception de Martine Laroche Joubert, je ne connais pas les journalistes, auteurs des reportages. Je me sens donc libre de publier mon point de vue.

D’abord, je n’ai relevé dans les divers sujets aucune fausse information. La Cisjordanie se développe dans la non-violence comme l’a montré Martine Laroche Joubert avec »Un Etat en marche » . J’ajouterai que l’armée et les services de sécurité israéliens se félicitent de leur coordination avec la nouvelle police palestinienne. A Gaza, le Hamas – le pire ennemi d’Israël – a mis en place un régime totalitaire, et la majeure partie de la population n’en peut plus. Oui, dans ce territoire se développe Al Qaida. C’est un scoop du sujet « Les mille visages de Gaza ».

Le problème des colonies montré dans le reportage « Les frontières de la discorde » est exact. Les agriculteurs palestiniens ont le plus grand mal à aller cultiver leurs terres de l’autre côté de la barrière de séparation. Effectivement, dans la vallée du Jourdain les Palestiniens et les bédouins n’ont pas le même accès à l’eau qui va en priorité aux colonies. Pour plus de détails, consultez :http://www.btselem.org/jordan_valley/water. On comprend la raison pour laquelle les organisations pro-israéliennes ne veulent pas qu’une chaine publique montre cette situation scandaleuse. A regretter l’absence dans ce tournage des attaques commises par des colons extrémistes contre des Palestiniens. Incendie de mosquées, destruction de champs d’oliviers, attaques d’unités de l’armée israélienne.. J’ai bien écrit : attaques d’unités de l’armée israélienne. Bien sur, il y a aussi des actions violentes de la part de palestiniens. Lorsque leurs auteurs sont capturés ils passent devant des tribunaux israéliens. De quand date un seul procès de colon ayant incendié une mosquée ? Cherchez … En l’occurrence, les auteurs d’Un œil sur la planète n’ont pas voulu entrer dans une comptabilité macabre.

« Un droit au retour », tourné au Liban, apporte plutôt de l’eau au moulin de la droite israélienne. Sa conclusion : au pays des Cèdres, les Palestiniens ne veulent pas d’état, seulement revenir en Israël..

Il n’empêche, Patrick Boitet et Etienne Leenhardt ont reçu des centaines de mails d’insulte et de menace. Richard Prasquier, le président du Crif a demandé un rendez vous à Rémy Pfimlin, le Président de France Télévisions, affirmant que l’équipe qui a réalisé l’émission : « a présenté, d’un conflit complexe, une image caricaturale et unilatérale », « en distordant les causalités, en ridiculisant l’adversaire, sans éviter les insinuations à la limite des théories conspirationnistes antisémites » Maniant, à son habitude, l’insulte, Philippe Karsenty, l’ami de Mr.Prasquier en profite par ailleurs, pour me traiter de « délinquant multi récidiviste » Etc. Etc. Sur ce personnage, voir mon livre « Un enfant est mort. Netzarim 30 septembre 2000 »

La réponse à ces réactions violentes se trouve dans le sujet sur « Le lobby pro-israélien » aux Etats-Unis. M.J. Rozenberg, un ancien d’AIPAC raconte comment des organisations comme « Camera » traquent les journalistes déviants. « Le lobby, dit-il, rend la vie difficile aux journalistes qui ne sont pas perçus comme pro-israéliens. Ils auront du mal à trouver un job ou s’ils en ont un à garder un poste. Lorsque je travaillai à AIPACil y avait des listes, des dossiers sur chaque reporter. »

L’attaque généralisée contre « Un œil sur la planète » entre visiblement dans ce cadre. Il ne faut rien montrer qui soit défavorable à la politique israélienne d’occupation. Cela s’appelle de la censure et c’est une atteinte intolérable au droit d’informer.

Par Brahim Senouci
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 14:11

Le monde qui vient

 

En 2008, la petite Islande défraie la chronique en essuyant une banqueroute retentissante. L'opinion internationale ne s'en émeut guère. Petit pays de quelques centaines de milliers d'habitants s'ébrouant dans des mares d'eau brûlante au milieu d'un paysage de neige, comment pourrait-il susciter un intérêt particulier? Les choses changent quand il apparaît que des citoyens britanniques et hollandais, dont le nombre est supérieur à la population islandaise, sont ruinés de ce fait. La faillite de la petite Islande s'est ainsi répercutée sur l'économie mondiale.

De plus, les Islandais, gens apparemment têtus, se sont mis en tête de refuser de passer sous les fourches caudines du FMI. Ils l'ont signifié par référendum à deux reprises, défiant ainsi les grandes puissances. Ils ont contraint leur gouvernement à refuser les compromis passés avec les créanciers et obtenu un rééchelonnement significatif de la dette, assorti d'un taux d'intérêt plus faible.

En 2011, changement d'échelle. C'est la Grèce, à présent, qui affole les marchés. C'est un pays d'un poids certes supérieur à celui de l'Islande mais qui reste négligeable au plan international. Cela ne l'empêche pas de mettre en danger l'équilibre économique du monde. Il ne s'agit pas de mots. La chute des bourses du monde entier se traduit par la perte, l'évaporation, de milliers de milliards de dollars. Cette perte est largement supérieure à la dette grecque qui en est pourtant l'élément déclencheur.

L'Islande et la Grèce n'ont pas l'apanage des dettes monstrueuses. Elles partagent ce douteux privilège avec d'autres nations qui vont inévitablement les remplacer sur le devant de la scène. En Europe se profile l'ombre du Portugal, pays de même taille que la Grèce. Derrière lui, il y a l'Espagne, l'Italie, la France! Ailleurs, il y a rien moins que le Japon et les États-Unis! Les dettes de ces pays représentent près de la moitié du PIB mondial. Il y a à l'évidence un vent de panique d'autant plus fort que l'Europe n'arrive pas à éteindre le mini incendie grec et que le monde regarde avec effroi la progression d'un feu qu'il n'arrive pas à endiguer. L'Italie essaie en vain d'amadouer la Chine en lui demandant de racheter sa dette. L'Occident sollicite les BRICs (Brésil, Russie, Chine et Inde) pour leur demander d'intervenir avec leurs énormes surplus financiers. Le Portugal, l'Espagne se tournent vers cette même Chine qui est déjà préoccupée par le sort de son argent placé aux Etats-Unis. Elle est contrainte d'y racheter à tour de bras des créances douteuses pour empêcher l'effondrement de pans entiers du système financier américain parce que cet effondrement entraînerait la perte définitive de son placement (danger qui guette aussi l'Algérie!). A titre d'exemple, la Chine a largement contribué au sauvetage de deux méga compagnies américaines Freddie Mac et Fannie Mae, détentrices ou garantes de 6000 milliards de dollars d'hypothèques, correspondant à la moitié du marché américain des hypothèques et, à ce titre, gravement menacées par la crise des subprimes.

Si le scénario de faillites en chaîne de ces pays venait à se réaliser, le résultat serait pire que la pire des catastrophes nucléaires! Le monde retournerait probablement à l'état sauvage. Les États s'écrouleraient. La guerre deviendrait endémique. Les scènes d'exode et de massacres s'inscriraient dans le paysage des villes et des campagnes des pays les plus riches.

Scénario catastrophe? Songeons à la douceur des soirées à bord du majestueux Titanic, voguant tranquillement vers sa fin dernière...

Scénario de fin du monde? Peut-être, sauf si l'Occident accepte et accompagne la fin d'un monde.

C'est de cela qu'il s'agit en réalité. Le primat de l'Occident est contesté aujourd'hui dans son essence même.

C'est lui qui, ayant gouverné le monde sans partage, souvent de façon brutale, l'a mené là où il est. La seule boussole dont il s'est doté est seule qui indique le bien-être de sa population, au prix du maintien dans la misère et le sous-développement de 80 % de la population du globe. Colonialisme, impérialisme, esclavagisme, l'Occident a usé des moyens les plus barbares pour asseoir son magistère sur un monde appauvri, sans perspectives d'avenir. Le monde, jusqu'à ce jour, est construit autour de la déclaration, jugée « mystérieuse » à l'époque, de Bush père: Le mode de vie américain n'est pas négociable. C'est à cette aune que doit être comprise la politique des États-Unis. Il leur faut s'assurer un accès éternel aux matières premières, en particulier aux sources d'énergie, pour s'assurer du fonctionnement permanent des climatiseurs, pour illuminer Las Vegas, pour permettre à leurs citoyens de s' « éclater » sur leurs monstrueux quatre-quatre militaires, rendus à la vie civile, tout en massacrant allègrement la Nature.

Il faudrait un développement particulier pour rendre compte des dégâts infligés à la Terre. De quel prix paiera-t-on les caprices d'enfants gâtés qui ont infligé au monde des dommages sans doute irréversibles? Qui paiera pour les typhons, les sécheresses, la disparition des lacs et des forêts?

Non seulement les auteurs du forfait n'y sont pas disposés, pas plus qu'ils ne sont disposés à reconnaître leur culpabilité vis-à-vis de peuples qu'ils ont asservis, massacrés, mais encore ils prétendent continuer.

Comme si de rien n'était, l'Occident refuse de voir que des pays émergent, que d'autres ont vocation à émerger. Il refuse de voir que plus personne ne croit dans son discours moral dont tout le monde sait qu'il n'est là que pour couvrir ses turpitudes. Il refuse de voir qu'il n'est plus seul au monde et que ses anciens esclaves sont en train d'arracher le pouvoir des mains des tyrans qu'il a contribué à installer. Il est aveugle à la clameur qui monte et qui proclame qu'il n'y a plus de place pour la soumission et que tous les humains ont droit aux mêmes égards et aux mêmes droits.

Il ne veut pas reconnaître dans le mouvement actuel la fin d'un monde, celui d'une caste de privilégiés traitant le monde comme une propriété exclusive.

Il y a plusieurs années, Giscard d'Estaing, alors président de la république française, expliquait à ses compatriotes la crise énergétique d'alors par le fait que les producteurs de pétrole venaient « nous prendre chaque année l'équivalent de 250,000 voitures ». Dans sa matrice mentale, les propriétaires des champs de pétrole ne pouvaient être que des usurpateurs volant l'argent des malheureux Français en échange d'une marchandise qu'ils détenaient de manière indue. Il l'a pensé très fort. Les dirigeants américains ont poussé cette logique plus loin en investissant purement et simplement les régions pourvoyeuses de cette précieuse manne.

Les signes de la fin de ce temps commencent à se multiplier. Le printemps arabe en est un mais ce n'est pas le seul ou plutôt, il n'est pas qu'arabe. La revendication démocratique est universelle. Même la froide Birmanie semble l'avoir compris, comme en atteste l'opposante Aung San Suu Kyi elle-même.

Il y a une revendication plus forte. Elle émane du club des pays émergents qui veulent jouer un rôle plus important dans les affaires du monde. Ils estiment qu'ils ne sont plus au temps où les États-Unis faisaient financer leurs déficits par le reste du monde, le temps de l'arrogance où un John Connally, secrétaire au Trésor étasunien, pouvait dire en 1971: « Le dollar est notre monnaie, mais c'est votre problème ».

A l'évidence, le poins qu'on puisse dire, c'est que ce changement annoncé se heurte à des résistances. Elles se manifestent de différentes façons. En Libye, on fait donner la troupe pour reprendre le contrôle d'une évolution dont il ne fait donner à aucun prix les clés aux populations concernées. Aux États-Unis, on se cabre en réaffirmant un soutien sans équivoque à la politique israélienne.

Quelque chose sonne faux toutefois. Il y a comme un trouble derrière les faux airs du matamore, le début peut-être d'une prise de conscience d'être en décalage par rapport à l'Histoire, de se mettre en danger d'être mis à l'écart de l'écriture de l'Histoire.

Hypothèse vertueuse: L'Occident choisit de ne pas s'opposer à l'inéluctable et accompagne le changement. Entre la fin négociée d'un monde et la fin du monde, espérons que la sagesse lui dictera sa conduite, qu'il « oubliera » les armes de destruction massive entreposées dans ses silos et qu'il ne cédera pas à la tentation de provoquer l'Armagueddon final.

Brahim Senouci

Par Brahim Senouci
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Lundi 3 octobre 2011 1 03 /10 /Oct /2011 16:18

Le cinquantième anniversaire du massacre du 17 octobre 1961, c'est bientôt...

 

«Fatima pour mémoire», par Didier Daeninckx

 

Le 17 octobre 1961– c'était un mardi – des milliers d'Algériens et d'Algériennes

défilèrent dans Paris pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé par

le préfet Maurice Papon. Si, depuis plus de cinq ans, la guerre faisait rage en

Algérie, cette manifestation organisée par le FNL était pacifiste. Les hommes et

les femmes s'étaient endimanchés, certains vinrent avec leurs enfants. Ils ne

portaient aucune arme, avaient consigne de ne répondre à aucune violence. Mais

sur les ponts, au sortir des métros... les forces de l'ordre les attendaient. La

répression fut féroce: des milliers de blessés, des dizaines de morts – jusqu'à

300, affirme l'historien Jean-Luc Einaudi. Durant des jours, des cadavres furent

retrouvés dans la Seine. Officiellement, il n'y a eu que deux morts. Aujourd'hui

encore, l'Etat nie les faits historiquement établis et, sous couvert de raison d'Etat,

empêche de faire toute la lumière sur cette répression féroce.

Jusqu'au 17 octobre 2011, jour du cinquantenaire de ce mardi macabre,

Mediapart publiera, en association avec Au Nom de la Mémoire, collectif animé

par Mehdi Lallaoui et Samia Messaoudi, les textes de 17 écrivains, hommes et

femmes, français et algériens, rappelant le souvenir de cet épisode sombre et

honteux de notre histoire. Après le texte de Mehdi Lallaoui vendredi dernier,

voici celui de Didier Daeninckx, auteur en 1983 deMeurtres pour

mémoire (Gallimard), un roman noir dont l'action se situe le 17 octobre 1961.

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Fatima pour mémoire

En octobre 1986, à l'occasion des 25 ans de la répression de la manifestation de

1961, j'écrivais ce qui suit dans la presse algérienne :

« J'ai dix ans. Devant moi, un homme marche sur le trottoir au milieu d'autres

hommes, avenue de la République à Aubervilliers. Il porte un sac sur l'épaule,

un de ces sacs bon marché, imitation cuir, dans lesquels on rangeait sa gamelle.

Plus loin, deux policiers immobiles scrutent les visages. Ils arrêtent l'homme,

fouillent son sac sans ménagement. L'homme baisse la tête et se laisse bousculer

sans réagir. Il lève maintenant les bras au ciel. L'un des policiers le palpe,

ouvre sa veste, soulève le chandail puis ses mains descendent, desserrent la

ceinture. Le pantalon tombe aux pieds de l'homme pétrifié. Des gens rient,

d'autres baissent la tête à leur tour.Je n'ai jamais oublié cet Algérien inconnu, pas plus que l'humiliation,

l'impuissance qui nous rendaient solidaires.

J'ai onze ans. Sous nos fenêtres, un soir, un barrage de police. Deux jeunes gens

en Vespa tentent d'échapper au contrôle. Une rafale arrose la façade. Les deux

jeunes ne se relèveront pas. Trop mats de peau... On apprendra plus tard qu'il

s'agissait d'enfants d'immigrés italiens.

J'ai douze ans. Un visage sur les murs, celui de l'innocence assassinée. Le

visage d'une gosse de cinq ans, Delphine Renard, défigurée par la bombe que

l'Organisation de l'Armée Secrète (OAS) destinait à André Malraux, le ministre

de la Culture du général de Gaulle. Puis la manifestation de Charonne, deux

jours plus tard, Charonne où Suzanne Martorell, une voisine, amie de ma mère,

perdra la vie. J'étais dans la rue, le 12 février 1962, un point minuscule dans la

foule immense venue lui rendre hommage. Vingt années plus tard, j'ai voulu

revenir sur ces émotions vives d'enfant de banlieue, me souvenir de cette peur, le

soir, quand notre mère nous quittait, mes sœurs et moi, pour retrouver

d'énigmatiques personnages qui participaient au comité anti-OAS du quartier.

Le bouquin que je projetais d'écrire devait s'appeler «Delphine pour mémoire».

J'ai commencé par lire tout ce qui s'était publié à propos de « Charonne », puis,

consultant les archives des journaux à la Bibliothèque nationale, je suis tombé

sur la date du 17 octobre 1961, qui marque le plus grand massacre d'ouvriers, à

Paris, depuis la répression de la Commune, en 1871. Il m'a fallu du temps pour

prendre la mesure de l'événement, pour comprendre l'ampleur du refoulement.

Peu à peu, la station de métro « Charonne » a laissé la place à la station «

Bonne Nouvelle ». Une correspondance qu'il m'aura fallu vingt années pour la

parcourir.

J'ai suivi dans les journaux du temps passé la litanie des morts anonymes.

Chaque jour de ces terribles mois de septembre, d'octobre et novembre 1961, à

la page des faits divers, quelques lignes non signées :

« Les cadavres de trois Algériens ont été repêchés au pont de Bezons. La police

a ouvert une enquête ».

« Un promeneur a découvert le corps d'un Algérien dans un taillis au bois de

Vincennes ».

Articles anonymes sur des anonymes. On leur avait ôté la vie, on effaçait leur

nom. Et c'est en réaction à cette amnésie volontaire, organisée, que les premiers

chapitres de mon livre titré Meurtres pour mémoire se sont appelés Saïd

Milache, Kaïra Guelanine, Lounès Tougourd.

Au métro Charonne, le 8 février 1962, la police du préfet Maurice Papon n'a

pas tué neuf manifestants anonymes. Non, elle a tué Daniel Féry, Anne Godeau,

Jean-Pierre Bernard, Suzanne Martorell, Edouard Lemarchand, Raymond

Wintgens, Hyppolite Pina, Fanny Dewerpe, Maurice Pochard.

Le 17 octobre 1961, la police du préfet Maurice Papon n'a pas assassiné, cent,

deux cents Algériens anonymes. Elle a assassiné

Belaïd Archal, pour mémoireAchour Boussouf, pour mémoire

Fatima Bédar, pour mémoire

Des dizaines d'autres encore, des dizaines de lignes à remplir pour rendre leur

identité à chacune des victimes, afin que l'oubli ne soit plus possible ».

Ces noms, je les avais trouvés en consultant les archives des journaux, à la

Bibliothèque nationale ou à Beaubourg.

Quelques semaines après la parution de ce texte dans le mensuelActualités de

l'Émigration et d'un résumé dans le journall'Humanité du 17 octobre 1986, je

reçus une lettre signée de Louisa Bédar. L'une de ses collègues de bureau lui

avait fait lire mon article, et Louisa s'étonnait de découvrir le nom de sa sœur,

Fatima, en conclusion de mon article. Elle me demandait ce qui m'avait conduit

à le faire figurer dans la liste des victimes de la répression policière alors qu'elle

pensait que son aînée avait volontairement mis fin à ses jours. La douleur était

toujours présente, mais depuis un quart de siècle, le silence s'était fait sur son

souvenir. Je me mis aussitôt en rapport avec Jean-Luc Einaudi qui travaillait à

son livreLa Bataille de Paris consacré à cette journée portée disparue, et que les

éditions du Seuil éditeront cinq ans plus tard, en 1991. L'enquête qu'il entreprit

permit à la famille de Fatima de percer le mystère qui entourait la mort de cette

jeune fille de quinze ans.

Fatima Bédar est née à Tichy en Kabylie le 5 août 1946 et a vécu les cinq

premières années auprès de sa mère, tandis que son père, Hocine, travaillait sur

les gazomètres de Saint-Denis, là où aujourd'hui s'élève le Stade de France. Il

quitte une première fois son village pour venir faire la cuisine dans un restaurant

de Bejaïa. Il traverse la Méditerranée pour aller se battre contre les Allemands

avec ses camarades du 3e Régiment de Tirailleurs Algériens. Fait prisonnier le

17 juin 1940, il s'évade du camp de Chevagnes, près de Moulins avant d'être

rapatrié en Algérie d'où il repart, en février 1943, sous l'uniforme des forces de

libération. Campagne de Tunisie, campagne d'Italie, débarquement à SaintTropez, remontée vers les Vosges enneigées, prise de Stuttgart. Médailles

militaires épinglées à la vareuse, il revient, pour se marier cette fois, dans une

Kabylie qui enterrait les milliers de morts de la répression menée par les troupes

françaises, le 8 mai 1945, le jour même de la capitulation de l'Allemagne nazie.

De retour en métropole, il apprend le métier de chauffe-four, au Gaz de France,

tout en préparant l'accueil de son épouse et de son enfant. La famille se retrouve

dans un bidonville, près du quartier Pleyel, avant de déménager dans un

immeuble en dur, rue du Port à Aubervilliers. Au mois d'avril 1961, alors qu'une

sœur, Louisa, ainsi qu'un frère, Djoudid, ont rejoint Fatima, tout le monde

s'installe dans un pavillon de Stains. Fatima rêve de devenir institutrice, elle en a

les capacités, mais les préjugés de l'époque la dirigent vers le Collège

d'enseignement commercial féminin de la rue des Boucheries, à Saint-Denis.

L'économie a besoin de sténodactylos, de mécanographes. Hocine soutient le

combat pour l'Indépendance. Lorsqu'il se rend aux réunions clandestines, il a pris l'habitude d'emmener Fatima. La présence d'une gamine tenant son père par

la main détourne la suspicion des gardiens de la paix. Fatima comprend le

berbère et ne perd rien des arguments qui s'échangent. Sûrement est-ce lors de

ces rencontres que s'éveille sa volonté d'être utile. Le 17 octobre, Fatima

demande à sa mère l'autorisation de se joindre aux manifestants. Une dispute

éclate quand elle se voit opposer un refus. Elle noue ses cheveux comme on

l'exige au collège, met sa plus belle robe, sa ceinture rouge, sa veste en daim,

emplit son cartable de ses livres de cours, puis elle quitte la maison pour la

dernière fois. Pendant près de quinze jours, sa mère, enceinte de sa troisième

fille, Zohra, ne cessera de sillonner les rues de Stains et de Saint-Denis,

emmenant Djoudid dans ses marches sans fin. Le 31 octobre, un ouvrier qui

travaille sur la septième écluse du canal de Saint-Denis, près de la gare,

découvre le cadavre de Fatima et ses longs cheveux dénoués. Hocine se déplace

à la morgue où il reconnaît sa fille au milieu de quinze autres noyés. Terrassé

par la douleur, il se rend ensuite au commissariat où, alors qu'il ne sait ni écrire

ni lire, on lui fait signer un procès verbal attribuant le décès de Fatima à un

suicide, comme pour amplifier le malheur de l'absence. «On n'en parlait plus»,

se souvient Louisa.«Son nom dans le journal, c'était un bouleversement, comme

un tremblement de terre». Interrogée par ses enfants vingt-cinq années plus tard,

la mère évoque Fatima en ces termes «J'ai une fille qui est morte quand les

policiers français jetaient les Algériens à la Seine». Hocine est tout aussi

précis: «Eh oui, qu'est-ce que tu veux, elle voulait aller à la manifestation».

A l'automne 2006, la dépouille de Fatima Bédar a quitté le cimetière de Stains

où elle reposait depuis quarante-cinq ans et ses restes ont été déposés le 17

octobre de cette année-là dans le carré des Martyrs de son village natal, non loin

de la tombe de sa mère. «On a ramené ta fille, elle est revenue près de toi», a

simplement dit Zohra alors que le vent de Kabylie emportait ses mots vers les

montagnes.

Didier Daeninckx

 

Par Brahim Senouci
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Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 13:42

 

 

 

La Palestine à l'ONU.

Une avancée, vraiment?

 

Il semble bien que l'Autorité palestinienne ait enfin réussi à lancer un projet fédérateur. Abandonnant son sempiternel masque de découragement, Abbas a réussi à retrouver une vigueur inattendue! Voilà qu'il arrive à s'opposer à Obama, Sarkozy, Cameron, en maintenant (pour l'instant...) sa décision de présenter à l'ONU la demande de reconnaissance et d'admission d'un État Palestinien en son sein.

Cette démarche pose quelques questions.

Quel en serait le bénéfice pour la Palestine?

Des dizaines de résolutions onusiennes appellent à la création d'un État palestinien. La résolution 181 prévoit même de manière explicite l'établissement de cet État sur... 46 % de la Palestine mandataire. Aucun pays au monde, pas même Israël!, ne s'oppose à l'officialisation de son existence. Ce n'est donc pas la légitimité de l’État qui pose problème mais sa forme, son indépendance, sa viabilité, la question des réfugiés, de Jérusalem, des colonies. Ce sont ces questions qui sont restées en suspens en raison de l'intransigeance israélienne. Plutôt que de tenter de les contourner par une manœuvre un peu pathétique, ce sont ces problèmes qu'il faut soulever dans le même temps que l'Autorité doit afficher son intransigeance sur leur règlement.

En réalité, l'Autorité reste bloquée dans le piège dans lequel l'OLP s'était enfermée à Oslo. Son but est de retrouver la table de négociations pour une nouvelle discussion sans fin (un Etat Palestinien dans moins de 50 ans, vient de déclarer un responsable israélien!). Il faut en effet donner l'illusion du mouvement, d'un pas de deux destiné à l'opinion pour lui montrer que les négociations avancent. Il faut aussi convaincre cette même opinion que la longueur des conversations est liée à l'extraordinaire complexité du problème et non à la mauvaise volonté de la partie israélienne. C'est un problème d'une rare complexité en effet que de discuter de colonies quand, dans le même temps, la partie occupante est autorisée à les étendre, à faire semblant de négocier le statut de Jérusalem alors que les occidentaux s'apprêtent à y transférer leurs ambassades, reconnaissant ainsi de fait son annexion par Israël. Et que dire des réfugiés, ces laissés pour compte qui constituent la majorité de la population palestinienne. Ils sont présents aussi dans les négociations, comme ils l'étaient à Camp David, Taba, Wye River... (le seul mérite de ces négociations sans fin est de nous faire voir du pays!) mais c'est pour exclure toute solution pourtant fondée sur le droit humain le plus imprescriptible, celui de retourner vivre là d'où on a été chassé.

Si on était un mauvais esprit, on peut se demander où était passée sa détermination quand Abbas a accepté de demander à surseoir à la présentation du rapport Goldstone devant les Nations Unies.

L’Autorité était absente de Gaza au moment où le territoire était dévasté par les bombes au phosphore israéliennes mais il lui incombait donner des suites diplomatiques à ce rapport, puisqu’elle est le seul représentant internationalement reconnu du peuple palestinien. Or, au lieu de profiter de la présentation du rapport au Conseil des droits de l’homme, basé à Genève, pour proposer une résolution demandant l’examen du texte par le Conseil de sécurité des Nations unies, l’instance suprême de l’ONU, l’Autorité palestinienne a annoncé début octobre 2009 qu’elle proposait un report de la discussion du texte à… mars 2010. Elle a ainsi présidé à l'enterrement d'un rapport sur le martyre d'un peuple dont elle est censée avoir la charge, qu'elle est censée protéger et dont elle est censée faire prévaloir son droit à l'autodétermination,

Bassem Khoury, à l'époque ministre de l’Économie du gouvernement palestinien, explique cette surprenante décision parune intense pression israélienne et occidentale exercée sur Mahmoud Abbas, avant de démissionner en signe de désaccord.

Quels étaient les termes de la pression en question?

Les mêmes que d'habitude... Israël, ayant rejeté le rapport Goldstone, avait menacé de ne pas reprendre le processus de paix si les Palestiniens persistaient dans leur intention de demander une saisine du Conseil de sécurité. En effet, seule cette instance est habilitée à saisir la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour faire juger les crimes de guerre d’Israël qui n’était d'ailleurs pas le seul pays hostile à cette très hypothétique éventualité : c’est le cas des États-Unis et de la France qui estimaient que la menace de la justice internationale pourrait gêner un retour à la table des négociations. Richard Goldstone s'est depuis quelque peu ravisé, victime lui aussi de pressions insupportables. Qui pourrait garantir que l'attitude de l'Autorité Palestinienne n'est pour rien dans son recul?

De la même manière, l'initiative onusienne de l'Autorité Palestinienne n'aurait-elle pour finalité que de « contraindre » Israël à revenir à la table des négociations? Probablement. C'est vrai qu'une reconnaissance par l'Organisation des Nations Unies de... ses propres textes, puisque c'est cette institution qui a décrété l'avènement d'un État Palestinien sur près de la moitié de la Palestine historique, aurait pu avoir un aspect symbolique important. Autre chose? Certains commentateurs font miroiter les avantages de disposer d'un siège aux Nations Unies. Ils citent entre autres la possibilité de saisine de la Cour Pénale Internationale. Outre le fait qu'une telle saisine se heurterait inévitablement au veto étasunien, il faut rappeler que la Cour Internationale de Justice a accepté en 2004 la recevabilité d'une plainte introduite par l'Autorité Palestinienne, plainte concernant le Mur. L'Avis qu'elle avait rendu le 9 juillet 2004 condamnait, non seulement le Mur en appelant à sa destruction et au dédommagement des palestiniens qui en ont souffert, mais aussi l'ensemble de la politique de colonisation israélienne. La Cour Internationale de Justice est soumise aux même règles de saisine que la CPI. Elle ne peut en théorie instruire que des plaintes émanant d’États; elle a décidé de traiter la Palestine comme un État...

Il y a tout de même un mérite à cette initiative. Elle permet de faire tomber les masques et de montrer à l'opinion publique qui sont les vrais ennemis de la paix, ces parlementaires français ou étrangers, ces bateleurs d'estrades, ces intellectuels de pacotille qui ne veulent pas entendre parler d'un État de Palestine. Certains retrouvent même des accents Bushiens pour y voir une opération... terroriste! Il y a aussi des pays occidentaux qui se sont promptement lancés au secours du peuple libyen et n'ont pas hésité à faire donner les canons pour préserver la démocratie et les droits de l'hommedans ce pays. Il y a comme un écho aux slogans qui ont rythmé l'équipée de Bush en Irak. Ces mêmes pays refusent aux Palestiniens ce que le droit international leur octroie. Ce droit international a été pourtant injuste envers ce peuple puisqu'il l'a légalement privé de près des quatre cinquièmes de sa patrie historique. Ce même peuple, taxé souvent de terroriste, a accepté ce verdict au nom de la paix. Pourtant, la demande d'édification d'un État sur la portion congrue de territoire qui leur est théoriquement assignée par le droit internationale lui est refusée. La France propose un statut analogue à celui du Vatican, un statut d'observateur en quelque sorte qui permettrait aux diplomates palestiniens d'assister aux premières loges au repas des fauves dont leur pays constitue le plat principal. Juppé prévient que le processus sera long, très long, plusieurs semaines... L'admission du Sud Soudan à l'ONU a été réglée en quelques heures...

Et demain?

Selon toute probabilité, la demande palestinienne sera rejetée, à moins que l'AP accepte de modifier son texte. On pourrait lui demander de faire l'impasse sur les références aux frontières de 1967, sur Jérusalem, les colonies... Cela pourrait s'avérer insuffisant pour obtenir le statut d'Etat membre de l'ONU qu'elle souhaite mais pourrait lui permettre de se retrouver, comme larrons en foire, face à Netanyahu et ses acolytes, pour un énième round de négociations qui permettrait à ces derniers de finir de coloniser la Palestine en toute tranquillité.

Peut-être Abbas trouvera-t-il la force de refuser cette logique de mort pour son peuple? Peut-être réalisera-t-il enfin que la solution n'est pas dans le recours à des institutions tenues par les amis de son ennemi? Le mieux qu'il aura à faire alors est de passer la main à des patriotes dont la Palestine ne manque pas, patriotes qui mèneront le combat en étant adossés au seul allié qui ne leur fasse pas défaut, l'opinion publique internationale.


Brahim SENOUCI







 

Par Brahim Senouci
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